L'expertise du cabinet-conseil New Deal

Une sélection strictement personnelle d'articles et publications sur les mondes de la politique, des affaires, du droit, des Nouvelles Technologies et des relations publiques.

21 septembre 2009

L'AFFAIRE CLEARSTREAM EXPLIQUEE AUX NULS !

Clearstream pour ceux qui ont oublié le début (et pour les nuls)

                           

      

      

   

       

Il était une fois un informaticien, un corbeau, un ex-Premier ministre, un Président et Laetitia Casta : affaire d'Etat, mode d'emploi.

Photos : Nicolas Sarkozy en avril 2007 et Dominique de Villepin en mars 2007 (Reuters)

Le procès de l'affaire Clearstream débute lundi à Paris. Avec quelques stars en tête d'affiche : Nicolas Sarkozy qui accuse, Dominique de Villepin qui se défend, et une brochette de personnages plus fous encore, et parfois plus incongrus (on y croise même Laetitia Casta).

A leur décharge, il est difficile de se plonger dans les méandres de cette affaire sans le devenir (fou). Pour ceux qui préfèrent rester sains d'esprit et avoir une vision à peu près claire de l'affaire, il est temps de lire cet « explicateur ».

1Le coeur de l'affaire : une fausse liste de corrompus

Une liste de personnes, prétendument sortie des fichiers informatiques de l'établissement financier luxembourgeois Clearstream, a été transmise à la justice par une lettre anonyme au printemps 2004. Il y en aura d'autres : en tout, six courriers de ce type.

« Je vous écris pour vous informer de l'existence d'un groupe mafieux », commence la lettre adressée au juge Renaud Van Ruymbeke. Selon ce « corbeau », des personnalités françaises, en cheville avec des oligarques russes, seraient rémunérées pour faciliter le blanchiment d'argent sale, à travers des comptes occultes de Clearstream.

Ce club de mafieux serait, toujours selon le corbeau, responsable de la mort de Jean-Luc Lagardère, ancien patron de Matra, entreprise intégrée depuis dans EADS, le grand groupe aéronautique.

Les Français auraient reçu, sur ces comptes bancaires, des « rétrocommissions » (ou pots de vin) pour la vente de frégates à Taïwan en 1991.

La liste, envoyée en mai, est complétée dans une seconde lettre en juin 2004 et des CD-Rom. Près de 900 comptes bancaires sont signalés. Y figurent les noms de personnalités très connues :

 

  • Nicolas Sarkozy, alors ministre des Finances. Plus précisément, les noms de « Paul Nagy » et « Stéphane de Bosca » apparaissent, référence au patronyme complet « Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa »
  • Brice Hortefeux
  • Jean-Pierre Chevènement
  • Dominique Strauss-Kahn
  • Alain Minc (consultant)
  • Edwy Plenel (alors au Monde)
  • Laurent Fabius
  • Alain Madelin
  • Philippe Delmas, vice-président d'EADS
  • Alain Gomez, ancien président de Thomson-CSF
  • Alizée, chanteuse
  • Laetitia Casta, actrice

Toutes ces personnalités se sont interrogées sur la présence de leur nom dans ces listings.

La manipulation est découverte, reste à trouver les auteurs

Le juge Van Ruymbeke enquête, mais se rend bientôt compte qu'il s'agit d'une manipulation. Dès l'automne 2004, il a des doutes. Il finit par s'apercevoir que les noms de personnalités ont été rajoutés, parfois grossièrement, aux listes de Clearstream.

Qui a fabriqué ces faux listings, basés sur un document authentique de la banque ? Une nouvelle enquête est ouverte, dès juillet 2004, après le dépôt d'une plainte pour dénonciation calomnieuse par certaines des personnalités visées. Elle est confiée aux juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons. Le procès de cette semaine en est l'aboutissement.

L'affaire devient alors publique : c'est Le Point qui la révèle. Mais à ce moment et jusqu'à le fin 2005, la situation reste floue. Au printemps 2006, des investigations menées en Italie apportent la preuve que les listes sont des faux, et Nicolas Sarkozy se décide à porter plainte.

« Un jour, je finirai par retrouver le salopard qui a monté cette affaire et il finira sur un crochet de boucher », aurait déclaré Nicolas Sarkozy, selon Franz-Olivier Giesbert (« La Tragédie du Président », 2006).

La suite : le contexte, avec l'affaire Clearstream 1 et les frégates de Taïwan

Photos : Nicolas Sarkozy en avril 2007 et Dominique de Villepin en mars 2007 (Reuters)

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18 septembre 2009

NON A L'EPISIOTOMIE SYSTEMETIQUE !

LUTTES

Ces femmes qui saignent du née

allo maman bobo / vendredi 18 septembre par Lucie Delaporte

               

       

Le Groupe radical des excitées de la naissance naturelle et les Périnées Méfiants partent en guerre contre la pratique systématique de l’épisiotomie. Explications.

Prix littéraires, prix de Formule 1, l’actualité regorge de ces innombrables, et souvent vains, micro-événements. Dans ce déluge de médailles, il est une distinction qui risque, bien à tort, de passer totalement inaperçue. La maternité du CHU de Besançon vient en effet de recevoir, a-t-on appris de sources proches du dossier, le « Prix spécial de l’Association des Périnées Méfiants » pour avoir fait baisser à 3,4 % le taux d’épisiotomie.

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© Oliv’

Pour les béotiens, l’épisiotomie consiste à ouvrir le périnée lors de l’accouchement afin de favoriser le passage de l’enfant. Une intervention qui n’est pas sans conséquence pour les femmes mais, disons, que jusque-là tout le monde s’en fichait un peu. Au menu des complications possibles (âmes sensibles s’abstenir) : douleurs post-partum, troubles de la défécation, relations sexuelles perturbées parce que douloureuses ou « parce que du tissu érectile de la vulve a été remplacé par du tissu cicatriciel » nous explique Wikipedia. En clair, l’épisiotomie, c’est pas la joie. Et c’est pourtant pratiqué dans près de la moitié des accouchements (47% en 2003). Pour certains médecins et sage-femmes, de moins en moins nombreux, elle reste un moyen efficace et sûr pour favoriser l’expulsion du bébé. Or malgré un recul constant, « le système de tarification à l’acte risque de renforcer cette pratique dans les cliniques privées » souligne une sage-femme de l’hôpital Beaujon.

En juillet dernier, une patiente qui avait tenté un recours contre son médecin pour lui avoir pratiqué une épisiotomie sans son consentement a vu sa demande rejetée par la chambre disciplinaire de l’ordre des médecins de Haute-Normandie.

Méprisés, oubliés, niés, les périnées ont donc peut-être enfin trouvé leur porte-parole par le biais du Groupe radical des excitées de la naissance naturelle(GRENN) à l’origine de ce prix.

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16 septembre 2009

ILS ONT OSE DECLARER CASTER SEMENYA "HERMAPHRODITE"

Ces mystérieux tests qui font de Semenya une « hermaphrodite »

                           

      

      

   

   

   

Dessin de Jul

Le cas de Caster Semenya, championne du monde du 800 mètres féminin, n'a pas fini de faire débat. On apprend cette semaine que le rapport médical rédigé après les tests de féminité pratiqués sur l'athlète sud-africaine la qualifient d'hermaphrodite. Difficile pourtant de savoir en quoi consistent précisément ces tests.

