23 août 2009
LA REFORME OBAMA DU SYSTEME AMERICAIN DE SANTE
La réforme du système de santé américain expliquée aux nuls
Par Pascal Riché | Rue89 | 23/08/2009 | 14H23
En moyenne, les Américains dépensent énormément d'argent pour leur santé (18% du PIB contre 11,5% en France). Mais ces dépenses sont inégalement réparties. Pour ceux qui ne sont pas couverts par une assurance (plus de 46 millions d'Amércains, 16% de la population), le risque d'être mal soigné, ou d'être ruiné par un problème de santé, est grand.
Barack Obama s'est engagé à réformer ce système injuste, mais son projet, plutôt minimaliste comparé aux systèmes européens, est qualifié de « socialiste » par les Républicains, qui menacent sérieusement de le faire dérailler cet automne. Cet explicateur vous permettra de mieux comprendre l'enjeu de cette polémique, qui risque se conclure par le premier grand échec du président américain.
Comment sont actuellement couverts les Américains ?
En France, chacun cotise à l'assurance maladie, organisme géré par le patronat, les syndicats et l'Etat. Cet organisme rembourse les dépenses des assurés sociaux.
Rien de tel aux Etats-Unis. La population se divise en plusieurs groupes. Le total fait plus de 100% parce que certains Américains sont couverts de plusieurs façon (ex : medicare et assurance).
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Ceux qui sont couverts par la puissance publique (25% de la population) :
Deux programmes, qui coutent plus de 4% de point de PIB, sont en place :
1) Medicare pour les plus de 65 ans et certaines autres personnes (invalides). Son coût est de plus de 200 milliards de dollars.
2) Medicaid pour les pauvres. Medicaid coiffe une cinquantaine de systèmes, un par Etat. L'Etat fédéral le cofinance.
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Ceux qui sont couverts par une assurance fournie par l'employeur (60%) :
C'est le cas de l'essentiel des Américains. Le système ressemble à nos mutuelles complémentaires, sauf qu'elles ne sont pas complémentaires. Lorsque l'assurance est fournie par l'employeur, elle fait partie de la rémunération du salarié : ce dernier ne paye qu'une partie (exemple : 30%) des cotisations. C'est un système qui est devenu extrêmement coûteux pour les entreprises.
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Ceux qui s'assurent directement (10%) :
S'ils ne bénéficient pas d'assurance d'entreprise, les Américains peuvent s'assurer individuellement auprès d'organismes. Mais c'est hors de prix.
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Ceux qui ne sont pas du tout couverts (plus de 16%) :
Parce qu'ils ne sont pas assez pauvres pour être couverts pour Medicaid (ou mal informés) et parce qu'ils ne pas assez riches pour s'offrir une assurance individuelle. En cas de pépin de santé, ils doivent payer les frais directement (ils se présentent comme « self payer »), ce qui peut être extrêmement coûteux. En cas de gros problème, dans certaines villes, ils peuvent être admis dans des hôpitaux publics.
Que propose le plan Obama ?
Il ne bouleverse pas le système. Il maintient l'assurance privée mais propose de mettre en place un régime alternatif (c'est-à-dire concurrent des assureurs) qui permettrait de peser sur les coûts, et ainsi d'améliorer la couverture des Américains tout en facilitant la maîtrise des dépenses.
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Aux Américains sans couverture maladie, de nouvelles assurances santé seraient proposées à des prix abordables. Cela passerait par un organisme servant d'intermédiaire entre assureurs et assurés.
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Les employeurs auraient le choix entre contracter une assurance privée comme aujourd'hui, ou alors payer une cotisation à un nouveau système.
Qui pilotera le nouveau système ?
C'est une des questions au cœur de la polémique. L'idée de départ,
reprise par les commissions de la Chambre des représentants, était de
confier la gestion à un organisme public. Les
opposants au projet, ont accusé les démocrates de vouloir
subrepticement imposer un « payeur unique » public comme dans certains
pays d'Europe ou au
Canada.
Pour calmer ces critiques, des sénateurs ont proposé de mettre en place une organisation coopérative à but non lucratif, chargée d'une mission d'intérêt général : une sorte de grosse mutuelle. L'administration Obama n'y est pas hostile.
Qui s'oppose à la réforme ?
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Les idéologues conservateurs : ils considèrent généralement que la redistribution est contraire à l'idéal américain de « responsabilité » : l'argent que l'on gagne par son travail ne doit pas être dépensé pour d'autres.
A la pointe du combat contre « l'Obamacare », diverses organisations comme Americans for Prosperity (et sa succursale Patients United Now), Freedom Works, ou encore Independance Institute au Colorado… (Voir leurs vidéos)
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Une partie des assureurs privés, qui craignent la concurrence d'un organisme public.
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Une partie des médecins et autres professionnels de la santé (qui avaient déjà contribué à torpiller la réforme Clinton, il y a quinze ans).
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Evidemment les Républicains, qui ont trouvé dans l'affaire un bon angle de tir contre Obama : cela peut-être « son Waterloo », se disent-ils. Leur message martellé aux Américains : la réforme, coûteuse (1000 milliards sur dix ans), va entraîner une hausse massive des impôts et un rationnement des soins.
La lutte contre cette réforme « socialiste » permet de ressouder la droite, divisée après la défaite de John McCain. L'ex-candidate à la vice-présidence Sarah Palin, dénonce le « mal absolu » et met en garde contre la mise en place de « commissions de la mort » (« death panels ») peuplées de bureaucrates choisissant qui pourrait être soigné et qui devrait être sacrifié…
Où en est la réforme ?
Barack Obama avait volontairement laissé les contours de sa réforme dans le flou, pour ne pas empiéter sur les prérogatives du Congrès.
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A la Chambre des représentants, les trois commissions qui ont planché sur la question appuient l'idée d'un système d'assurance-maladie public.
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A Sénat, la commission des finances doit s'entendre d'ici au 15 septembre.
Les travaux parlementaires reprennent en septembre. L'idée est d'adopter la réforme avant la fin de l'année. La bataille risque d'être très dure. Il y a quinze ans, Bill Clinton avait échoué à imposer une telle loi, et sa défaite avait brutalement et durablement amoindri ses élans réformateurs…
VERS LA FIN DE L'AIDE INTERNATIONALE A L'AFRIQUE?
Afrique
Aide à l'Afrique : « moins de Bono, plus de Moyo » ?
Par Pierre Haski | Rue89 | 23/08/2009 | 17H09

« Allo,
Monsieur le Président, je vous informe que l'aide internationale à
votre pays cessera dans cinq ans. » Ce coup de téléphone imaginaire,
c'est celui que recommande aux gouvernements et aux organismes
pourvoyeurs d'aide à l'Afrique, l'économiste zambienne Dambisa Moyo,
nouvelle coqueluche de certains milieux internationaux.Son livre, « L'Aide fatale » (JC Lattès), sort en France, où il ne manquera pas de susciter un débat.
Cette jeune femme parle avec une certaine autorité : diplômée d'Harvard et d'Oxford, elle a travaillé à la Banque mondiale puis à la banque d'affaires Goldman Sachs. Mais surtout, elle incarne pour la première fois une voix africaine dans un débat largement monopolisé, depuis quatre décennies, par les hommes politiques, chercheurs et… pop stars du monde occidental.
Dambisa Moyo, classée par le magazine Time parmi les cent personnes les plus influentes de 2009, a désormais un assez large « fan club » qui va du « neocon » américain Paul Wolfowitz, ancien homme-clé de l'équipe Bush passé à la présidence de la Banque mondiale qu'il a dû quitter sur un scandale, à l'historien britannique Niall Ferguson, qui signe la préface enthousiaste du livre et termine par cette phrase :
« Que l'on nous donne plus de Moyo, et moins de Bono [le chanteur irlandais du groupe U2 qui fait campagne en faveur de l'aide à l'Afrique]. »
Le livre de Dambisa Moyo se compose de deux parties : la première est un exposé implacable de ce qu'elle considère comme l'échec absolu de la stratégie d'aide à l'Afrique suivie depuis les indépendances des anciennes colonies du continent ; la deuxième, plus controversée, suggère des pistes alternatives qui font la part belle aux forces du marché.
L'échec de l'aide
Le réquisitoire de Moyo contre l'aide internationale est implacable, et, sur la base de ses chiffres, assez convaincant. Selon elle, les quelque 300 milliards de dollars déversés sur l'Afrique sub-saharienne depuis les années 70, soit environ 15% du PNB du continent, c'est-à-dire en proportion quatre fois plus que le plan Marshall qui a permis le redécollage des économies européennes après la deuxième guerre mondiale, n'a fait que générer corruption, pauvreté, inefficcaité, fuite des cerveaux…
« Il est virtuellement impossible en s'appuyant sur l'expérience de l'Afrique de soutenir que l'aide a eu des résultats positifs » (…)
Le résultat de l'aide, c'est une croissance plus lente, une pauvreté plus grande, et l'Afrique à l'écart du progrès économique. (…) L'aide est le problème. »
En cause, les visions paternalistes dans certains cas, idéologiques dans d'autres (l'aide à Mobutu, l'ancien chef d'Etat du Zaïre, aujourd'hui Congo, l'un des hommes plus corrompus de l'histoire de l'Afrique indépendante, pour contrer l'influence soviétique par exemple), ou simplement l'aveuglement de ce qu'elle appelle l'« industrie de l'aide » qui fait vivre des centaines de milliers de personnes à travers le monde. Et surtout, l'absence de perspective de fin de la manne :
« Les gouvernements africains ont été amenés à considérer l'aide comme une source de revenus permanente et sûre : ils n'ont aucune raison de croire que les flux ne vont pas continuer indéfiniment. »
D'où sa proposition d'annoncer solenellement la « réduction graduelle (mais intransigeante) de l'aide systématique » sur une période de cinq ou dix ans, le fameux coup de téléphone aux chefs d'Etat africains pour leur conseiller de s'y préparer…
Quelle alternative à l'aide ?
