L'expertise du cabinet-conseil New Deal

Une sélection strictement personnelle d'articles et publications sur les mondes de la politique, des affaires, du droit, des Nouvelles Technologies et des relations publiques.

15 janvier 2009

Vous voulez un vrai-faux passeport? Mode d'emploi!

Comment on fabrique de vrais-faux papiers dans les arrière-cuisines du Milieu

    

        Paperasserie / jeudi 15 janvier                                 par         Xavier Monnier, Henri Raque, Pepsi POMPILIDAE



Nul besoin d’être grand clerc pour obtenir un passeport sous une fausse identité, et dûment tamponné par la préfecture !

C’est ce qu’ont découverts, mi-effrayés, mi-amusés, juges, pandores et flicaille qui ont enquêté sur un dossier à tiroir pour escroquerie, faux en écriture privée, etc… ouverte au printemps 2006 au pôle financier du parquet de Paris par Jean-Christophe Hullin. Le personnage central de ces trafics, Bernard Pradier s’est surtout fait une spécialité d’obtenir de vrai-faux papiers, tamponnés en préfecture. Denrée fort précieuse tant pour les petits escrocs que pour les grands bandits désireux pour semer les cerbères déplaisants de l’Etat. La pierre philosophale du Milieu.

A lire l’épais dossier d’instruction, la méthode de Pradier tient quasi de l’alchimie. Tout d’abord une équipe réduite et « bien connue des services de police », selon l’expression consacrée. Un faussaire, Gérard Maday – au « taux d’alcoolémie permanent », note une mauvaise langue du Milieu –, et un rabatteur Toussaint Casanova, dit « le Parisien ».

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© Nardo

Au postulant, un petit pécule est demandé. Entre 5 et 10 000 euros, au bas mot. Selon un argumentaire bien huilé, cette contribution est nécessaire pour appâter le réseau corse, forcément corse, que Pradier et ses acolytes font mine d’entretenir dans les préfectures et les mairies. Est alors remis au futur titulaire de faux-papiers un dossier, concocté par un informaticien véreux, à remplir :

– Extrait d’actes de naissance sur une simple page format A4 inventé de toutes pièces.

– Justificatif de domicile : Facture EDF toute aussi fausse avec une adresse correspondant à l’implantation géographique de l’administration choisie. Il est amusant de constater que même les adresses étaient quelquefois inexistantes !!!

– Une photocopie boiteuse d’un permis de conduire tout aussi fictif, au nom inventé.

Fort astucieux procédé. L’aspirant réalise lui-même la déclaration de perte de tous ses papiers, dépose le dossier assorti des photos et des timbres fiscaux, en ayant bien mémorisé sa nouvelle identité et persuadé qu’il a rendez-vous avec un complice, accomplit ses démarches sereinement. Là réside toute la force de l’arnaque : les postulants à la virginité se précipitent, le bouche à oreille fonctionnant à merveille dans le mitan, car ils ont la certitude d’être couvert par un membre de ce réseau fantoche.

Une dizaine de jours après, le dernier volet de cette mystification est mis en place : Pradier fait appeler le client afin qu’il prenne livraison de sa nouvelle identité, réaffirmant ainsi sa maîtrise sur son supposé réseau. En fait, ce mystificateur attend le délai normal, ayant contacté auparavant le service des passeports en se faisant passer pour le titulaire et retirer lui-même ses papiers.

Du bel ouvrage, rendu possible par un secret de l’administration fort bien gardé. Les documents remis ne sont quasi-jamais vérifiés. Trop de demandes, pas assez de personnel.

L’union fait la Corse

Et entre les épaisses liasses du dossier d’instruction, apparaissent de cocasses remarques des poulets. Par exemple, qu’il « appert que le 34 rue d’Amiens, à Rouen n’existe pas », s’étonne un capitaine de police, sur un PV daté du 6 juillet 2007. Adresse pourtant inscrite sur un passeport tout ce qu’il y a « d’authentique » et délivré par la préfecture…

Voyager sans peur des contrôles, passer la douane, ouvrir un compte en banque, être gérant de société, louer des entrepôts, obtenir des crédits… Autant de possibilités plus grisantes pour l’imagination sans limites du fugitif. Cerise sur le gâteau, on se choisit son patronyme, sa date de naissance et sa filiation… Une nouvelle vie !

Un vrai rêve éveillé pour les héros du grand banditisme. Filon que, selon de menues indiscrétions récoltées au sein du Milieu, Bernard Pradier a pris grand soin d’exploiter. À l’instar des Fédéricci, les bergers-braqueurs de Venzolasca, l’une des bandes corses les plus redoutées. Mêlée à la tuerie de la brasserie des marronniers et à l’affaire du cercle de jeux Concorde, cette aimable troupe a largement bénéficié des talents de Pradier. Recherché pour meurtre dès avril 2006, le chef du clan Ange-Toussaint Fédéricci, n’a été serré que le 12 janvier 2007. Et quoique peu bavard, le bonhomme a tout de même voulu rendre un hommage appuyé à son faussaire. « Pradier fait des papiers, ce sont des bijoux », clame-t-il devant lors d’une audition devant un juge marseillais le 14 septembre 2007. Mignon.