JUL INVITÉ DE RUE89
à l'occasion de la sortie
de « Silex and the City »,
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Pour le savoir, j'ai contacté par mail la Fédération française d'athlétisme, mais sans succès. Sur le Net, impossible d'obtenir d'informations précises sur le sujet -mais peut-être aurez-vous plus de chance que moi.

Il est vrai qu'en divulguant la procédure, les instances sportives devraient officialiser les critères retenus pour distinguer les « vraies femmes » des « vrais hommes ».

« On peut deviner qu'il s'agit de tests sanguins, chromosomiques et gynécologiques »

Anaïs Bohuon, docteure en histoire du sport et qui prépare actuellement un livre sur l'histoire des tests de féminité dans le sport, décrypte pour Rue69 ce silence :

« C'est sur cette difficulté à obtenir l'information qu'il faut à mon sens s'interroger. A l'heure actuelle, l'Association internationale des fédérations d'athlétisme (IAAF) mais également l'association du tennis féminin (WTA) refusent de communiquer sur les tests qu'ils imposent aux athlètes.

Ça laisse songeur… même si on peut deviner que ce sont des tests sanguins, chromosomiques et gynécologiques qui sont imposés. C'est ce que certains médias, comme le quotidien australien Sydney Morning Herald par exemple, annoncent.

Information à prendre toute de même avec grande précaution, car on ne sait pas d'où ils sortent cela… »

Pas une athlète comme les autres, Caster ? Usain Bolt non plus !

Dans cette affaire, on parle souvent de « suspicion visuelle », manière de dire que Caster Semenya ne correspond pas aux canons de la féminité : grâce, souplesse, finesse…

Elodie Guégan, finaliste du 800 mètres qui a couru aux côtés de Caster Semenya, n'hésite pas à parler sur le site de la Fédération française d'athlétisme de « créature » :

« Sa musculature, son visage et son allure générale génèrent de nombreux doutes sur sa féminité et donc sa légitimité à courir. »

Caster n'est pas une athlète comme les autres, ce qui chagrine ses concurrentes… Usain Bolt, la superstar de l'athlétisme masculin qui explose le record du 100 mètres à chaque course, n'est lui non plus pas comme les autres. Son anatomie, ses qualités biomécaniques hors normes lui confèrent aussi un avantage sur les autres athlètes.

« Caster Semenya aurait des testicules intra-abdominaux »

Mais là, on ne met pas en doute sa légitimité à courir avec les autres. Ses foulées graciles pourraient-elles poser question ? Il est vrai qu'on ne met pas en doute sa masculinité d'autant que les tests de masculinité n'existent pas… Anaïs Bohuon, sur Mediapart, poursuit cette analyse :

« Caster Semenya présenterait des organes sexuels à la fois masculins et féminins. D'après les rapports médicaux, elle aurait des testicules intra-abdominaux qui produisent d'importantes quantités de testostérone.

Doit-on disqualifier les athlètes exceptionnelles, parce qu'elles ne se conforment pas à la moyenne, à la norme ? La véritable question se pose en réalité en ces termes : comment légiférer sur un critère si subjectif que l'avantage physique ?

Le sport est par essence générateur et révélateur d'inégalités : de talents, de capacités physiques, morphologiques… »

Dans un premier temps, la tonalité dans les médias a souvent été celle de la tricherie : un homme se serait fait passer pour une femme. Le porte-parole de l'IAAF, Nick Davies, cité par le Sydney Morning Herald, dit tout autre chose :

« Il s'agit d'un problème médical et non pas d'un cas de dopage où elle aurait triché délibérément. Les résultats de ces tests ne peuvent laisser supposer une quelconque entorse à la règle.

Ils tendent en revanche à accréditer l'hypothèse selon laquelle Semenya bénéficierait d'un avantage médical indéniable sur ses rivales. Il n'y a pas d'annulation automatique des résultats dans un cas comme celui-là. »

« Ils ne parviennent pas à établir ce que c'est qu'une “vraie femme” »

L'IAAF doit rendre son verdict le 20 novembre, lors de son comité exécutif. Quel avenir sportif pour Caster Semenya ? Anaïs Bohuon m'explique par email :

« Ils vont probablement délivrer également une médaille d'or à l'athlète qui a terminé deuxième derrière Caster Semenya. Cette décision serait inadmissible, du fait que par là, la victoire de Caster est implicitement ou explicitement remise en cause.

Ils ne peuvent pas la disqualifier : ils ne parviennent à établir une vraie définition de ce que doit être une “vraie femme” autorisée à concourir chez les femmes. Ce qui risque de se passer néanmoins, comme dans l'histoire, c'est de ne plus revoir Caster Semenya sur la scène sportive…

Elle risque d'être progressivement extrêmement marginalisée au sein de sa fédération… ou d'elle-même, après cet immense traumatisme, s'exclure…

Si elle présente une résistance aux androgènes, elle sera autorisée à concourir : par le passé, des athlètes ont présenté cette résistance et ont été autorisées à concourir par la suite. »

Rien n'a vraiment changé depuis le dernier cas médiatisé, celui de Santhi Soundarajan, médaillée d'argent du 800 mètres aux Jeux panasiatiques de 2006 et disqualifiée pour avoir failli aux tests de féminité. Elle finira par tomber en dépression et faire une tentative de suicide…

Sera-t-on confronté au même climat de suspicion tant que le public ne sera pas mieux informé sur les intersexes ? Intégrer l'idée qu'il y a un continuum entre hommes et femmes, et que la limite entre les deux est une chose parfois subjective, n'est pas facile pour tout le monde.

Comment l'expliquer à ma mère, quand elle dit « y'a qu'à soulever sa jupe, et on voit si elle a un kiki » ?

   

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15 septembre 2009

LE LAVANI, UNE DANSE EROTICO-COQUINE INDIENNE....

A Bombay, les belles du lavani dansent pour se faire siffler

                           

      

      

   

   

   

Dessin de Jul

(De Bombay) Longtemps condamné pour son immoralité, puis lentement abandonné, le lavani vit une seconde jeunesse à Bombay. Cette danse suggestive née il y a trois siècles au Maharashtra fait salle comble lors de grands spectacles appelés les « banner shows ».

Exemple ce dimanche après-midi à Dadar, dans un quartier résidentiel de Bombay. Le grand auditorium Ravindra Natya Mandir est plein à craquer. Les spectateurs debout sur les côtés, les autres assis dans les travées, et les chanceux qui ont une place assise, tous gardent les yeux rivés sur le rideau qui va bientôt s'ouvrir.

Ils sont venus pour un banner show, un spectacle de lavani, une danse indienne (basée sur les pas du kathak) où les femmes roulent lascivement des hanches sur des chansons aux paroles coquines, devant un public exclusivement masculin. Dans la culture indienne volontiers puritaine, cet art érotique est une véritable rareté.

« Des chansons à double sens »

L'origine du lavani remonte au règne de la dynastie marathe des Peshwa, au XVIIIe siècle. Après un âge d'or autour du XIXe siècle, il tombe en désuétude. Bhushan Korgaonkar, producteur d'un documentaire sur le sujet intitulé « Natale Tumchyasati », explique :

« S'il a toujours continué d'exister dans les campagnes du Maharashtra, dans les années 50, le lavani avait en revanche pratiquement disparu des villes, jusqu'à ce qu'un réalisateur marathi, Dada Kondke, le popularise à nouveau avec ses chansons à doublesens. »

JUL INVITÉ DE RUE89
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Aujourd'hui, comme l'attestent les sifflets qui accueillent Akanska, la première des huit danseuses à se produire sur scène, l'art le plus sensuel de la culture marathe est bien vivant.