Dambisa Moyo est assurément moins convaincante dans sa « feuille de route » alternative. Ainsi, sa première proposition intitulée « la solution : le capital », intervient en pleine crise financière, un « timing » malencontreux qui affaiblit son plaidoyer en faveur des émissions d'obligations ou de l'appel aux forces du marché, à l'investissement international classique.
De même, elle émet des positions politiques très peu orthodoxes :
« Dans un monde idéal, ce dont ont besoin les pays pauvres, les pays situés tout au bas de l'échelle, ce n'est pas d'une démocratie avec ses partis multiples, c'est d'un dictateur bienveillant décidé à imposer les réformes nécessaires pour donner une impulsion à l'économie. »
Même si elle ajoute, lucide :
« Trop souvent malheureusement ces pays se retrouvent finalement avec un accroissement de dictature, et une portion congrue de bienveillance… »
Dans la même veine, elle titre un de ses chapitres « les Chinois sont nos amis », rendant hommage au rôle de Pékin sur le continent depuis le début de la décennie, qui finance de nombreux projets d'infrastructure dont l'Afrique avait un urgent besoin mais aussi investit dans les économies africaines, et prédisant que la Chine sera effectivement « la puissance étrangère dominante sur le continent au XXIe siècle » :
« Au cours des derniers soixante ans aucun pays n'a eu, sur la structure politique, économique et sociale de l'Afrique, un impact comparable à celui de la Chine depuis le début du second millénaire » (sic : nous sommes dans le troisième, erreur de traduction ? )
Les critiques des ONG
Les thèses de Dambisa Moyo, on s'en doute, ne sont pas du goût des défenseurs de l'aide à l'Afrique, qui font pression, au contraire, pour que celle-ci soit revue à la hausse. Ils redoutent que son discours ne serve de prétexte aux Etats du G8 qui ne parviennent pas assurer leurs engagements pris dans le cadre du plan de développement du millénaire, et en particulier celui de porter l'aide publique au développement à 0,7% du PIB. On est encore loin du compte.
Sur le site d'Oxfam, l'une des grandes ONG internationales engagées dans l'action de développement, le débat est ouvert. Une militante d'Oxfam originaire du Malawi, Chikondi Mpokosa, exprime sa « déception » à la lecture du livre de l'économiste zambienne :
« Cela me rend triste de lire ce livre et de voir qu'il ajoute aux préjugés en vigueur dans les pays riches. Le livre est faux sur deux points : il est faux de dire que l'aide ne marche pas et il est faux de dire qu'il existe des alternatives viables, surtout en temps de crise économique ».
Ducan Green, chercheur à Oxfam Grande-Bretagne, redoute les effets négatifs de ce livre, tout en reconnaissant que sa propre prise de position en tant que Blanc, membre de cette « industrie de l'aide » dénoncée par Moyo, fragilise sa prise de position. Il reconnait que le livre a touché une corde sensible et a recueilli pas mal de soutiens, notamment ceux de chefs d'Etat africains comme Paul Kagame du Rwanda :
« Le danger est qu'il offre une couverture utile pour les gouvernements des pays riches, à court d'argent en ce moment, pour revenir sur leurs engagements d'aide en disant : “vous voyez, les Africains disent que l'aide ne marche pas, diminuons les budgets”…
Et pour ceux qui ne sont pas d'accord avec sa thèse (et qui, à mon sens, ont pas mal d'élements de leur côté), il leur sera impossible de s'exprimer sans avoir l'air sur la défensive, ou pire d'être intéressés personnellement au débat (y compris cette note de blog).
Comment faire pour que le débat se déroule sur un terrain sensé : les vraies questions étant quels types d'aide marchent et lesquels ne marchent pas ? et comment les réformer ? Le risque est que le travail de Moyo court-circuite ce débat-là. »
Le livre sort ces jours-ci en France, et il ne manquera pas de susciter un débat du même ordre dans l'un des pays les plus concernés par le bilan de quatre décennies d'aide au développement de l'Afrique avec un bilan moins que glorieux. En France aussi, Dambisa Moyo appuie là où ça fait mal.
► L'Aide fatale - les ravages d'une aide inutile et de nouvelles solutions pour l'Afrique - Dambisa Moyo - JC Lattès - 250 p., 20€.
Photo : Bono dans une école de Butha Buthe au Lesotho en 2006 (Mike Hutchings/Reuters).
22 août 2009
CHRISTIANE TAUBIRA, LA OBAMA FRANCAISE?
A debattre
Christiane Taubira ou le fantasme d'une Obama française
Par Pierre Haski | Rue89 | 21/08/2009 | 17H00
Comment un personnage politique se retrouve-t-il d'un seul coup au centre du débat du moment, voire même jusqu'à susciter désir et fantasmes ? C'est ce qui arrive à Christiane Taubira, la députée radicale de gauche guyanaise, sérieusement courtisée cet été, certains rêvant déjà de faire apparaître à la tête d'une gauche désunie une Barack Obama à la française.
L'ancienne candidate à la présidence (2,32% en 2002) a été l'une des vedettes de l'université d'été des écologistes, à Nîmes, bien qu'elle ait refusé une offre de Cécile Duflot, la secrétaire nationale des Verts, qui lui a proposé de diriger la liste Europe Ecologie en Ile de France pour les élections régionales de 2010. Son flirt poussé avec les écologistes n'est visiblement pas terminé.
Elle semble elle-même (agréablement) surprise de se voir ainsi courtisée : écoutez là à Nîmes, sur cette vidéo de nos confrères de 20minutes.fr :
Christiane Taubira se décrit comme une femme libre, et elle l'est. Son appartenance au Parti radical de gauche (PRG) ne doit pas faire illusion : cette formation est, de son propre aveu, de plus en plus fantomatique. Et elle a pris des positions personnelles, au fil du temps, sans trop se soucier des orthodoxies des partis.
Il fallait l'entendre, cet été, dans un dialogue avec Régis Debray sur France Culture, développer une vision personnelle et originale en ces temps de désert de la pensée politique…
Qu'est-ce qui fait d'elle une « femme providentielle » aujourd'hui ? Un double contexte : d'abord, c'est incontournable, l'élection de Barack Obama aux Etats-Unis, qui a fait sauter des verrous dans les têtes vis-à-vis de ce qu'on appelle pudiquement les « minorités visibles ».
La députée de Guyane en Obama française, femme, noire et libre ? L'affiche est séduisante.
Une personnalité comme Taubira peut profiter du désarroi à gauche
L'autre contexte, c'est évidemment le désarroi à gauche, et la concurrence née du résultat surprise des élections européennes. Qui peut aujourd'hui fédérer les différentes familles éclatées de la gauche tellement plurielle qu'on a cessé d'en compter les chapelles ?
Le PS a déjà du mal à sortir de sa guerre des chefs, des barons et des petits marquis pour imaginer, à ce stade, s'imposer à une gauche qui n'accepte plus des ambitions hégémoniques qui ne correspondent plus à la réalité.
Les écolos se sont imposés aux élections européennes mais n'ont pas non plus le chef de file fédérateur qui ferait l'unanimité, avec un Daniel Cohn-Bendit qui a déjà annoncé qu'il n'avait pas de telles ambitions, et les Verts pas tout à fait crédibles dans ce rôle. Quant au MoDem de François Bayrou, il est… ailleurs. Sans parler de la « gauche de la gauche », elle aussi dans une autre logique.
Christiane Taubira, patronne de son propre parti en Guyane, « Walwari » (« éventail » en amérindien), a un profil de franc tireur dans une gauche qui ne manque pas de personnalités mais de rassembleurs. Elle s'agace, tout comme les Verts, de l'attitude du PS vis-à-vis de ses partenaires de gauche, tout en appelant elle-même au rassemblement.
Alors Taubira 2012 = Obama 2008 ? On est encore loin du compte, mais dans le maelström de la gauche française, la députée de Guyane est revenue au centre du jeu politique.
VERS LA RECONNAISSANCE DES ENFANTS DES PRETRES PAR LE VATICAN?
Société 21/08/2009 à 06h51
Les enfants de prêtres confirmés ?
Eglise. Le Vatican débat de la reconnaissance des descendants d’ecclésiastiques.