Las, le succès facile monte souvent à la tête. Le saint-Bernard, comme l’attestent les nombreuses écoutes que Bakchich a pu consulter, ne prenait guère la peine de masquer son petit commerce. Mis au frais d’avril 2007 à l’été 2008, Bernard le Corse, quoique libéré, se fait, depuis, fort discret. D’autant qu’une cascade d’arrestations, notamment dans le clan des Fédéricci, en Corse et sur le continent, ont été effectuées depuis que les poulets ont remonté sa piste au printemps 2007… et celles de ses vrais-faux passeports.

Le bouche à oreille fonctionne dans les deux sens. Le Mitan ne va pas lui pardonner… Et l’administration non plus, pour avoir éventé son secret.

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09 janvier 2009

Un bébé israélien nommé... HAMAS!

Pourquoi Israël a aidé le Hamas à se développer

    

        Elevage / vendredi 9 janvier                                 par         Anne Giudicelli                       


 


En guerre totale contre le Hamas, Israël a pourtant aidé ce mouvement à monter en puissance, comme l’indique un rapport de la DGSE. Jusqu’à ce que la « créature » leur échappe, comme le montre un second document d’un centre d’études israélien sur le terrorisme.

On l’oublierait presque, tant le spectacle terrible des salves continues de bombardements déclarés « ciblés » et son lot de victimes « collatérales » glace le sang et fige dans le même temps la mémoire. Un rapport de la DGSE que Bakchich a exhumé vient pourtant le rappeler : sans l’aval d’Israël, le Hamas n’aurait jamais pu s’implanter dans les territoires palestiniens. Pis : sa montée en puissance doit beaucoup aux faucons israéliens, qui ont trouvé dans le mouvement islamiste palestinien leur meilleur allié pour torpiller les accords de paix conclus entre les « modérés » des deux bords. Jusqu’à ce que leur « créature » commence à leur échapper…

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© Pakman

Et pas besoin d’être un service de renseignement opérationnel pour le savoir et le faire savoir. Non classifié, le document des services français daté d’avril 2002 est intitulé « Mouvements islamistes radicaux palestiniens – tome 1 : le Hamas ». De quelques 140 pages, il « ne saurait refléter l’analyse de la DGSE sur cette organisation », comme les auteurs l’indiquent en introduction. Il n’empêche : sous couvert des différentes sources ouvertes ou semi-ouvertes — presse arabe, publications spécialisées occidentales de défense, rapports des services israéliens et sud africains — que ce rapport affirme se contenter de compiler, les services français, de fait, valident en le restituant ce secret oublié de la vraie histoire du mouvement palestinien, aujourd’hui classé dans la catégorie des organisations terroristes.

1979 : Israël reconnaît et autorise le Hamas

Originellement issu de la mouvance des Frères Musulmans, le Mouvement de la Résistance islamique (Hamas) s’implante dans ce cadre en 1973 à Gaza. Dans un premier temps sous la forme d’une association cultuelle (Centre islamique), dirigée par feu Cheikh Ahmed Yassine. Cette structure est « reconnue et autorisée par Israël en 1979 », indique le rapport français car ce courant religieux « est considéré comme un antidote à la montée du nationalisme palestinien », alors incarné par l’OLP (Organisation pour la Libération de la Palestine) de (feu) Yasser Arafat, considéré alors comme le pire ennemi de l’Etat hébreu.

A la faveur de la première Intifada dans les territoires en décembre 1987, le Hamas annonce sa création. Dès lors, « les Israéliens encouragent le Hamas en tant que pendant religieux de l’OLP [laïque et nationaliste, NDLR] » qu’ils veulent « affaiblir ». La stratégie vise à « inciter au conflit armé » entre les deux organisations et « créer ainsi une guerre civile palestinienne ». L’Etat hébreu « commet l’erreur de croire qu’avec le Hamas, les Palestiniens seraient occupés à se battre entre eux au lien de lutter contre Israël ». Raté, car les deux camps palestiniens, « conscients des visées israéliennes, ont tôt fait de signer une charte régissant leurs rapports » fixant des lignes rouges à leurs divisions.