Dans le milieu du lavani, Akanksha Kadam est une star. « Les nouvelles arrivantes se sont mises à copier son style », assure Bhushan Korgaonkar.

La jeune femme de 28 ans ressemble à une déesse indienne : une profusion de bijoux, une débauche de couleurs vives, un maquillage exagéré. Avec son sari rouge à paillettes, de grosses fleurs dans les cheveux et ses lourds grelots aux chevilles, Akanksha a beau être couverte de la tête aux pieds, elle dégage une assurance qui rend les hommes fous.

Akanksha recommande au public de protéger sa « canne à sucre »

« Vous m'aimez ? », leur lance-t-elle d'un air canaille derrière son micro. Les sifflements de la foule lui répondent. Car siffler est au lavani ce qu'applaudir est au théâtre.

Akanksha tire la langue, et les sifflets redoublent. Entre la grimace enfantine et l'allusion charnelle, la mimique contient tout l'esprit du lavani : du double sens, que l'on comprend comme on veut.

Pour cette représentation, Akanksha interprètera trois tubes du répertoire du lavani, toujours en marathi, la langue régionale. Dans « Karbhari Damane », elle demande à son mari « d'aller lentement », dans Fad Sambhal elle intime à son public de « protéger sa canne à sucre » et dans Kairee Padaachi, elle chante qu'elle est une mangue trop mûre, prête à être cueillie.

« L'influence de Bollywood se fait sentir, les danseuses sont attirées par la gloire »

Anil Sutar, le chorégraphe du spectacle, avertit :

« Ne croyez pas que le lavani des banner shows corresponde à l'art authentique. A l'origine, le lavani possédait une dimension mythologique, poétique et philosophique. Aujourd'hui, l'influence de Bollywood se ressent beaucoup et les danseuses sont surtout attirées par la gloire. »

Et à la campagne, il continue d'être pratiqué à la manière traditionnelle, par des danseuses venant de générations d'artistes, qui vivent entre elles, avec l'interdiction de se marier.

Pour Akanksha, aucune obligation de cet ordre. Après le spectacle, la jeune femme rentrera chez elle dans le nord de Bombay, en jean, pendue à son portable, déjà occupée à organiser sa prochaine tournée.

   

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MITTERRAND N'ETAIT PAS "CHAUD" POUR LA REUNIFICATION DE L'ALLEMAGNE.

Décryptage

       

Quand Mitterrand tentait de ralentir la réunification allemande

                           

      

      

   

   

   

Dessin de Jul sur François Mitterrand (DR).

François Mitterrand a-t-il raté la réunification allemande ? La polémique, d'abord historique mais pas seulement, a repris depuis la publication, à Londres, de documents déclassifiés par le Foreign Office, et en particulier des notes d'entretiens entre le président français et Margaret Thatcher, alors premier ministre. Quelques souvenirs personnels de reportage pour s'y retrouver.

Ce soupçon de loupé diplomatique majeur pèse sur François Mitterrand depuis des années et jette une ombre sur le bilan d'un homme qui se voulait stratège et visionnaire pétri d'histoire. Pourtant, pour avoir suivi comme correspondant diplomatique de Libération à l'époque, toutes les étapes de cette page d'histoire, j'ai ressenti comme beaucoup d'autres l'immense flottement, le sentiment d'un homme qui était à contre-courant de l'histoire sans pour autant commettre de faute irréparable.

On n'est pourtant pas passé loin si l'on en croit les documents britanniques, et en particulier cette conversation, début décembre, entre Mitterrand et Thatcher, dans laquelle ils font surenchère de références à la seconde guerre mondiale, et se renforcent mutuellement dans leur soupçon vis-à-vis de géant allemand qui renait. Mitterrand redoute de voir Français et Britanniques se retrouver « dans la situation de leurs prédécesseurs dans les années 30 qui n'avaient pas su réagir » au désir d'hégémonie allemande. Et Maggie Thatcher sort de son célèbre sac à main une carte d'Europe découpée dans un journal d'avant-guerre… Ambiance.

« Kohl, un irresponsable »

Cette première impression de flottement, je l'ai eue lors d'un coup de téléphone à l'un de mes interlocuteurs à l'Elysée, le 28 novembre 1989, moins de trois semaines après la chute du mur de Berlin. Helmut Kohl, le Chancelier ouest-allemand, venait d'annoncer au Bundestag un « plan en dix points » pour une réunification par étapes des deux Allemagne.

J'appelais l'Elysée pour avoir une réaction à cette annonce surprise, et mon interlocuteur était hors de lui :

« Kohl est un homme dangereux, un irresponsable. Il panique dès qu'une sous-section de la CDU [l'Union chrétienne démocrate, son parti, ndlr] émet une critique. Cette précipitation nous conduit au désastre avec une annonce pareille sans concertation avec nous. »

L'histoire retiendra au contraire que Kohl avait conçu ce plan par étapes pour freiner une demande de réunification rapide qu'il sentait monter en RDA, l'Allemagne de l'Est communiste, mais que Paris ne voulait pas entendre. Ce plan sera vite balayé par les événements, mais il avait cassé des années de lien étroit entre Kohl et Mitterrand -la fameuse photo en se tenant la main à Verdun- et créé une dangereuse tension entre Paris et Bonn.

Avec l'ami Gorby à Kiev

Quelques jours plus tard, François Mitterrand s'envole pour Kiev, voir Mikhaïl Gorbatchev, alors numéro un soviétique. Mitterrand était convaincu qu'en cas de réunification, Gorbatchev ne survivrait pas et qu'un maréchal de l'armée rouge moins tendre serait placé à la tête de ce que l'on qualifiait encore de superpuissance.

Mitterrand descend de l'avion par un froid ukrainien glacial et Gorbatchev l'attend au pied de la passerelle [voir la vidéo de l'INA ci-dessous]. Mitterrand met sa chapka à l'envers et le secrétaire général du PCUS l'aide à la remettre à l'endroit. Le ton est donné pour quelques heures amicales et complices, dans le dos des Allemands. Lors de la conférence de presse finale, Mitterrand lache une phrase :

« Il ne faut pas inverser l'ordre des choses, il ne faut pas commencer par poser le problème des frontières. » (voir la vidéo)

Le hasard fait que j'avais emmené avec moi un essai de Régis Debray, « Tous azimuts » (Odile Jacob), et que dans ma chambre d'hôtel surchauffée de Kiev, je tombe sur un passage où l'ancien révolutionnaire évoque justement une « aliance de revers » entre la France et la Russie, pour faire face à une Allemagne renforcée par les bouleversements de l'Europe. J'en fais la « chute » de mon article de Libé.

A son retour, se déroule la fameuse scène avec Thatcher avec références à Munich et aux années 30. Puis François Mitterrand fait une grande intervention radio-télévisée, face à Jean-Pierre Elkabbach, Serge July, Christine Ockrent et Alain Duhamel, rien que ça ! Il ne laisse rien paraître des vives tensions diplomatiques et des jeux de coulisse, et, au contraire, sort une phrase sur l'hypothèse de la réunification qui restera :

« On n'a pas le droit d'avoir peur d'événements heureux. La liberté arrive en Europe de l'Est. C'est un évènement heureux. Bien sûr cela bouscule mais je n'en ai pas peur. » (Voir la vidéo de cet entretien)

Pourtant, Mitterrand fera tout pour empêcher cette réunification en marche (on s'efforce même à Paris d'imposer le mot « unification » et pas « réunification », pour ne pas suggérer un retour à l'Allemagne d'hier). Le président français fera même fin décembre un voyage à Berlin-Est qui sembla bien décalé avec le souffle de l'histoire.