Par CATHERINE COROLLER
Source: http://www.liberation.fr/societe/0101586331-les-enfants-de-pretres-confirmes
Le père Jacques Nieuviarts, directeur du pèlerinage national de Lourdes (celui du 15 août) n’était pas au courant. Mgr Jacques Perrier, évêque de Tarbes et Lourdes, en avait vaguement entendu parler à la radio. Comme le père José Marie de Antonio, responsable de la pastorale des migrants pour les Hautes-Pyrénées. Officiellement du moins, la possible reconnaissance par le Vatican des enfants de prêtres, révélée le 2 août par le quotidien italien la Stampa - et démentie le lendemain par le porte-parole du pape -, était un non-sujet pour les ecclésiastiques présents à Lourdes, le week-end dernier.
Selon ce journal, Claudio Hummes, préfet de la congrégation pour le clergé, aurait organisé plusieurs réunions sur le dossier explosif des enfants de prêtres. Objectif : éviter que l’existence des tests ADN ne suscite une multitude d’actions en reconnaissance de paternité devant les tribunaux, avec les dégâts que cela entraînerait pour les finances et l’image de l’Eglise. Le contre-feu imaginé par le Vatican, selon la Stampa, serait une sorte de contrat civil garantissant les droits sociaux de la mère et de l’enfant. Celui-ci pourrait hériter des biens personnels de son père, et ce dernier lui transmettre son nom, ce qu’il lui est difficile de faire aujourd’hui, sauf à quitter son ministère.
«Innocents». Les pères Nieuviarts et de Antonio ne sont pas contre une telle évolution. «Ces enfants sont innocents», déclare le premier. Le second fait écho : «Ça n’est pas de leur faute.»Le père de Antonio est un vieux monsieur. Pourtant, la règle des Eglises catholiques de rite oriental, qui ordonnent des hommes mariés, le laisse rêveur : «Quand je vois des prêtres libanais maronites pères de famille, je me dis parfois que, si j’avais fait mes études au Liban, j’aurais pu me marier moi aussi.»
Dans l’absolu, Jacques Perrier n’est pas non plus contre la reconnaissance des enfants de prêtres. «Il y a peut-être quelque chose à faire.»Mais pour lui, c’est un microproblème. «Il y a sûrement des cas, mais peut-être moins qu’on l’imagine. On n’a pas encore vu un collectif de 500 compagnes de prêtres se manifester. Dans les trois diocèses où je suis passé, j’ai eu connaissance d’un seul cas. Et ce prêtre a quitté l’Eglise pour se marier.»«Les évêques répètent toujours les mêmes arguments», rétorque Jean Combe, ancien prêtre, membre de Plein Jour, association de soutien aux compagnes de prêtres en lutte pour l’abolition de la règle du célibat dans l’Eglise catholique. Si on ne dispose d’aucun chiffre pour la France, il y aurait 3 000 enfants de prêtres en Allemagne, selon l’hebdomadaire catholique britannique The Tablet.
Du côté des principaux intéressés, enfants, compagnes de prêtres et prêtres défroqués, les réactions oscillent entre espoir et amertume. Marc Bradfer, fils de prêtre, est persuadé que Rome est condamné à aller de l’avant : «Les tests ADN sont irréfutables et l’Eglise va être contrainte de clarifier sa situation pour ne pas être mise au pied du mur par des jugements et des scandales.» «C’est vrai qu’il y a des descendants de prêtres qui pourraient se manifester, et que le Vatican craint des scandales dans le genre de ce qui s’est passé aux Etats-Unis» avec les affaires de pédophilie, analyse également Bernard Corbineau, membre de la Fédération européenne des prêtres mariés. Pour autant, lui ne croit pas à une évolution rapide du Vatican : «Je suis très sceptique.»
Fric. La reconnaissance des enfants de prêtres changerait-elle radicalement leur situation ? «D’abord ça n’est pas fait, le Vatican se tâte, observe Dominique Venturini, présidente de Plein Jour. Ensuite, la raison pour laquelle Benoît XVI envisage cette évolution n’est ni humaine ni humanitaire, c’est pour des questions de fric, pour que les enfants ne réclament pas l’héritage de leur père.» Enfin, relève-t-elle, «qu’est-ce qu’on fait des femmes, dans l’histoire ? Rien. Elles n’existent pas. Ce que l’on voudrait, c’est la reconnaissance du couple». Pour Marc Bradfer, en revanche, la reconnaissance de l’enfant porte celle de sa mère : «Il n’y a pas d’enfant sans femme. Reconnaître les fruits, c’est reconnaître les arbres qui les ont fait mûrir et naître.»
Lui aussi fils d’ecclésiastique, Jean-François Jaudon souhaiterait que l’Eglise aille plus loin. «Ce qui me semblerait important serait que le Vatican autorise les prêtres à vivre leur vie d’homme comme ils l’entendent, en les autorisant à se marier et à fonder une famille au même titre que les religions musulmane ou juive.» Pour Bernard Corbineau, «il faudrait enfin que l’Eglise reconnaisse que l’homme peut servir religieusement dans le mariage comme dans le célibat». Car «ce n’est pas la chasteté qui fait le prêtre, ni le célibat, c’est son engagement».
19 août 2009
LA "GOOGLELISATION" RAMPANTE DES BIBLIOTHEQUES FRANCAISES
Decryptage
A Lyon, la bibliothèque pactise avec Google sans états d'âme
Par François Krug | Eco89 | 18/08/2009 | 19H20

La Bibliothèque nationale de France devrait finalement confier la numérisation de ses livres à Google, après s'y être farouchement opposée. Défaite de l'exception culturelle ou victoire du bon sens ? Son ancien président, Jean-Noël Jeanneney, dénonce une « américanophilie exagérée ». La Bibliothèque de Lyon, elle, a déjà choisi. Son directeur explique pourquoi il a confié ses trésors du XVIe siècle à Google.
L'information a été révélée ce mardi par La Tribune. La Bibliothèque nationale de France (BNF) négocie un accord avec Google pour numériser ses réserves et, en contrepartie, les rendre accessibles en ligne sur Google Livres. Contactés, Google et la BNF se contentent de préciser que rien n'est signé.
Google accusé de siphonner le savoir mondial
D'un côté, un pilier de la culture française. De l'autre, un géant américain soupçonné de vouloir siphonner le savoir mondial pour en devenir la principale source d'accès. Voire la seule.
C'est la thèse défendue par Jean-Noël Jeanneney, historien, ancien ministre socialiste et président de la BNF jusqu'en 2007. Il lui a consacré un livre, « Quand Google défie l'Europe », présenté comme un « plaidoyer pour un sursaut ».
Le sursaut, c'était le lancement de Gallica, la bibliothèque numérique en ligne de la BNF, et d'Europeana, un portail fédérant les « résistants » européens. Le gouvernement y a consacré 7,3 millions d'euros l'an dernier, via des subventions du Centre national du livre.
Aujourd'hui, la BNF propose 774 000 documents sur Gallica. Pas grand-chose par rapport à un stock total de 13 millions de livres et d'imprimés. Numériser demande du temps et, surtout, de l'argent.
Patrick Bazin a fait le calcul dès 2006. Le directeur de la Bibliothèque municipale de Lyon voulait numériser près de 500 000 livres anciens, d'incunables du XVe siècle à des ouvrages du XIXe. Coût : plus de 50 millions d'euros.
« Une bibliothèque vivante »
Un appel d'offres est lancé. Seul candidat : Google. La numérisation débutera en septembre, dans un centre créé pour l'occasion dans l'agglomération lyonnaise.
Patrick Bazin résume les avantages de l'accord conclu entre la ville de Lyon et Google :
- Pour la bibliothèque : une numérisation et une mise en ligne gratuites
- Pour Google : plus de références et de contenus, donc plus de trafic et de recettes publicitaires
- Pour les lecteurs : des livres rares accessibles gratuitement sur Google et sur le site de la bibliothèque
Pour le directeur de la bibliothèque lyonnaise, c'est l'occasion de développer un nouveau mode d'accès au savoir. Patrick Bazin mise beaucoup sur le développement de son site :
« Une bibliothèque numérique n'a d'intérêt que si elle est vivante, en permettant de faire des commentaires et de construire des réseaux sociaux avec les chercheurs et les usagers.
Aujourd'hui, l'évolution du savoir se fait par hybridation : le modèle “top-down” [“de haut en bas”, ndlr], c'est fini. Et il ne faut pas qu'une seule bibliothèque numérique, mais plusieurs, y compris avec les mêmes livres, pour multiplier les focus. »
« Tout monopole est un péril »
Joint par Eco89, Jean-Noël Jeanneney estime qu'un accord avec Google serait « un renoncement » et « une idée assez saugrenue ». L'ancien président de la BNF explique :
« Tout monopole dans le domaine de la culture est un péril. Je n'ai rien
contre Google en tant que tel, mais laisser un monopole à une seule
firme commerciale anglo-saxonne est dangereux. »
L'argument économique, lui, serait « vraiment dérisoire » :
« J'avais obtenu 10 millions d'euros pour numériser 100 000 ouvrages par an. Il serait étonnant que la France ne soit plus capable de débloquer des fonds pour le rayonnement de la culture française et européenne. Il y a peut-être un climat d'américanophilie exagérée… »
Les éditeurs, eux non plus, ne sont pas rassurés par les projets de la BNF. En numérisant en masse les réserves de bibliothèques étrangères, Google a rendu accessibles des livres protégés par le droit d'auteur. Un procès l'opposant au groupe La Martinière doit d'ailleurs se tenir en décembre.