1989 : le Hamas déclaré illégal par Israël

Si la nouvelle organisation, à laquelle Israël laisse champ libre, « se  concentre sur les œuvres religieuses et caritatives », elle fonde dans la foulée « son aile militaire, les Brigades Ezzedine Al-Qassam », concentrée sur la lutte contre l’occupant. Déclaré cette fois illégal par Israël en septembre 1989, le Hamas se voit décapité politiquement… « mais pas militairement ». Avec les accords d’Oslo de 1993, qui établissent les premières bases d’un processus de négociations entre l’OLP et Israël sous médiation américaine, la droite israélienne [Likoud et fondamentalistes], « avec une partie des services secrets et de défense israéliens », qui s’y opposent, estimant qu’Israël a trop à y perdre, trouve un nouvel avantage à utiliser le Hamas, qui rejette également ces accords : celui de servir d’« alibi » pour faire échouer les accords de paix.

Après les attentats du 11 septembre 2001, « la communauté internationale, et notamment les Etats-Unis, multiplient les pressions contre Arafat pour qu’il accepte de liquider le Hamas » dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. A l’appel du dirigeant de l’OLP, le Hamas, suivi du Jihad Islamique, acceptent de cesser « jusqu’à nouvel ordre les attentats suicides et les tirs d’obus de mortiers sur des cibles israéliennes ». Les services de sécurité israéliens s’étaient d’ailleurs fourvoyés sur ce point, apprend-on, en croyant que « les attentats suicides ne pouvaient être commis que par des activistes chiites libanais et que la mouvance radicale sunnite palestinienne était réticente à ce genre d’opération ».

Mais la trêve est rompue à la suite de confrontations entre le Hamas et des militaires israéliens à la frontière sud d’Israël en janvier 2002. Non sans arrière-pensées, Israël venait d’autoriser Yasser Arafat à « procéder aux arrestations d’activistes exigées par les Israéliens » qui figurent sur la liste qui lui a été transmise. Rien de mieux pour « faire passer la police palestinienne comme supplétive des Israéliens »

L’assassinat du Cheikh Yassine en 2004

Pour autant, Israël n’abandonne pas sa politique d’élimination ciblée de cadres et militants du Hamas. Plutôt que de « réduire la violence , constate le rapport, celle-ci ne fait que la décupler par la spirale assassinat-ripostes et attentats ». Ce qui a pour effet direct de bloquer l’avancée des négociations. Le leader spirituel du Hamas, Cheikh Yassine, en fera d’ailleurs les frais en mars 2004, en étant assassiné — période que ne couvre pas ce document, finalisé avant — quand il a commencé à engager son mouvement vers la recherche d’un compromis : il devenait un vrai danger…

Soutenu d’abord pour affaiblir le « terrorisme » anti-israélien des mouvements nationalistes palestiniens, puis pour contrecarrer la dynamique de paix portant un coup au projet du Grand Israël prôné par la droite conservatrice, le Hamas a su en tirer parti et développer son propre agenda. Tout en restant « utile » : le « monstre » qu’il serait depuis devenu, tel que le décrivent aujourd’hui les experts israéliens a de quoi faire trembler. Il sert cette fois à justifier la violence des offensives israéliennes actuelles.

Dans un rapport réactualisé en avril 2008, l’International Institute for Counter-Terrorism (ICT) israélien, lié à Tsahal et aux services secrets israéliens, détaille un arsenal impressionnant dont se serait encore doté le Hamas depuis le retrait des troupes israéliennes de la bande de Gaza en 2005 et sa prise de pouvoir en 2006 : des douzaines de roquettes (Grad) capables d’atteindre une distance de 20,4 km, autant de missiles anti-chars, anti-aériens, des fusils-mitrailleurs et des milliers de roquettes RPG.

Le Hamas capable de produire ses propres missiles

Le Hamas compterait dans ses rangs quelques « 15 000 opérationnels », dont un grand nombre formé par la Syrie – où le mouvement est implanté - et l’Iran. Ces deux pays fournissent au mouvement une partie de son armement, transfert de technologie compris, et de ses fonds, lesquels transitent par les tunnels traversant la frontière égyptienne. Au sein de ses ateliers clandestins, le Hamas produit par ailleurs sa propre artillerie de missiles – les Qassam – dont les derniers modèles peuvent atteindre une distance de 19 km, selon le document de l’International Institute for Counter-Terrorism.

Le succès du Hezbollah contre Israël pendant la guerre au Liban de l’été 2006 constitue, toujours selon ce rapport, « un modèle à suivre » en matière de confrontation asymétrique pour le Hamas, qui s’en inspirerait pour contrer les offensives israéliennes. Parmi ces techniques, « le large recours au bouclier humain » dans les zones à forte densité urbaine, avec « des activistes déguisés en civils qui se mêlent à la foule », qui peuvent également compter sur la complicité de la population qui « l’aide en se rassemblant sur des sites où des attaques de Tsahal sont attendues »… Pratique pour justifier des bombardements sur des écoles, comme celles de l’ONU le 6 janvier à Gaza qui a fait une quarantaine de morts.

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