L'erreur de Berlin-Est

La veille de l'arrivée de la délégation française, je me trouvais à Leipzig, où une foule pacifique défilait sur le Bund, le grand boulevard de la ville, au cri de « Réunification ». Le lendemain, les conseillers du président, à Berlin-Est, doutent pourtant de l'ampleur du phénomène malgré les récits des journalistes. François Mitterrand est venu conforter une identité est-allemand pourtant moribonde, et un leadership communiste à bout de souffle, afin de retarder une réunification qui vient contrarier ses rêves d'intégration européenne.

Deux images me restent en mémoire. D'abord un discours lors d'un dîner de gala très « est-allemand », dans lequel le président français fait l'éloge de tous les grands hommes issus de cette terre allemande, ne citant que des artistes ou écrivains nés dans la partie de l'Allemagne devenue la RDA !

Et, le lendemain, lors d'une conférence de presse, il tient à annoncer aux journalistes, avec un air gourmand, la rumeur de l'annulation de l'ouverture le soir même de la Porte de Brandebourg, haut lieu de l'histoire berlinoise, qui devait réunir Helmut Kohl et les leaders est-allemands. Finalement, la cérémonie eut lieu, et on pouvait voir Jack Lang se promener au milieu de cette foule allemande heureuse et pacifique, célébrer un événement dont François Mitterrand avait pris du plaisir à dire à tort qu'il n'aurait pas lieu.

Au bout du compte, quelques semaines plus tard, après un nouveau bras de fer à propos de la frontière germano-polonaise, la crise fut surmontée par un de ces compromis dont l'histoire a le secret et qui donna naissance à l'euro. Et Gorbatchev survécut à la réunification allemande, pour mieux disparaître en 1991, entraînant avec lui l'Union soviétique sans que le monde ne s'écroule.

JUL INVITÉ DE RUE89
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Les révélations britanniques n'en sont donc pas réellement. Les quelques anecdotes ci-dessus montrent que tout observateur attentif de cette période avait ressenti la profonde réticence de François Mitterrand, ancien prisonnier de guerre en Allemagne, à accepter une Allemagne plus grande, plus forte, dans cette Europe en formation. Malgré sa profonde connaissance de l'histoire, malgré ses relations étroites, réelles, avec le gouvernement allemand de l'époque.

Helmut Kohl, dans ses mémoires, a sans doute bien résumé l'état d'esprit de son « ami » François pendant cette période :

« Deux cœurs battaient dans la poitirine de Mitterrand : l'un en faveur du soulèvement révolutionnaire en RDA ; l'autre pour la France, pour son rôle et son rang en cas de l'unification de l'Allemagne. »

Cela reste incontestablement une ombre à son bilan diplomatique, même si, de fait, malgré les tangages, les dirigeants de l'époque, à l'Est comme à l'Ouest, ont finalement géré en équilibristes mais sans trop de dégats un bouleversement géopolitique et humain immense. C'est plus tard, dans l'euphorie de l'après-guerre froide, que se situent les vraies occasions manquées de changer le monde.

   

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LA MOLLE CONDAMNATION DU DERAPAGE HORTEFEUX.

Polémique

       

Après Hortefeux : en France, on condamne les antiracistes

                           

      

      

   

       

Brice Hortefeux à Seignosse le 5 septembre 2009 (Audrey Cerdan/Rue89).

D'abord, il y a la bonne vieille « blague » de Brice Hortefeux devant la caméra de Public Sénat, à l'université d'été de l'UMP. Ensuite, il y a les mots des rédactions pour en parler : dire « un Arabe » ne semble pas couler de source, comme parler de l'humour « raciste » du ministre de l'Intérieur - ceux qui préfèrent les sucrettes diront de sa fameuse saillie qu'elle est « douteuse », « problématique », « polémique ».

Et puis il y a les réactions qu'on déclenchées les déclarations de Brice Hortefeux devant Amine, 22 ans, militant UMP. (Pour rappel, la scène intégrale filmée par Public Sénat)


Trois jours après le buzz sucité par la vidéo sortie par LeMonde.fr, reprendre le verbatim des déclarations après coup est édifiant. Premier constat : rares sont ceux qui commentent le contenu-même des déclarations. Même pour n'y voir ne serait-ce qu'un « dérapage », terme étonnamment peu utilisé, quoique déjà édulcoré.

Certes, il y a ceux qui s'accrochent à l'idée d'un trait d'humour bonne franquette. Mais la plupart zappent la condamnation des propos (« insultants », dira tout de même Aubry) pour qualifier non plus ce que le ministre a dit, sans aucun doute possible, sous le nez de la caméra, mais qui il est. Exemples :

  • Jack Lang : « un honnête homme »
  • Eric Besson : « quelqu'un qui est humaniste, qui est pétri (…) dans son histoire personnelle de catholicisme social, qui n'a rien de raciste »
  • Valérie Pécresse : « un vrai républicain »
  • Roselyne Bachelot : « un homme de cœur, de dignité »
  • Nora Berra : « quelqu'un d'engagé depuis des années dans un discours et des échanges interculturels »
  • Eric Raoult : « un mec net avec un humour britannique qui n'a pas été compris »
  • Jean-François Copé : « il n'a jamais été raciste de sa vie »

« On fait l'impasse sur les mots qui sont prononcés »

Rue89 a proposé à la sémiologue Mariette Darrigrand, blogueuse sur le site, de décrypter les réactions qui ont suivi le buzz de la vidéo :

« Tout le monde se met à faire de la fausse sémiologie, en quelque sorte. Parce que commenter le commentaire permet de faire l'impasse sur les mots qui sont prononcés. Seules deux ou trois réactions disent “c'est un contenu raciste, point”. On ne juge plus, on préfère décrypter comme si c'était un discours. En faisant cela, on verrouille et on se prive de regarder la vérité. »

La preuve ? Le succès du contre-feu allumé par une partie de la majorité, quant au soit-disant piège d'Internet et des images amateurs (alors qu'elles sont signées d'un journaliste). Mariette Darrigrand confirme :

« On se fout des circonstances, mais pourtant on a parlé au moins autant de savoir si c'etait filmé avec un portable que du contenu sorti de la bouche du ministre. »

Deuxième constat : avec les propos de Brice Hortefeux à Seignosse, on voit revenir au galop le procès des « antiracistes » et des « censeurs bienpensants », termes qu'on a davantage entendu sur les lèvres du comique Dieudonné que sur l'échiquier politique récemment.