On trouve d'ailleurs sur Google Livres une partie de l'édition américaine du plaidoyer anti-Google de Jean-Noël Jeanneney. Un simple « aperçu », nuance le site. Mais qui offre quand même gratuitement un tiers de l'ouvrage.
Mis à jour le 18/08/2008 à 20h après une interview de Jean-Noël Jeanneney
Photo : projection stéréographique d'une vue du bouquiniste « La caverne des livres », à Auvers-sur-Oise (Gadl/Flickr)
13 août 2009
LA GALERE DES SANS-PAPIERS DANS LA LYBIE DE KHADAFI...
tribune des droits humains
La galère des sans-papiers africains installés en Libye
Par Charles Nforgang | Tribune des droits humains | 12/08/2009 | 12H16

(De Tripoli)
Regroupés dans des centres de rétention, les sans-papiers africains
interpellés en Libye sont durement traités. Les clandestins encore en
liberté vivent de petits métiers et dans la peur permanente d'une
interpellation et d'une expulsion.
Malgré les discours de Mouammar Kadhafi sur l'unité des peuples africains, les sans-papiers subsahariens de Libye vivent les mêmes tracas que leurs homologues en Europe.
Un Camerounais de 28 ans, qui y était entré illégalement en 2007, l'a appris à ses dépens :
« Un jour d'octobre 2007, je rentrais du boulot en compagnie de deux amis maliens et d'un Congolais quand le taxi qui nous ramenait à la maison a été interpellé par la police de Sabha [au sud de Tripoli, la capitale, ndlr].
Nous avons été immédiatement embarqués tous les quatre vers le camp de rétention des sans-papiers de cette ville. »
Tous les migrants arrivant en Libye ne veulent pas aller jusqu'en Europe
Vingt-deux mois plus tard, fin juillet, il était encore interné en Libye, cette fois au camp de Zawiya, près de Tripoli. C'était son septième camp, après être passé comme la plupart des centaines d'Africains retenus ici, dans six autres du même genre. On y retrouve principalement des ressortissants des pays d'Afrique de l'Ouest, dont de nombreux Nigérians, et quelques représentants d'Afrique centrale (Camerounais, Congolais de RDC et du Congo-Brazzaville).
Un fonctionnaire libyen d'un service de l'immigration confie, sous couvert d'anonymat :
« Depuis le début de l'année, le nombre de sans-papiers est en baisse, car les contrôles ont été fortement renforcés en mer Méditerranée. Plusieurs d'entre eux sont donc retournés dans leurs pays. »
Selon lui, tous les clandestins cherchent à gagner l'Europe. Faux, rétorquent certains détenus à qui on prête souvent cet objectif une fois interpellés et qui soutiennent avoir choisi la Libye pour la valeur de sa monnaie et ses facilités d'emploi.
Dure détention ou liberté surveillée
Les prisonniers sont généralement libérés sur présentation d'un ticket de transport retour, payé par leur famille ou leur pays d'origine, et conduits manu militari à l'aéroport. Le fonctionnaire libyen précise :
« Les durées de rétention étaient beaucoup moins longues jusqu'en 2007, car le gouvernement libyen les transportait systématiquement à ses frais dans leurs pays après identification. Leur nombre étant de plus en plus élevé, il laisse désormais cette tâche aux détenus eux-mêmes ou à leurs gouvernements. »
Le fonctionnaire regrette que la plupart des pays concernés ne mettent pas toujours la main à la poche. Le gouvernement libyen a ainsi été obligé de transporter jusqu'au Cameroun, fin juillet, 22 Camerounais retenus en Libye depuis près de deux ans pour certains.
Selon ce même agent, les personnes en attente d'expulsion seraient bien logées, nourries et soignées. Un avis contesté par un de ces Camerounais, qui a séjourné là pendant vingt mois, avant sa libération :
« Nous mangeons certes, mais pas à notre faim et les quelques médicaments et vêtements que nous recevons nous sont offerts par le président de la communauté camerounaise ici. Les Ghanéens, Nigérians, Zambiens et autres sont appuyés par leurs ambassades. »
Il en veut pour preuve le décès, en décembre 2008, de Didier Nyamsi, l'un de ses compatriotes, des suites d'une maladie non diagnostiquée, après un an de rétention.
Les sans-papiers en liberté ne sont guère mieux lotis. Tous vivent dans la peur permanente d'une arrestation. Dès qu'un car de police s'arrête près d'eux, ils s'éloignent.
« La Libye est un pays en chantier qui ne manque pas de jobs »
« Je vis ici clandestinement depuis six ans et je n'ai jamais été interpellé. Mais, je reste conscient que je peux être pris à n'importe quel moment », explique un Ivoirien qui gagne sa vie comme maçon. Comme lui, des Subsahariens, résidents illégaux, sont recrutés dans le ramassage d'ordures, la chaudronnerie, la peinture ou la menuiserie, des métiers jugés dévalorisants et donc délaissés par les Libyens.
Alpha, un charpentier ivoirien, a ainsi formé quelques Camerounais, Nigériens et Nigérians, qui l'assistent désormais dans ses travaux. Un travailleur témoigne :
« Notre véritable problème, c'est la peur de l'arrestation, de l'internement dans un camp et de l'expulsion. Sinon, la Libye est un pays en chantier qui ne manque pas de jobs bien rémunérés. »
D'autres clandestins africains, avides de gains faciles, servent de rabatteurs aux prostituées des maisons closes ou deviennent escrocs.
Faux papiers et vrais risques
Pour déjouer (provisoirement) la vigilance de la police, les clandestins se font fabriquer de fausses pièces d'identité. Ainsi, il n'est pas rare de trouver un Nigérian avec un passeport malien. Un Nigérian de 22 ans, spécialiste en faux papiers, assure :
« Changer de nationalité est un jeu d'enfant. Il suffit de récupérer un passeport, de remplacer sa photo par la tienne et le tour est joué. »
En 2008, la famille d'un Camerounais décédé, qui voulait rapatrier son corps au pays, a eu la surprise d'apprendre que celui-ci était devenu… ghanéen. Il s'était fait établir une fausse pièce d'identité afin d'obtenir un permis de séjour.
La plupart des illégaux de Libye n'ont cependant aucun document officiel permettant de les identifier. Ils affirment les avoir perdus au cours du trajet qui les a conduits jusque dans ce pays. Sans existence légale, ils risquent à tout moment l'arrestation, l'internement en camp de rétention et l'expulsion.
Les moins chanceux, eux, ne voient jamais la Libye. Ils perdent la vie en traversant le désert, aux portes de ce pays qu'ils croyaient accueillant.
En partenariat avec InfoSud/Syfia et Tribune des droits humains
Photo : un migrant africain passé par la Libye et recueilli par les garde-côtes italiens en Sicile (Antonio Parrinello/Reuters)
11 août 2009
LA FRANCE, LES USA ET LA CHINE SE FONT LA GUERRE EN AFRIQUE
tribune
France, Chine, Etats-Unis : la guerre des trois aura-t-elle lieu en Afrique ?
Par realchange | Indépendant | 10/08/2009 | 12H51
L'émergence de la Chine comme nouvelle puissance économique dans le monde entraîne des bouleversements en Afrique. Jadis contrôlée économiquement et politiquement par l'Occident, de nombreux pays africains nouent aujourd'hui des partenariats économiques avec les puissances émergentes.
La France, qui a longtemps fait de ce continent, essentiellement dans son ancien domaine colonial, une sorte de pré-carré, se trouve en concurrence évidente avec des nouveaux venus. Le contrôle économique du continent noir et l'exploitation de ses ressources naturelles sont devenus un enjeu mettant en opposition les intérêts de grandes puissances.
En accédant à la présidence des Etats-Unis, Barack Obama a annoncé clairement son souhait de faire du continent africain une priorité de sa politique étrangère. La visite en cours de sa Secrétaire d'Etat sur le continent s'inscrit dans l'ordre de cette priorité.
Au moment où de plus en plus de voix s'élèvent pour poser le problème du développement de ce continent et de sa gouvernance, il nous parait important d'analyser les différentes stratégies entreprises par ces puissances conquérantes afin d'en dégager les convergences avec les besoins propres à l'Afrique.
Des stratégies de coopération
Il n'est point besoin de revenir sur le mode opératoire de la France en Afrique. A titre de rappel, on peut souligner que la stratégie française en Afrique s'appuie sur l'aide au développement, la connivence avec les régimes en place et une exploitation incommodante des richesses naturelles.
Quant à la Chine, elle fonde sa stratégie sur deux niveaux : le financement à des conditions intéressantes des gouvernements en place dans les pays où elle s'installe, obtenant en contrepartie la direction des projets d'infrastructures, ou la concession d'exploitation des ressources naturelles à travers ses firmes. Elle affiche le plus souvent une sorte de neutralité sur la gestion interne des Etats par les dirigeants africains.
La stratégie de la nouvelle administration américaine est, quant à elle, en construction. Elle a été énoncée par le président Obama à Accra. La proposition américaine met l'accent sur deux piliers : la démocratisation des Etats africains et leur bonne gouvernance d'une part ; le renforcement des échanges économiques dans le cadre d'un partenariat responsable et respectueux de l'autre.