Mariette Darrigrand a aussi décrypté cette tendance :

« Tout se passe comme si, en France, on considérait qu'il y a une pulsion naturelle de l'homme. L'éducation consisterait alors à brider cette pulsion. Du coup, l'antiracisme est vu comme une sorte d'éducation à la frustration. »

Cette vision castratrice de l'antiracisme, c'est précisément ce qui ressort de la déclaration de Patrick Devedjian (UMP) :

« On peut de moins en moins se permettre de faire des blagues ou des plaisanteries dans la société fournie de commissaires politiques abondants que nous connaissons de plus en plus. »

« Commissaires politiques », l'expression vous rappelle quelque chose ? C'était en effet une valeur sure de la prose lepéniste au plus fort de l'essor du Front national. Cette fois-ci, Jean-Marie Le Pen (FN) ne tape d'ailleurs pas bien loin en déclarant ceci :

« Ce serait comique si ce n'était pas scandaleux. Non pas la déclaration de monsieur Hortefeux qui n'a aucune importance mais le tollé que cela soulève dans l'opinion ». « Il y a désormais en France une censure antiraciste qui s'exerce par l'intermédiaire des médias. »

Déclinaison assez proche chez Philippe de Villiers (MPF) :

« Cette manipulation misérable qui vise à salir la réputation de Brice Hortefeux et en même temps à intimider tous les hommes politiques »

« Je veux pouvoir le dire »

Des caricatures ? Pas vraiment, car en réalité, le discours sur l'antiracisme soi-disant rageusement censeur n'a cessé de prendre du lest depuis « la fin du deuxième septennat Mitterrand », selon Mariette Darrigand. Pour la sémiologue, la dernière incarnation de cette tendance, c'est Eric Zemmour :

« Il s'exprimait sur un tout autre sujet chez Laurent Ruquier, le 13 septembre : la peine de mort. Or ce qu'il expliquait en substance, c'est qu'il n'était pas tant que cela pour son rétablissement, mais contre la bienpensance qui oblige à être contre. Ce qu'il énonçait clairement, c'était : “je veux pouvoir le dire”. »

Pour les défenseurs du ministre de l'Intérieur, ce faux procès qu'on lui fait trahirait les dérives de l'antiracisme. Patrick Karam, délégué interministériel pour l'égalité des chances des Français d'outre-mer, n'esquive pas davantage le procès du complot bienpensant :

« Au nom de l'antiracisme, peut-on se permettre de porter des accusations aussi graves ? »

Même si le propos anti-bienpensance avait pu sembler passer en sourdine au début des années 90, l'historien Benjamin Stora, spécialiste de la question coloniale, date lui aussi le grand retour de l'anti-antiracisme à la fin des années 90 :

« Les anti-antiracistes sont apparus aussitôt après la naissance de SOS Racisme en 1984. Puis ça s'est calmé, avant de revenir en marge du débat sur la colonisation. Notamment l'Algérie : le grand déballage des années 1999-2000 avec la reconnaisance de la guerre d'Algérie par le gouvernement Jospin, les aveux d'Aussaresses, ont structuré tout un discours qui enclenche, en 2001-2002, la défense de la France coloniale.

Le point culminant, c'est le vote de la loi sur les bienfaits de la colonisation, le 23 février 2005, par l'Assemblée nationale [dont l'article 4 a été abrogé par Jacques Chirac un an plus tard, ndlr]. »

Or, pour Stora, « on a créé de toutes pièces une catégorie », alors que ceux qui donneraient à tout bout de champ dans la repentance sont ultra-minoritaires :

« Elles sont où, ces élites journalistiques, culturelles, intellectuelles, politiques, qui feraient soit-disant rependance en permanence ? Il n'y en a pas, en France ! Germaine Tillon, Pierre Vidal-Naquet, Pierre Bourdieu, qui se sont interrogés sur le passé colonial de la France, sont tous morts ! Et où enseigne-t-on la colonisation ? Il n'y a pas de chaires dans les universités, les grandes écoles. Pas de lieu de mémoire non plus ! La pensée dominante, ce n'est pas la bien-pensance, au contraire ! »

Les politiques de gauche, complexés par peur d'apparaître angélique

A force, ces critiques ne se sont pas seulement installées dans le paysage médiatique. Elles ont aussi modifié discours et habitudes de la gauche, qui a perdu l'habitude d'enfourcher ce qu'on peut considérer comme ses fondamentaux. Mariette Darrigrand a suivi l'évolution des discours de gauche :

« Les hommes politiques de gauche ont cru ceux qui affirmaient que la bienpensance avait pris le pouvoir. Ils sont devenus complexés par peur d'apparaître angéliques. Aujourd'hui, plus personne ne veut apparaître antiraciste et ça libère une parole qui se veut décomplexée. C'est un mouvement très repérable dans l'idéologie française. »

En découle une vraie difficulté à critiquer les saillies racistes pour ce qu'elles sont. « C'est d'ailleurs ce qu'il s'est passé pour le discours de Dakar ou les propos révisionnistes du pape Benoit XVI à ses débuts, là où, en Allemagne, ils ont été clairement condamnés », précise Mariette Darrigand.

La chose est particulièrement flagrante dans les propos de Jean-Christophe Cambadélis (PS) qui s'essaye péniblement à une ironie dont on ne voit pas bien où elle va :

« Notre Brice de Nice n'est pas raciste : seulement Brice Lagafe. Depuis qu'il a touché le poste dont il rêvait, il a la démarche gaffeuse multipliant faux pas, fausse note, faux fuyant. »

Ce lundi soir, on apprenait que le MRAP décidait de poursuivre le ministre de l'Intérieur pour « diffamation à caractère racial ».

Photo : Brice Hortefeux à Seignosse le 5 septembre 2009 (Audrey Cerdan/Rue89).

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14 septembre 2009

SAVEZ-VOUS QUE VOUS ETES UNE MARQUE?

Vous aussi, vous êtes une marque ! Le Personal Branding


Reputation Par Henri Kaufman (chroniqueur exclusif) - Président de Hip ip ip ! Société de conseil en Marketing, en Web2.0 et en Formation

Vous... c'est vous, en chair et en os. Votre société a une ou des marques évidemment et vous aussi, vous êtes devenu une marque à partir du moment où vous vous êtes baladé sur Internet, où vous avez laissé des commentaires, où vous tenez un blog, où vous êtes plus ou moins actif dans un réseau social, où vous Facebookez, où vous Twittez, où vous YouTubez... Vous devenez une marque parce que tout ce que vous faites on line devient visible et que les internautes se forgent un jugement sur vous, lequel jugement devient de plus en plus affirmé avec le temps et donc de plus en plus difficile à modifier.

En quelques semaines, avec un peu d'effort et de volonté, vous pouvez acquérir en partant de rien une notoriété française d'abord puis très vite, internationale. Partant de l'obscurité, vous émergez en pleine lumière, partout à la fois, en "pleine ubiquité". Mais votre réputation, ou plus précisément votre e-réputation puisque c’est ainsi qu’elle se nomme, doit être travaillée, ne pas être mise en jachère ou flotter au gré des courants. Votre Personal Branding doit se travailler.

Voilà quelques conseils tirés d’un livre américain au titre incroyablement bien trouvé qui est la « bible » en ce domaine : ME 2.0 de Dan Schawbel. On y trouve énormément de recettes et de conseils pour les débutants. En voici quelques uns :

- Avec la technologie, vous pouvez accéder à un niveau de notoriété qui, il y a 15 ans, quand Internet n’existait pas, demandait aux people ou aux business men des millions de $.

- Beaucoup de gens pensent que le Personal Branding est une promotion personnelle, nourrie de narcissisme et d'égoïsme. C'est vrai par certains côtés, mais ce n'est pas forcément une mauvaise chose ! Votre marque personnelle, c'est un patrimoine important pour vous et aussi pour votre entreprise.

- le Personal Branding est une démarche qui va vous différencier de la foule de vos pairs en mettant en valeur vos compétences uniques, à travers des messages et des images adaptés à vos objectifs. Comme dans un cercle vertueux, le Personal Branding renforce votre réputation d'expert, votre crédibilité et votre confiance en vous.

- Votre marque personnelle se construit sur la sincérité et sur l'authenticité. Si ce n'est pas le cas, vous risquez d'avoir certes quelques victoires à court terme, mais celles-ci ne dureront pas bien longtemps.

- Attention, trop d'autopromotion auprès de vos amis ou collègues peut se retourner contre vous en donnant l'impression de quelqu'un doté d'un complexe de supériorité et un égo sur-dimensioné.

- Votre vie doit être un évènement permanent au centre d'un vaste réseau social.

- Pour exister, votre marque doit être "trouvée" par les moteurs de recherche.

Alors Voilà 2 astuces :

1- Googleïsez périodiquement votre nom et analysez ce que vous trouvez.

2- Installez une "Google Alert" sur votre nom ; vous serez ainsi prévenus chaque fois que votre nom est cité dans un blog ou une info.

Andy Warhol disait que chacun pouvait avoir son quart d'heure de gloire (à l'époque de la Télé toute puissante). Avec Internet vous pouvez avoir des millions de quart d'heure de gloire plus facilement, plus rapidement, plus économiquement. Elle est pas belle, la vie numérique ?

Photo : http://prmeetsmarketing.wordpress.com/

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LA REPRSSION GRADUEE POUR LE DROIT D'AUTEUR SUR LE NET !

TRIBUNE

   

Droit d'auteur et Internet : vers la répression graduée

   

Par Sophie Boudet-Dalbin | Doctorante en sciences de l'informa... | 14/09/2009 | 17H58

   

   

Si le volet répressif n'apparaît pas comme une fin en soi, il demeure un moyen de dissuasion des internautes adeptes du téléchargement illégal. Le système de riposte graduée doit décourager l'internaute lambda de pirater. Lawrence Lessig parle de « principle of bovinity ». Tout comme les vaches n'essaient pas de sortir des minuscules enclos de fils électriques, la majorité des gens ne luttera pas contre les restrictions sur Internet, si dérisoires soient-elles.

Hadopi 1.0 : débuts difficiles

Plutôt que des procès pour l'exemple avec pour seul effet de détruire l'image de marque des majors, la riposte graduée apparaît plus adaptée pour frapper de façon plus légère mais systématique. Lʼindustrie américaine attend de la France des premiers pas officiels afin dʼouvrir la voie à des solutions graduées ailleurs dans le monde. Déjà proposé en 2006 avec la loi DADVSI, le système de riposte graduée cède la place aux peines de prisons.

Trois ans après, le niveau du piratage semble devenir de plus en plus « sexy » et les ventes de CD et DVD continuent de chuter. La riposte graduée refait surface avec le projet de loi Hadopi, issu des accords Olivennes de novembre 2007. Un accord prévoit la mise en place dʼune autorité administrative chargée de superviser la lutte contre le piratage et en contrepartie la fin des DRM et lʼalignement de la sortie des films en VOD sur celle des DVD.

Le projet de loi Hadopi instaure une procédure en trois temps : message électronique adressé à lʼabonné, seconde recommandation sous forme de lettre de recommandation, puis sanction avec suspension de lʼabonnement pour 2 mois à 1 an. La politique des radars automatiques sur la route, appliquée au P2P.

Hadopi 2.0 : utopies et désillusions

Sʼen suit une bataille politique, qui se solde en juin 2009 par une censure partielle du Conseil constitutionnel, qui rappelle que le pouvoir de sanction ne peut incomber qu'au juge et que le principe de présomption d'innocence doit prévaloir.

Par ailleurs, les critiques dénoncent une loi liberticide, qui va à lʼencontre du principe de neutralité du Net du Parlement européen. En outre, Hadopi apparaît techniquement inapplicable, facilement contournable et déjà obsolète avec notamment lʼévolution incessante du cryptage, des réseaux privés virtuels, et lʼadresse IP qui
ne constituant pas une preuve suffisante.

Le gouvernement opte alors pour la promulgation des cinq articles non censurés et la loi Hadopi 2 sera à nouveau soumis au vote à lʼAssemblée nationale le 15 septembre 2009.

Lʼaprès Hadopi : la vérité est ailleurs…

Le discours du gouvernement français révèle des zones dʼombre. LʼUFC-Que Choisir rappelle lʼorigine douteuse des chiffres cités par Christine Albanel lors de la première lecture du projet de loi : un milliard de fichiers piratés.

Un chiffre impressionnant qui sʼappuie sur une étude du cabinet GfK comportant des failles. Le responsable explique que pour une telle étude, il est fait appel à la mémoire de lʼintéressé, et pour compenser le fait que les interviewés minimisent souvent le poids réel du téléchargement, les résultats sont extrapolés et multipliés par douze…

Lʼassociation sʼinterroge par ailleurs sur le fait de citer des expériences étrangères de pays qui nʼont jamais mis en place la riposte graduée. Car tous les pays dʼabord séduits par la mise en place dʼun tel système ont peu à peu abandonné lʼidée.

Le but premier du projet de loi, de lutter contre un manque à gagner des ayants droit, est également remis en cause. Comme le montre maitre Eolas, avocat au barreau de Paris et auteur d'un blog juridique, la loi est contraire à lʼintérêt des artistes qui ne pourront pas demander réparation de leur préjudice et doivent sacrifier leur rémunération à leur soif de répression.

Lʼenjeu semble aller au delà du simple affrontement entre adeptes dʼun état de droit et libertaires. Les pressions pour la modification de la législation du droit dʼauteur semblent être le résultat dʼun affrontement entre puissances industrielles et commerciales : D

  • dʼun côté, les industries culturelles et médiatiques dont le modèle économique repose sur la production de contenus attrayants pour le public ;
  • face à elles, les industries des télécommunications, de lʼinformation et dʼInternet qui récoltent tous les fruits du boom du réseau.

La riposte graduée renouerait donc avec le fantasme dʼune police du net dévouée aux majors. Reste à voir si la législation peut et va réussir à encourager lʼoffre légale tout en préservant innovation technologique et libertés individuelles.

   

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SARKOZY RETOURNE SON BOUBOU FRANCAFRICAIN !

Au fait, pourquoi ne reparle-t-on plus de Bourgi ?

Régis Soubrouillard - Marianne | Lundi 14 Septembre 2009 à 07:01 | Lu 2773 fois


 

Intervenu lundi 7 septembre sur l'antenne de RTL, l'avocat Robert Bourgi, conseiller Afrique de Sarkozy, a raconté comment Bongo lui avait demandé la tête du ministre de la coopération de l'époque Jean-Marie Bockel, évoquant même des menaces. Dans un livre intitulé Sarko en Afrique, deux journalistes spécialistes du continent africain évoquaient déjà des liens d'argent entre Omar Bongo et a Sarkozie.