Bien que leurs stratégies soient différentes, on peut considérer que les puissances opérant en Afrique sont mues par des intérêts économiques propres. Leur participation au développement de ce continent relève du simple discours officiel, d'une simple stratégie d'implantation ou de coopération. C'est une participation incidente et non volontariste.
Il convient donc à l'Afrique d'approuver, du moins sur le plan théorique, la stratégie la plus en phase avec ses propres besoins vitaux, avec son progrès.
L'Afrique face au paternalisme français
Il serait naïf d'aborder cette question sans suggérer de distinguer les intérêts des dirigeants en place en Afrique avec ceux du peuple.
Les premiers ont des intérêts liés à la préservation de leur pouvoir, le développement économique des Nations qu'ils dirigent ne constituant pas, a proprement parler, une priorité.
En revanche, leurs peuples, longtemps opprimés, aspirent tout naturellement à plus de droits, de liberté, de transparence dans la gestion des Etats. Ils aspirent à la démocratie.
L'Afrique veut sortir du joug de la Françafrique et nous avons déjà fait la démonstration de l'inopérabilité, de l'inadéquation de cette Françafrique avec l'instauration de systèmes de gouvernement démocratiques en Afrique.
La question est donc de savoir si la France peut faire converger ses intérêts avec cette sortie et définir les contours d'une nouvelle relation intégrant l'aspiration des africains à la démocratie et à la bonne gouvernance.
Pour l'heure, nous considérons que les mécanismes de coopération offerts par la France sont totalement inadaptés à la demande de l'Afrique. Les africains sont fondés de refuser d'en partager et la philosophie, et la pratique.
Le pragmatisme chinois
Quant à la Chine, elle semble bénéficier d'un accueil favorable en Afrique, notamment auprès des dirigeants africains. L'Afrique a grand besoin des capitaux chinois, de ses investissements mais aussi de son offre de produits « bon marché ».
Seulement, si l'on considère que la transparence, la bonne gouvernance et la démocratie sont pour l'Afrique des facteurs clés du développement, en se faisant le partenaire de systèmes de gouvernement corrompus et non transparents, la démarche chinoise heurte la sensibilité de l'opinion publique africaine, très attachée de nos jours à l'émergence de systèmes de gouvernements responsables, transparents, respectueux des droits et libertés des citoyens.
Dans les Etats d'Afrique comme le Ghana, le Liberia, l'Afrique du Sud, où l'expérience démocratique tend à s'enraciner, le partenariat chinois est intéressant. Par contre il l'est moins, pour l'intérêt des populations, dans les nombreux Etats où règnent encore des régimes autocratiques corrompus.
Le volontarisme américain
La nouvelle doctrine du « partenariat responsable » énoncée par les autorités américaines semble aller dans le sens d'une implication transcendant la simple exploitation des ressources naturelles, le simple financement ou la seule exécution des projets d'infrastructures.
En déclarant que « le développement dépend de la bonne gouvernance… En ce XXIe siècle, des institutions capables, fiables et transparentes sont la clé du succès », le président américain avait annoncé la couleur de ce que les régimes de gouvernement devaient évoluer vers plus de transparence et de démocratie en Afrique.
Cette incursion du discours américain sur le terrain des politiques intérieures des Etats africains est à notre avis l'apport majeur qui distingue la démarche américaine de celles des autres acteurs. D'ailleurs elle ne serait pas sans lien avec le soutien que recueille l'Amérique auprès des peuples d'Afrique, au regard des sondages les plus récents publiés sur le sujet.
Conformes à leur pragmatisme économique habituel, les Etats-Unis soulignent donc la nécessité d'un échange « gagnant-gagnant » avec leurs partenaires africains dans un « new deal » en construction, appuyé sur une exigence de bonne gouvernance des Etats
C'est, à notre avis, la seule offre de partenariat crédible et globale à ce jour.
Cette démarche ne manque pas d'intérêt. Elle constitue une différence notable entre les différents acteurs en œuvre sur le continent africain.
Elle est d'autant plus importante que seul un environnement démocratisé peut offrir le cadre d'un partenariat sérieux et responsable.
En attendant de passer du discours à la réalité.
10 août 2009
FAITES L'AMOUR DES 15 ANS MAIS PAS DE FILM PORNO AVANT 18!
Faut-il protéger les ados de la pornographie ?
Par Anne Laffeter | LesInrocks.com | 09/08/2009 | 15H02
En France, un ado peut légalement faire l'amour dès 15 ans, mais n'a pas le droit de voir un porno avant 18 ans. Paradoxe ou protection indispensable ? Entre sociologues et pédopsychiatres, les avis divergent sur l'impact du porno sur les mineurs.

« Pour
mes recherches d'exposé sur le sexe, j'ai simplement piraté
l'ordinateur du collège. » Déjouer la vigilance des filtres
antipornographie imposés au nom de la protection des mineurs est un jeu
d'enfant pour Roxanne, 15 ans, et probablement pour la majorité des
préados et ados de sa génération.
C'est au nom de cette même protection que les commissaires de l'exposition « Présumés innocents : l'art contemporain et l'enfance » seront jugés en correctionnelle pour « diffusion d'images pornographiques », neuf ans après l'exposition.
La plainte émane d'une association de protection de l'enfance qui, au nom d'un prétendu caractère pornographique, cherche à bannir de l'espace public le sexuel pour le renvoyer dans l'enceinte privée du couple. Les tenants de l'ordre moral se crispent aujourd'hui sur les dernières chapelles qu'ils peuvent influencer, dans un monde où Internet a fait exploser les murs construits pour séparer le monde des enfants de celui des adultes.
« C'est très facile de visionner des pornos. Tout le monde connaît les principaux sites : youporn.com et redtube.com », explique Mathieu, 14 ans. A défaut de tests biométriques, l'attestation de majorité pour accéder à YouPorn se fait sur l'honneur d'un simple clic. « Le sexe est une banalité sur le Net, j'en vois tous les jours du plus ou moins hard », confirme Roxane.
Un jeune de 10 ans sur deux aurait déjà vu une image porno
Les parents s'affolent mais les polices des moeurs n'y peuvent plus rien. Censurer la pornographie au nom de la protection des mineurs, alors que ceux-ci s'octroient cette liberté à la demande pendant que leurs parents cachent péniblement leurs Penthouse sous le matelas, a-t-il encore un sens ?
Pourquoi est-il légal, en France, de faire sexuellement tout ce que l'autre consent dès 15 ans et interdit de voir un porno avant 18 ans ? « Ce ne sont pas les images qui me choquent mais leur quantité et leur facilité d'accès », confie Cécile, 14 ans.
La profusion numérique inquiète ainsi les pédopsychiatres, déjà peu amènes à prescrire du porno pour ouvrir les chakras de leurs jeunes patients. « Autrefois, l'accès à la pornographie était limité. Au cinéma, il fallait une pièce d'identité », note le pédopsychiatre Pascal Hachet.
Un jeune de 10 ans sur deux aurait déjà vu une image porno aujourd'hui. Pour Pascal Hachet :
« Une exposition répétée avant le premier rapport sexuel, même chez des sujets a priori sains, est déconseillée, car elle risque de fausser leur capacité à vivre le rapport normalement. Cela peut les inhiber en leur donnant des complexes alors qu'ils cherchent des éléments de comparaison. »
Figures sexuelles acrobatiques imposées, éjacs faciales, mensurations hors normes
C'est l'effet de mimésis qui inquiète particulièrement certains spécialistes. Pour Pascal Hachet, le porno pourrait pousser les jeunes esprits influençables à imiter « la manière dont sont considérées les femmes, jusqu'au risque d'imposer des rapports sexuels en groupe ».
Figures sexuelles acrobatiques imposées, éjacs faciales, mensurations hors normes, les jeunes ados inexpérimentés incapables de faire la différence entre réalité et représentation reproduiraient les séquences porno ultra codifiées.
« Les images s'imposent comme une obsession, comme un syndrome posttraumatique : soumission, pénétration, rapport sexué de domination marquent la relation à l'autre », analyse le pédopsychiatre Philippe Jeammet.
Le sociologue Michel Bozon n'est pas de cet avis :
« Les représentations explicites de la sexualité n'ont pas d'impact direct sur la vie sexuelle des jeunes. Elles servent à l'élaboration de fantasmes ou de productions mentales. »
Le sociologue explique que les spectateurs, même jeunes, ne sont pas de simples « imitateurs conditionnés » et que l'information est toujours « filtrée ».
« Le discours des gamins sur le porno est distancié. Ils savent que c'est du cinéma. Jamais leurs propos sur la sexualité ne sont teintés de pornographisme », témoigne la sociologue Isabelle Clair, qui mène des enquêtes qualitatives sur la sexualité des jeunes en banlieue et actuellement dans les communes rurales.
« Je sais que ces films ne représentent en rien les vraies expériences sexuelles et qu'ils font paraître les femmes comme des nymphomanes », décrit Christophe, 15 ans. « Je sais que ce n'est pas la réalité. Certains films sont malsains et choquants. La femme est un objet sexuel. C'est humiliant », s'offusque Roxanne.
« C'est sûr que le porno n'aide pas à voir les femmes autrement que comme des objets sexuels. Mais il n'y a pas que lui ! Les filles n'ont pas besoin d'en regarder pour subir un rappel à l'ordre », précise Isabelle Clair. Les discours marketo-publicitaires en regorgent parfois jusqu'à la nausée ou l'absurde.