GABON: Robert Bourgi invit


Cotonou au Bénin. Mai 2006. Dans un discours puissant, le ministre de l'Intérieur de l'époque, un certain Nicolas Sarkozy exhorte la France et l’Afrique  à  « construire une relation nouvelle, assainie, décomplexée, équilibrée, débarrassée des scories du passé et des obsolescences qui perdurent de part et d'autres de la Méditerranée. Cela implique plusieurs changements de fond, dont certains sont heureusement à l'œuvre.
D'abord, cette relation doit être plus transparente. Il nous faut la débarrasser des réseaux d'un autre temps, des émissaires officieux qui n'ont d'autre mandat que celui qu'ils s'inventent. Le fonctionnement normal des institutions politiques et diplomatiques doit prévaloir sur les circuits officieux qui ont fait tant de mal par le passé. Il faut définitivement tourner la page des complaisances, des secrets et des ambiguïtés. Il nous faut aussi ne pas nous contenter de la seule personnalisation de nos relations. Les relations entre des Etats modernes ne doivent pas seulement dépendre de la qualité des relations personnelles entre les chefs d'Etat, mais d'un dialogue franc et objectif, d'une confrontation des intérêts respectifs, du respect des engagements pris. A nous Français de renier tout paternalisme, d'exclure toute condescendance à l'endroit des Africains. Et surtout plus de respect. (…)
A nous aussi de débarrasser la relation Afrique-France de ses fantasmes et de ses mythes qui la polluent. Disons les choses clairement : la France n'a pas les intentions et l'influence qu'on lui prête. On lui prête la faculté de redresser les situations, de rechercher des intérêts économiques que nous n'avons pas et d'être capables d'assurer la stabilité ou de créer l'instabilité dans un pays. Bien souvent d'ailleurs, les deux fantasmes sont mêlés : la politique de la France en Afrique aurait pour seul objectif de s'approprier les ressources géologiques du continent. Où est la vérité ? A ceux qui pensent cela, je veux quand même rappeler qu'il n'existe plus de compagnie minière française, et que les entreprises françaises présentes en Afrique sont surtout spécialisées dans les services »
.


Sarkozy retourne son boubou


Que de mots doux et de vœux pieux adressés au peuple africain et au continent africain.
On s’amuse, certes un peu, de la fin de cet extrait quand on connaît les intérêts de Total, Bolloré et autres empires industriels Français qui ont fait de l'Afrique leur terrain de jeu.
Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, Sarkozy est devenu président de la République. Plein de bonnes intentions, il nomme, motivé par ce fameux esprit d’ouverture, le socialiste Jean-Marie Bockel à la coopération. Marchant dans les pas du président, en 2008 à Brazzaville, au Congo, Bockel affirme que « La Françafrique est moribonde. Je veux signer son acte de décès. Il ne s’agit pas de faire la morale, mais d’aider au développement ».

La Françafrique a vécu. On y aurait presque cru. Ne manquaient plus que les applaudissements et le passage aux actes. Car au-delà des incantations, reste le poids des traditions de la Vème République qui ont fait le bonheur de pas mal de présidents africains et d’hommes politiques français.
Deux ans après l’accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy, force est de constater que le président a plié sous le poids de l’histoire, des politiques et des industriels, renonçant à la rupture et à toutes ses promesses sur le sujet.


Bockel saute, les secrets de la République sont saufs

Sarko en Afrique - Plon

Sarko en Afrique - Plon

Conseiller, ami et « pigeon voyageur » Afrique du président, l’avocat d’affaires Robert Bourgi a raconté sur RTL, chez Jean-Michel Aphatie, l’épisode surréaliste de l’éviction de Jean-Marie Bockel de son poste de secrétaire d’Etat, demandé instamment par Omar Bongo. Certes l’histoire était connue, mais le récit par l’exécutant des basses œuvres de la Françafrique n’en a que plus de force : « un soir je reçois un appel du président Bongo. Fiston, est-ce que tu peux venir me voir. Ca peut pas continuer, il faut que tu dises à Nicolas que moi et les autres, nous ne voulons plus de ce ministre. Je suis allé voir le président de la République à l’Elysée, en présence de Monsieur Guéant, et je lui ai passé le message de façon ferme et voilée de menaces du président Bongo. Il m’a dit : « Dis à Omar que Monsieur Bockel partira bientôt et sera remplacé par un de mes amis et un ami de Monsieur Guéant ».  Il m’a donné le nom, en me demandant de le garder pour moi ».
Bourgi reçoit la mission d’initier, Alain Joyandet, le nouveau venu, à l’Afrique. Par ailleurs, l'avocat reconnaît, assume et impose l'existence d’une diplomatie parallèle, renvoyant le quai d’Orsay à un rôle anecdotique. 
Des propos ahurissants, autant sur le fond que sur la forme –Bourgi donnant notamment du « Papa » à Bongo - entièrement démentis par Henri Guaino au club de la presse Internet  . Il faut dire que l'itnerview de Bourgi, ou plutôt la forme qu'il a revêtu, a beaucoup agacé à l'Elysée. Cependant, revenu sur le même sujet dans le Journal du DImanche de Samedi, Claude Guéant a été moins catégorique, ou, si l'on veut, plus prudent  que Guaino : « Robert Bourgi ne peut pas se poser en représentant de la France ou de son président. Je le lui ai dit. Ceci dit, M. Bourgi connaît bien l’Afrique et ses dirigeants. A ce titre, il est utile, dans la compréhension que nous avons de ce continent. Cela ne fait de lui ni notre agent, ni notre porte-parole »
.
L’interview de Bourgi a été peu relayée. Personne ne s‘en étonne. Pourtant l’expression « voilée de menaces » relayée par Bourgi, ne lasse pas d'interroger. Surtout quand on refeuillette le livre « Sarko en Afrique » d’Antoine Glaser et Stephen Smith. Les deux journalistes, spécialistes de l’Afrique, suggéraient l'existence d'un « lien d'argent » entre Bongo et la Sarkozie, évoquant notamment l’hypothèse de financements de campagnes électorales. Un secret bien gardé vaut  bien la tête d’un secrétaire d’Etat…

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UNE ANALYSE DU "DERAPAGE RACISTE" DE BRICE HORTEFEUX

Brice Hortefeux a construit lui-même son malheur

Philippe Bilger - Blogueur associé | Lundi 14 Septembre 2009 à 16:08 | Lu 10489 fois


 


Philippe Bilger entre à son tour dans le débat sur l'affaire Hortefeux. En soulignant que le Ministre est, finalement, la victime de sa complaisance envers le politiquement correct et le racisme institutionnalisé.



(capture d'écran - tv5)

(capture d'écran - tv5)

Le président de la République a raison : on a mieux à faire que de passer son temps à disséquer une vidéo pour accuser de racisme le ministre de l’Intérieur, son ami Brice Hortefeux. Il faudrait, c’est vrai aussi, demeurer concentré sur l’essentiel, la France, dont l’état exige la mobilisation de toutes les énergies. Mais, puisque depuis plusieurs jours, on ne parle que de cela, que les versions les plus contradictoires circulent et qu’apologies et lynchages se répondent, il me semble qu’il n’est pas indécent de tenter d’y voir clair. J’ai conscience, modestement, de m’inscrire dans un mouvement erratique qui met au pinacle dans l’esprit public, via Internet, des épisodes dérisoires peut-être parce que le citoyen n’est plus réellement sollicité par l’important et qu’il traduit ainsi sa volonté de personnaliser la politique en s’en prenant sans nuance à ses représentants.