Plus que les images porno, c'est d'ailleurs « la mode vestimentaire » et « les décolletés de plus en plus bas » qui inquiètent Cécile. Quels fantasmes projettent les parents et la société sur ces jeunes ados de plus en plus sexués ?
Retour de bâton moral
Les pédopsys, en soignant les maux adolescents, soignent aussi ceux de leurs parents.
« En contact avec des jeunes “à problèmes”, ces thérapeutes tendent à généraliser leur expérience clinique et à donner une caution scientifique à la préoccupation des adultes qui ne contrôlent plus les jeunes et leur vie sexuelle », affirme ainsi Michel Bozon.
Les dangers du Net, pédophilie et prostitution infantile en tête, font la une des magazines, reléguant l'enfer des tournantes aux oubliettes. Certains journalistes furent surpris d'apprendre dans une enquête de l'Ined (Institut national d'études démographiques) que « l'âge moyen du premier rapport est à peu près stable depuis trente ans (17,2 ans pour les garçons et 17,5 pour les filles) », raconte Michel Bozon.
Pour Nathalie Bajos, coauteur de l'enquête, les sociétés sont traversées par un « mythe récurrent » selon lequel « parler de sexe aux jeunes leur donnerait des idées, comme si la sexualité était déterminée ». « Cette stabilité, traitée dans la presse du point de vue des parents, a aussi permis de les rassurer », nuance Isabelle Clair.
Les discours psys sont loin d'être neutres. Philippe Jeammet explique ainsi que « c'est l'absence de sentiments, de beau dans le porno, cette volonté de merdifier la sexualité qui risque de faire penser que le sexe se réduit à un côté mécanique ».
Encore une fois, le sociologue Michel Bozon s'oppose :
« Ce romantisme amoureux obligatoire est un carcan très fort, générateur de maint rapport névrotique à la sexualité, et est en tout cas extrêmement sexiste : il s'adresse avant tout aux femmes et se présente plus pour elles comme une obligation morale et sociale que comme un choix.
Ce qui est condamné, c'est peut-être aussi la représentation de femmes très actives sexuellement, qui est plutôt ce que montrent les pornos. »
Difficile à comprendre de la part d'une génération qui s'est battue pour différencier amour et sexe, qui le vit, mais le refuse aujourd'hui à ses enfants. Ce comportement un tantinet mesquin masque mal un retour de bâton moral chez une génération certes libérée, mais aussi traversée par les années sida, la figure du pédophile et la « juridiciarisation » des actes sexuels des années 80 et 90.
« Le porno peut être instructif »
« Malheureusement, nous avons peu de moyens d'interdire l'intrusion par la pornographie du monde sexuel des adultes dans celui des enfants et jeunes ados », se désole Philippe Jeammet. Pascal Huchet rapporte ainsi qu'une ado trouvait normal que plusieurs hommes s'intéressent à elle simultanément « sachant, grâce aux pornos, que la sexualité multiple existe ».
« Les garçons n'ont pas été brutaux », tient-il à préciser, comme s'il allait de soi qu'ils le seraient. « Un des moyens de contrôler les images porno obsédantes est de retrouver un rôle actif en exerçant un contrôle pervers sur l'autre », diagnostique Philippe Jeammet.
Le porno serait la porte ouverte aux perversions. « Le X montre ce que nos parents et profs ne nous diront jamais », soutient Roxanne. A l'inverse des pédopsys, le philosophe Ruwen Ogien pense que « le porno peut être instructif. Il peut permettre à toutes sortes de désirs et de pratiques sexuelles minoritaires (homosexuelles, échangistes, sadomasochistes, fétichistes) ou majoritaires mais toujours “honteuses” (masturbation) de “sortir du placard”.
Pour ne pas avoir à dire qu'ils se masturbent, “les ados disent qu'ils regardent des pornos pour apprendre”, témoigne Isabelle Clair. Mathieu avoue à demi-mot “regarder pour les sensations que ça procure”, pendant que seulement 10 % des femmes de 18-19 ans déclarent se masturber régulièrement (enquête Ined).
L'autonomie grandissante des jeunes et la disparition des frontières générationnelles ne se fait pas sans réflexes conservateurs de la part des adultes, qui réassignent les jeunes à deux figures contradictoires : “la victime” et “la classe dangereuse”.
La “pathologisation” ou la “criminalisation” des goûts et comportements des préadolescents et adolescents ne s'est d'ailleurs jamais limitée à la pornographie. BD, rock, jeux vidéo ou raves ont tous subi les foudres des lois et règles parentales. “Faites officiellement pour protéger la jeunesse, conclut Ruwen Ogien, elles semblent souvent servir, en réalité, à protéger les adultes de la jeunesse.”
LES CASTES NE SONT PAS ENCORE MORTES EN INDE!
Les castes continuent de régir la société indienne
Par Antoine Corta | Aujourd'hui l'Inde | 09/08/2009 | 18H16
Qu'en est-il du système de castes en Inde, à l'ère de la Nano et de l'informatique ? Une étude de l'école de droit de Bangalore révèle que, si la situation a évolué depuis l'indépendance, les inégalités restent vivaces dans les campagnes indiennes.

Le
fossé entre les castes supérieures et les dalits ou « intouchables » se
rétrécit, mais la ségrégation n'appartient pas encore au passé en Inde.
Ces derniers sont encore victimes de discriminations concernant l'accès
à l'eau et les lieux de cultes, dans les écoles ou encore lors des
festivités ou des cérémonies religieuses, à en croire une étude
réalisée par l'école de droit de Bangalore, publiée la semaine dernière.
Sur un échantillon de 648 dalits interrogés dans 24 villages répartis sur six Etats indiens, 516 ont déclaré avoir interdiction de pénétrer dans les temples hindous. 7% ont rapporté avoir interdiction de marcher dans les rues principales de leur village, ou devant un brahman (membre d'une caste supérieure).
18% des personnes interrogées ont également affirmé qu'elles n'étaient toujours pas invitées aux mariages de familles de castes supérieures. Et dans le cas contraire, les inégalités de traitement et de comportement persistent.
29% des dalits ayant participé à l'étude ont confié qu'ils attendaient que les convives de castes supérieures finissent de manger avant de toucher à leur nourriture. Chez les non-dalits interrogés, 20% ont affirmé qu'ils s'attendaient à ce que les membres de castes inférieures nettoient leurs assiettes après le repas. Enfin, 18% des dalits interrogés ont affirmé avoir toujours l'interdiction de pénétrer dans les foyers de non-dalits.
Des dalits élus à des responsabilités politiques
Officiellement aboli en 1950, le système de castes fait, au même titre que la pratique de la dot, de facto toujours partie intégrante de la société indienne.
« Il y a une amélioration depuis l'indépendance, mais il reste encore beaucoup à faire », estime le docteur Udit Raj de l'ONG Dalit International Foundation. Il considère par ailleurs l'émergence de plusieurs dalits à des postes clés en politique -Mayawati Kumari à la tête de l'Etat d'Uttar Pradesh ou Meira Kumar, nommée présidente du Parlement indien en mai dernier- comme une avancée symbolique, peu représentative de la réalité sur le terrain.
« L'intouchabilité existe encore mais sa forme la plus brute est sur le déclin », assure pour sa part Chandra Bhan Prasad, auteur d'un livre sur les dalits et premier « intouchable » à être publié régulièrement dans un journal indien.
Reste que la plupart des dalits occupe les professions les plus ingrates et leurs enfants sont encore victimes de discriminations à l'école. L'enquête révèle que les enfants dalits sont souvent contraints de s'asseoir au fond de la classe pendant les cours et que leurs repas du midi sont servis à part des autres élèves.
L'éducation, précisément, est un des enjeux principaux pour les dalits, selon Udit Raj : « Ils ne peuvent pas envoyer leurs enfants dans les écoles privées et, par la suite, dans les univesités anglaises ou australiennes. Nous sommes dans une économie du savoir dans laquelle l'éducation est cruciale et les dalits n'y ont pas accès », explique-t-il.
100 000 dalits convertis au boudhisme
Les conversions sont fréquentes depuis quelques années chez les intouchables, qui cherchent à échapper à leur statut inférieur, prédéterminé par la religion hindoue. « En 2001, près de 100 000 dalits se sont convertis au boudhisme pour échapper au système de castes », affime Udit Raj. En Orissa, les conversions de dalits au christianisme sont à l'origine de violents affrontements entre chrétiens et militants hindous.
Chandra Bhan Prasad prédit cependant une amélioration progressive de la condition des dalits, convaincu que le développement et la libéralisation de l'Inde leur seront bénéfiques sur le long terme. « La caste ne sera plus un facteur déterminant dans 50 ans », explique t-il, ajoutant que « l'économie de marché servira de niveleur social ».
Udit Raj livre cependant une vision beaucoup plus pessimiste, assurant que si les castes sont remplacées par des classes, la roue ne tourne pas pour autant. « Le succès économique de l'Inde ne profite pas aux dalits, la richesse est concentrée dans les mains des castes supérieures », assure-t-il.
« La modernisation contribuera à diluer les divisions entre castes mais je ne pense pas que le système sera éradiqué. Même les indiens modernes, éduqués, vivant à l'étranger, perpétuent ce système. Tant que ce sera le cas, le développement de l'Inde en sera affecté. »
KHADAFI VEUT DETRUIRE LA SUISSE...
Mouammar Kadhafi, l'homme qui veut détruire la Suisse
Par Patrick Vallelian | L'Hebdo | 09/08/2009 | 16H33
Un an après l'arrestation de son fils à Genève, il ne décolère pas contre la Suisse. Enquête sur les ratés de part et d'autre.

Ce
jeudi 17 juillet 2008, Aicha Kadhafi débarque en furie dans le palais
de son dictateur de père à Benghazi, deuxième ville de Libye et repaire
du colonel. Longs cheveux blonds décolorés, lunettes de soleil vissées
sur la tête, la seule fille du « Guide » a le visage aussi écarlate que
son rouge à lèvres.
Elle rentre de Genève avec son frère Hannibal et son épouse Aline, enceinte de huit mois, dans ses bagages. Un couple qui vient de faire la Une des médias du monde entier. Mis en examen pour violence sur deux de leurs domestiques, les enfants terribles du régime, qui ont déjà défrayé la chronique en Italie et en France pour leurs frasques, ont été emprisonnés dans la ville du bout du lac du mardi 15 au mercredi 16 juillet.
Une cinquantaine d'heures de garde à vue qui ont provoqué une grave crise diplomatique entre Berne et Tripoli. Une crise dont sont victimes deux Suisses, bloqués en Libye depuis une année.
Et rien ne dit que les relations glaciales entre les deux pays vont se réchauffer prochainement, tant Kadhafi joue avec les nerfs des sept Sages, comme un vieux matou avec une souris apeurée. Ne vient-il pas de traiter la Suisse de « mafia mondiale » à démanteler et de « bailleur du terrorisme », en plein G8, au début du mois ? Et n'a-t-il pas récidivé quelques jours plus tard, lors du Sommet des non-alignés à Charm-el-Cheikh, en accusant les banques helvétiques de protéger la fortune d'Al-Qaeda ?
« Clown international »
Ineptie et rhétorique de bas étage, se défend-on à Berne comme pour dégonfler les attaques de ce « clown international ». « Ce qui ne correspond à rien et est infondé ne devrait pas être pris au sérieux », a même précisé dimanche la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey dans un entretien à la NZZ am Sonntag. Avant d'ajouter que « s'il s'agissait de trouver un règlement basé sur la raison, nous serions à quelques millimètres d'une solution ».
Rien de plus faux, rétorque une source gouvernementale de haut rang à Tripoli :
« Votre ministre a commis une grave erreur en ne prenant pas au sérieux les menaces de notre Guide. On ne le snobe pas. Déjà qu'il pense que votre président Merz le prend de haut et qu'il refuse de parler avec Micheline Calmy-Rey parce qu'elle n'est pas de son rang. »
Résultat concret de la mauvaise humeur du leader libyen : Baghdadi Mahmoudi, le Premier ministre libyen, a rechigné à recevoir Stefano Lazzarotto, le nouveau chargé d'affaires suisse qui vient de débarquer à Tripoli.
Des seigneurs
Mais revenons à ce jeudi 17 juillet 2008. Aicha Kadhafi hurle dans le palais de son père :
« Comment ces Suisses ont-ils osé s'en prendre à mon frère Hannibal et sa femme Aline et souiller le nom des Kadhafi ? Ce sont des racistes, lâche la Claudia Schiffer du désert qui préfère les jeans serrés et les blouses moulantes au voile intégral. La police de Genève a traité Hannibal et Aline comme des terroristes en les enfermant dans une prison pire qu'Abou Ghraib. »
Et le chouchou des huit enfants du « Guide » de réclamer une vengeance à la hauteur de l'humiliation, nous raconte un proche du clan qui a assisté à la scène. Aicha veut que les Suisses paient cher leur crime de lèse majesté.
Une réaction que comprend un homme d'affaires suisse qui a longtemps côtoyé les enfants Kadhafi :
« Ils se prennent pour des seigneurs du Moyen Age qui ont droit de vie ou de mort sur n'importe quel manant. »
Mieux même : pour des êtres divins. « Je suis un dieu », avait d'ailleurs lancé un jour Hannibal à son domestique marocain qui déposera plainte en ce début juillet 2008 contre son « maître ». Parce qu'il en a assez d'être frappé jusqu'au sang depuis l'arrivée du couple à Genève le 2 juillet.
Aline avait fait le voyage pour accoucher dans une clinique privée de la ville, loin des hôpitaux de quatrième catégorie de Tripoli. Hannibal pour y faire la fête, boire du whisky en toute intimité, sniffer de la cocaïne jusqu'au bout de la nuit et commencer sa journée avec des scènes de ménage interminables avec sa femme… avant de se réconcilier avec elle en massacrant ses domestiques.
Engoncé dans son traditionnel boubou sahélien, Mouammar Kadhafi, ce dictateur qui tient d'une main de fer son pays depuis quarante ans, écoute sa fille. Sans réagir dans un premier temps. Mais il boit ses paroles haineuses sur ce « pays de m… » où sont maltraités « nos frères maghrébins qui périssent pour arriver sur les plages (sic) suisses ».
Puis le colonel sourit. « Nous avons alors compris qu'il avait trouvé une nouvelle proie », remarque le même proche du clan. « Nous allons laver notre honneur », lâche le Guide.
Des Helvètes « antiarabes »
La Suisse devient alors le sujet de discussion principal du clan. Au petit-déjeuner, à midi, le weekend, la haine de ces Helvètes « antiarabes » et « xénophobes » cimente cette famille éclatée. Au début de la crise, elle fait bloc autour d'Hannibal. D'autant que, selon nos informations, l'accouchement d'Aline se serait mal passé après son retour précipité en Libye et que son enfant aurait des problèmes de santé. La faute aux Suisses.
« Si j'avais la bombe atomique, je ferais tout pour rayer la Suisse de la carte », a lancé dernièrement Hannibal lors d'une réception pour des représentants arabes à Tripoli. Mouammar Kadhafi, qui considère l'arrestation de son fils et de sa belle-fille comme une attaque personnelle, tient parole. Sa vengeance est immédiate, massive.
Premier acte : l'arrestation de deux ressortissants helvétiques à Tripoli, les meilleures cartes du jeu libyen pour mettre sous pression ce petit pays qui a osé s'en prendre à son fils. Il s'agit de Max Göldi, directeur du groupe ABB à Tripoli, et d'un Tuniso-Suisse du nom de Hamdani, agent d'une société helvétique de construction.
Officiellement, leurs visas ne sont pas en règle. Bien sûr, c'est faux, mais les Libyens s'en moquent, d'autant qu'ils soupçonnent Hamdani d'espionnage. Ils les jettent dans une des pires prisons du régime. Puis ils les relâchent tout en les obligeant à rester sur le territoire libyen.
Deuxième acte : tous les Suisses sont chassés du pays, les sociétés suisses fermées, les visas gelés et les liaisons de la compagnie aérienne Swiss vers Tripoli coupées.
Troisième acte : les Libyens ferment le robinet du pétrole vers la Suisse et retirent plus de 5,6 milliards de francs suisses de nos banques.
Quatrième acte : Tripoli interdit aussi à ses citoyens de venir visiter le pays de Heidi.
En l'espace de quelques semaines, le deuxième partenaire économique de la Suisse en Afrique, avec plus de 280 millions de francs suisses d'exportation en 2008 et surtout plus de 3,3 milliards d'importation pétrolière, se referme comme une huître.
Débute alors un dialogue de sourds entre des Libyens qui exigent des excuses officielles et des Suisses qui se défendent en rétorquant que tout crime est sanctionné dans un Etat de droit.
Décoder le colonel
C'est là un des nœuds du problème. La Suisse n'arrive pas à décoder Kadhafi, estime François Burgat, directeur de recherche à l'Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman du CNRS :
« C'est vrai qu'il ressemble à un fou et que son comportement est souvent irrationnel. Mais il n'a rien d'un imbécile. Il sait où il va. Pour moi, en insultant la Suisse, il cherche à dialoguer. »
Le sociologue Jean Ziegler, qui a rencontré à plusieurs reprises le leader libyen, abonde :
« Le président Kadhafi est un homme très intelligent qui est diplômé de droit de l'Académie militaire de Benghazi et du prestigieux British Army Staff College de Camberley. S'il ne l'avait pas été, il n'aurait jamais tenu quarante ans au pouvoir. »
Mais ce n'est pas tout. Sans le savoir, les policiers genevois, qui auraient pu tout aussi bien convoquer Hannibal au lieu de l'arrêter manu militari, ont rendu un fier service au maître de Tripoli, l'ancien paria de la communauté internationale.
Rappelez-vous : avant d'être courtisé par le monde, assoiffé de pétrole et de gaz, cet enfant de paysans bédouins a été un des hommes d'Etat les plus détestés de la planète. Ronald Reagan lui a envoyé ses bombardiers en 1986. Puis l'ONU l'a mis au ban des nations en 1992 pour sa participation active au terrorisme mondial après les attentats contre des avions de la Pan Am (1988) et d'UTA (1989). Et finalement, les faucons de Bush ont brandi la menace de l'invasion en 2003.