La vidéo incriminée - celle prise par Public Sénat étant identique à celle du monde.fr - ne laisse pas place au doute sur la teneur des propos échangés, notamment par Brice Hortefeux, lors du camp d’été de l’UMP dans les Landes à Seignosse. Mais comment faut-il les qualifier ?
Le ministre de l’Intérieur a affirmé que dans cette ambiance décontractée - le président lui aurait reproché cette « décontraction » mais le chewing-gum, dans le genre, n’est pas mal ! - il avait seulement voulu faire référence d’abord à des clichés   puis aux Auvergnats. Pourquoi pas ? Cependant, à l’analyse, il ne semble pas que la phrase reprochée à Brice Hortefeux puisse être interprétée autrement que comme une allusion au nombre d’Arabes. En effet, une voix féminine dit au sujet d’Amin, un jeune militant d’origine arabe : « C’est notre petit Arabe » et le ministre de réagir ainsi : « Bon, tant mieux. Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes. Allez, bon courage ». Jean-François Copé affirme n’avoir rien entendu (Le Figaro) et Amin, dans une vidéo où il exprime son sentiment mais dans une formulation qui lui semble dictée, défend le ministre en l’exonérant de tout soupçon de racisme à son égard.

L’affaire se complique à cause de ce qui était advenu à Paul Girot de Langlade, préfet mis à la retraite par le ministre de l’Intérieur, qui se voyait reprocher, à la suite de la plainte d’une employée à Roissy, un propos raciste qu’il niait avoir tenu puis une violation de l’obligation de réserve en raison de sa dénonciation vive de l’attitude de Brice Hortefeux. Cette similitude apparente des situations a conduit certains, dont Me Collard, avocat du préfet, à réclamer la démission du ministre de l’Intérieur  qui devrait s’appliquer les mêmes règles que celles dont Paul Girot de Langlade a pâti.

J’ai évoqué les similitudes apparentes parce que, dans ses profondeurs, les épisodes ne me semblent pas comparables si l’accusation à l’encontre du préfet est fondée. Il est de bonne et triste guerre que la gauche se soit engouffrée dans la brèche que lui ouvrait cette vidéo parce que rien n’est plus porteur aujourd’hui que de désigner l’adversaire comme raciste. Guère surprenant non plus de voir Guy Bedos et Josiane Balasko signer la pétition de Charlie Hebdo pour exiger le départ d’Hortefeux. Cela vous pose sur le plan éthique et conduit l’autre, toujours, à une défense malaisée car comment mettre au jour la limpidité de son esprit ? Tâche quasiment impossible.

Il n’est pas étonnant non plus que le Premier ministre, quelques ministres et les jeunes de l’UMP aient pris le parti de soutenir Brice Hortefeux et qu’Henri Guaino ait fait de même. Il y a là les clivages traditionnels, qui paraissent moins se soucier du fond des choses que de la volupté de combattre et du confort d’un monde contrasté comme il convient.

Ce qui gêne dans cette controverse, c’est le fait que personne n’ose aborder de face la réalité des propos tenus par Brice Hortefeux. On les veut scandaleux ici et là, on tente de leur donner un autre sens que celui qui vient immédiatement à l’esprit. Dans les deux cas on s’inscrit dans une configuration qui accepte, quelles que soient les circonstances, de juger la réplique du ministre comme raciste. Je regrette que celui-ci, dont pourtant le parler vrai n’est pas la moindre qualité, ait biaisé sur ce plan. On aurait aimé qu’il assume la réalité du propos mais qu’il n’hésite pas à lui donner sa mesure véritable qui est mince.

Il se trouve dans le campus d’été de l’UMP. Il discute notamment avec le jeune Amine et plaisante avec lui et d’autres sur les Auvergnats puis sur le « petit Arabe », enfin déclare ce que j’ai rapporté. A prendre son intervention même au plus extrême de la gravité qu’on veut lui apposer, à moins de s’indigner par volonté, peut-on soutenir qu’il y a là, dans ce cadre, de quoi alléguer que la morale et l’humanisme sont blessés à mort ? L’outrance éthique s’échauffant sur presque rien va conduire à relativiser les luttes nécessaires contre le racisme. L’excitation artificielle sur le détail va tuer la dénonciation légitime pour le gros.

Le racisme, c’est bien autre chose que la nudité d’une phrase. Il dépend du ton, de l’interlocuteur, de la familiarité ou non du moment, de la blessure qu’on provoque ou non. Qui peut prétendre, même ceux qui s’en prennent à Brice Hortefeux en étant persuadés de jouer sur du velours éthique, n’avoir jamais dans sa quotidienneté, bien assuré de n’offenser personne grâce à l’impossibilité de tout malentendu, proféré ou écouté des phrases de ce type sur quelque communauté que ce soit ? On perçoit alors les différences sensibles avec l’énervement insultant (s’il est établi) du préfet, non seulement à cause de la plainte mais en raison du ton, du lieu et des circonstances. Ici à l’aéroport, là dans les Landes, ici dans la presse d’une activité sérieuse, là dans le léger d’échanges faussement sérieux, sans l’ombre d’une vexation pour Amine mêlé au jeu. A mon sens, au pire, de la part de Brice Hortefeux, une plaisanterie un tantinet vulgaire, au mieux une plaisanterie qu’il savait anodine en ce temps et en ce lieu. Rien en tout cas qui autorise les donneurs de leçons à condamner par le verbe un ministre qui n’a pas commis un crime avec ses mots ! 



Brice Hortefeux a construit lui-même son malheur

On peut opposer que Brice Hortefeux ayant une propension au racisme, selon certains dont Rachida Dati, il serait forcément, dans n’importe quelle séquence de sa vie publique ou personnelle (si elle est révélée), coupable de cette déviation. C’est absurde et relève du partisan le plus sommaire. Serait-il plus fondé de soutenir que pour un ministre, il n’existe plus de moments publics ou privés mais que l’exigence de responsabilité, le souci  de prévenir toute équivoque doivent peser en permanence sur lui ?

Je crains que notre démocratie en arrive là, non pas avec l’intrusion inévitable d’Internet - elle représente qu’on le veuille ou non un progrès - mais avec les interprétations délirantes que médias et politiques se plaisent à donner de propos dont la nocivité est fantasmée. Parce que Brice Hortefeux a parlé, quoi de plus commode pour l’atteindre ? Demain, quel serait ce  monde qui contraindrait au silence, à une surveillance constante, à une langue nulle ? Un enfer. Internet montre et transmet. Le mal ne naît pas de lui mais de ceux qui glosent à partir de lui. Et qui s’égarent. J’ai beaucoup apprécié l’humour involontaire du journal de France 2 faisant venir Jacques Séguéla qualifié d’expert en communication. Il a suggéré que les politiques ne s’expriment plus en off alors que lui, oralement (sans oublier l’anecdote de la rencontre présidentielle par écrit !) a démontré que le on et le off ne lui interdisaient rien ! Pour demeurer plausible, c’est la démocratie qui doit cesser de mettre nos représentants, nos ministres dans un étau où l’alternative serait le silence ou l’insipide.

Le feu nourri contre Brice Hortefeux est à la fois ridicule et injuste. Il n’empêche que j’y vois, sans doute par humeur, un singulier retour des choses. C’est aussi à cause de la complaisance manifestée à l’égard de l’anti-racisme institutionnalisé, en faveur de toutes les demandes poussant à une surenchère, que, dans la quotidienneté d’un campus d’été de jeunes UMP, un ministre est absurdement épinglé. Le Pouvoir récolte aigrement ce qu’il n’a cessé de semer en ne mettant pas freins et limites aux communautarismes impérieux. 

Retrouvez les articles de Philippe Bilger sur son blog

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