L'année charnière
Kadhafi veut éviter de finir au bout d'une corde comme Saddam Hussein, l'autre héros du monde arabe. Le couteau sur la gorge, le roi du désert ouvre son pays, mettant fin à un embargo d'une dizaine d'années. Lui, l'anti-impérialiste invétéré, fait alliance avec les Américains. Lui, l'anti-colonialiste héros d'une certaine conception du développement, laisse des hordes d'affairistes occidentaux venir dévorer son marché intérieur, pour une poignée de dollars :
« Le colonel a dû accepter un véritable hara-kiri nationaliste en autorisant ceux qui l'avaient bombardé à venir fouiller ses casernes et détruire ses missiles », analyse François Burgat.
Fini les rêves de grandeur. Fini les armes chimiques. Oubliée, la bombe atomique que devaient lui livrer Marco, Urs et Friedrich Tinner, ces trois ingénieurs suisses retournés par la CIA. Sans leur traîtrise, Kadhafi aurait peut-être eu l'arme nucléaire.
Veut-il profiter de « l'affaire Hannibal » pour régler ses comptes avec notre pays ? Pour le penser, il n'y a qu'un pas qu'un expert en renseignement ose. Et il n'est pas le seul.
Amateur de Luxemburgerli
Et pourtant, Kadhafi connaît bien la Suisse et il l'apprécie, souligne Jean Ziegler. Il raffole même de nos fromages, de nos chocolats, des macarons Luxemburgerli du confiseur zurichois Sprüngli.
Le pire dans cette affaire, c'est que la Suisse a toujours bien traité ses enfants, qui connaissent nos stations de ski, et les dignitaires du régime qui venaient se soigner à Genève. Et qui se souvient encore que notre pays a servi le régime libyen durant l'embargo en lui permettant d'utiliser notre territoire pour vendre son brut aux Américains via Tamoil ? Personne.
Même Kadhafi veut l'oublier, le temps d'utiliser la crise entre nos deux pays pour « faire de la politique intérieure ». « Le chien enragé du Moyen-Orient », comme le nommait Reagan, doit prouver à ses anciens compagnons de la révolution arabo-socialiste libyenne qu'il est toujours le contestataire d'autrefois.
Il doit montrer à ceux qui forment le cadre solide de la Jamahiriya, cette sorte de démocratie populaire directe régie par des congrès populaires, qu'il ose encore défier l'Occident.
« Comme l'affaire des infirmières bulgares, les attaques contre la Suisse sont l'arme du pauvre, une sorte d'os nationaliste à offrir à ses partisans », relève François Burgat.
Car son pouvoir n'est pas si absolu que cela, souligne un diplomate arabe en poste à Berne.
Cela vaut aussi pour son public cible à l'étranger : les Africains. Président en exercice de l'Union africaine, le Libyen veut aller plus loin. Il espère créer les Etats-Unis d'Afrique. Et de nouveau la « Suisse » le sert. Car en la tenant sous sa coupe, il passe pour le porte-drapeau du Sud face à ce Nord si arrogant.
Un acte aussi spectaculaire que celui de porter sur son uniforme militaire la photo d'Omar al-Mokhtar à son arrivée à l'aéroport de Rome en juin dernier. Tout est dans le symbole : Mokhtar avait dirigé la résistance libyenne à l'occupation coloniale italienne avant d'être pendu par les Italiens en 1931. Il est, depuis, considéré comme un des héros du continent africain.
Un clan divisé
Reste que, depuis quelques temps, l'affaire Hannibal a aussi fait éclater le clan Kadhafi. Entre les partisans d'un apaisement avec la Suisse, notamment Seif Al-Islam, et les jusqu'aux-boutistes qui veulent faire cracher des milliards à Berne. Ils sont représentés par Hannibal bien sûr, sa sœur Aicha et son frère Moutassem Bilal, le patron des services secrets.
Depuis quelques semaines, ces derniers mènent aux points. Et largement d'ailleurs, puisqu'Hannibal est passé du statut de mouton noir de la famille, à la réputation de coureur de jupons et de violence inouïe, à celui de potentiel successeur du colonel.
Il aurait même pris les commandes de l'armée, reléguant Seif al-Islam, longtemps considéré comme un potentiel successeur au colonel, au rang de « dauphin transformé en sushi », ironise un diplomate arabe. Pire, l'étoile de Seif al-Islam, qui a rencontré Micheline Calmy-Rey lors du Forum de Davos, a fortement pâli.
Sa faute : avoir voulu aider la Suisse en intervenant dans la crise et surtout avoir voulu réformer le régime en le dotant d'une Constitution. Une idée qui a fait trembler les plus durs des comités populaires. Ils ont violemment réagi auprès du colonel. Et Papa Kadhafi a alors exigé que son fiston ne se mêle plus de politique intérieure.
Mais c'était mal le connaître. Seif al-Islam a provoqué une nouvelle levée de boucliers au printemps avec les programmes critiques diffusés par Al-Libiya, sa chaîne de télévision.
Depuis, le fils Kadhafi serait en danger de mort dans son propre pays. Et il aurait approché la Suisse pour recevoir un refuge discret et pour y installer ses affaires, selon une source gouvernementale européenne. Sans succès pour l'instant, Berne ne voulant pas envenimer encore plus la situation. Une information que ne tient pas à commenter le DFAE.
« C'est une nouvelle occasion manquée », râle un diplomate qui aurait bien aimé voir la tête du colonel en apprenant que la Suisse recueillait un de ses enfants. Tel un orphelin.
« Nous n'avons pas été assez durs dès le départ avec les Libyens. Et pourtant nous avions des cartes à jouer : le gel des avoirs libyens en Suisse, une plainte au Conseil de sécurité de l'ONU ou la nationalisation de Tamoil, une compagnie pétrolière qui appartient à 100% à l'Etat libyen. »
Et puis, il n'aurait jamais fallu retirer les plaintes contre Hannibal qui serait aujourd'hui sous le coup d'un mandat d'arrêt international. Mais voilà, au lieu de cela, la Suisse a joué profil bas.
« Nous n'avions pas le choix », souligne un diplomate qui a participé aux premières négociations. « Il nous fallait sortir le plus rapidement possible nos deux compatriotes des geôles libyennes. » Toujours cette désagréable impression que Kadhafi a un coup d'avance sur une Micheline Calmy-Rey, de plus en plus décriée pour sa gestion personnelle et maladroite du dossier.
Motus et bouche cousue
Mais ce qui choque le plus à Berne, c'est que la championne toute catégorie des droits humains, celle qui dépense des milliards pour l'aide au développement et qui œuvre pour la paix dans le monde, ne peut pas compter sur la communauté internationale.
Personne n'a levé officiellement le petit doigt pour elle. En coulisse, seul le président algérien Bouteflika travaille pour mettre sur pied un sommet Merz-Kadhafi. Et l'Union européenne ? Elle a tenté une approche. Sans succès pour le moment.
Plus isolée que jamais, la Suisse devra donc se débrouiller comme une grande pour sortir ses deux ressortissants de leur cage dorée. Pourquoi ? Elémentaire : la Libye est un eldorado prometteur aux réserves pétrolières et gazières gigantesques. Surtout elle est assise sur une réserve de 70 milliards de dollars. Des trésors qui aiguisent l'appétit de tous les pays riches.
Pas étonnant donc que ni Merkel, ni Sarkozy, ni Berlusconi, ni Obama, ni Medvedev n'aient réagi quand Kadhafi a traité la Suisse de « mafia » lors du G8. « Et qui va bouger pour un petit pays empêtré dans ses problèmes avec le secret bancaire », analyse un diplomate helvétique, un brin dépité.
Même Ban Ki-moon n'a pas bronché en entendant la seconde salve lancée par le colonel durant le Sommet des non-alignés de Charm El-Cheikh. Mieux : Aicha Kadhafi vient d'être nommée « ambassadeur de bonne volonté » du Programme des Nations Unies pour le développement. En pleine crise avec la Suisse…
Et comme si cela ne suffisait pas, Kadhafi a prévu de demander à l'ONU de démanteler la Suisse lors de la prochaine assemblée annuelle de l'Organisation des Nations unies. Ira-t-il jusqu'au bout ?
A Berne, officiellement, c'est motus et bouche cousue. Mais nos diplomates savent très bien que le Guide ne s'arrêtera pas en si bon chemin même si une telle résolution n'obtient que quelques voix, celles de la Libye et quelques pays africains achetés à coups de milliards.
Pour Kadhafi, c'est une manière de faire monter les enchères autour de la libération de nos deux otages. « La facture promet d'être salée à ce sujet », note un spécialiste qui évalue à près de 400 millions de francs suisses celle des infirmières bulgares. Emprisonnées de 1999 à 2007 et condamnées à mort pour une sombre affaire de contamination d'enfants par le virus du sida, elles avaient été finalement relâchées après 33 mois de dures négociations entre la Libye et l'Union européenne. « La Suisse devra s'armer de patience », poursuit notre spécialiste.
Et ce n'est pas Hans-Rudolf Merz qui dira le contraire. Selon nos informations, sa proposition de rencontrer rapidement Muammar Kadhafi n'a reçu qu'une fin de non-recevoir de la part de ce dernier. Le colonel n'a pas fini de jouer au chat et à la souris avec la Suisse…
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