L'expertise du cabinet-conseil New Deal

Une sélection strictement personnelle d'articles et publications sur les mondes de la politique, des affaires, du droit, des Nouvelles Technologies et des relations publiques.

02 novembre 2009

VOYAGE AU COEUR DES PASTEURS ET AUTRES EVANGELISTES AFRICAINS A PARIS

Grandes croisades à Paris :
Pasteurs, Prophètes et Apôtres africains

Billet publié le 07/09/2008

Château Rouge, à Paris (XVIIIe arr.), une centaine de mètres au nord de Barbès, est un quartier “africain” : quartier de résidence, et surtout quartier de commerce. Les commerces ethniques et les opérations de rénovation urbaine ont été étudiés à plusieurs reprises par des collègues sociologues, urbanistes ou anthropologues, et leurs travaux donnent d’intéressantes informations sur le contexte.

Mais ce qui peut frapper certains observateurs, lors d’un passage à Château Rouge, c’est la multitude d’affiches et de posters pour des “croisades”, des “prophètes” et des “miracles”. Dans l’espace délimité par quelques rues les publicités religieuses pour des églises africaines recouvrent les murs aveugles et les barrières de chantiers.
Sébastien Fath s’était déjà penché dessus, dans une série de photos intitulées Eglises africaines à Château Rouge, et je prends ici sa succession.







Ce que révèle la présence de ces affiches, c’est d’abord l’existence d’églises protestantes (évangéliques, pentecôtistes, indépendantes…) ou situées sur les franges extérieures du protestantisme, églises “africaines”, présentes en France, et intensément occupées à évangéliser. Eglises “noires” ou églises “africaines” ? Comme les églises antillaises ne seront pas abordées ici, je parlerai d’églises africaines (je ne sais d’ailleurs pas si le livre de Pap Ndiaye, La condition noire aborde les questions religieuses).

“Un fait majeur des mutations religieuses récentes”
Le foisonnement d’églises protestantes “d’expression africaine” dans la région parisienne est connu des sociologues des religions, mais n’a pas encore fait l’objet de beaucoup d’enquêtes spécifiques (si ce n’est aux frontières de la discipline, où intérêts pastoraux et intérêts scientifiques se croisent). Pourtant, une thèse sur ce sujet, qui mêle questions d’urbanisme (on va le voir), questions religieuses et le thème omniprésent du racisme et de la discrimination… une thèse sur le sujet aurait de grandes chances de trouver des financements [par exemple avec cette bourse]

C’est donc encore vers Sébastien Fath que l’on va se tourner : il fournit, dans quelques articles et dans une dizaines de pages fort synthétiques (dans Du ghetto au réseau. Le protestantisme évangélique en France (1800-2005)) un point d’entrée vers les dimensions sociologique du phénomène. Il écrit notamment, au sujet des “nombreuses Eglises africaines qui se sont développées depuis trente-cinq ans”, que “leur identité ethnique dresse parfois une frontière presque étanche avec l’univers religieux environnant. Généralement de type charismatique, elles opèrent suivant un régime d’oralité, porté par des pasteurs-prophètes qui revendiquent une expertise thérapeutique. Opérant bien souvent en large indépendance par rapport aux réseaux évangéliques déjà constitués, elles posent un vrai défi à l’observateur. Comment les repérer et les étudier?
Posons ici que la vingtaine d’affiches recueillies peut constituer une porte d’entrée vers un repérage et une étude. Cette méthode d’objectivation a une portée limitée, mais elle a un intérêt : photographier les affiches religieuses de Château-Rouge pendant une longue période (un an serait un minimum, pour avoir une idée des variations saisonnières) construirait des données uniformes. L’on passerait à côté des églises qui s’appuient sur des réseaux tribaux ou familiaux et qui ne font pas de publicité. L’on passerait aussi à côté des plus petites entreprises religieuses (même si des “demi-A4″ sont aussi affichés qui ne réclament pas beaucoup d’investissement).
Que voit-on si l’on lit ces affiches ?

Des indices d’une répartition inégale des capitaux
Qualité de la mise en page, taille et qualité du papier ou des photos donnent un indice, peut-être, de la richesse matérielle de l’église en question. Mention d’un site internet… Mais la fréquence des fautes d’orthographe est beaucoup plus discriminante et fournit un indice objectif (même si leur calcul oblige à un travail lent et peu agréable). L’absence de faute d’orthographe serait compris comme l’indication qu’un groupe au capital culturel plus élevé a contribué à l’affiche.

Une géographie des lieux de culte
Les affiches sont à Château-Rouge, mais les lieux de culte sont ailleurs. Un seul se trouve, rue Doudeauville, dans une salle de sport. Tous les autres se trouvent en banlieue. La carte ci-dessous (merci google maps !) montre la répartition spatiale des lieux de cultes mentionnés sur une petite trentaine d’affiches différentes :


Voir la carte plus détaillée

Les assemblées se tiennent en banlieue, mais pas n’importe où en banlieue. J’ai ici colorié en rouge la zone dans laquelle je m’attends à trouver d’autres lieux de cultes (lors de mes prochaines récoltes d’affiches).
- c’est dans les banlieues populaires et à forte présence immigrée que se réunissent ces églises : Saint Denis, Bobigny, Montreuil, etc…
- c’est souvent dans des zones industrielles, ou, Plaine Saint-Denis, dans des centres de réunion. L’Espace Labriche le dit explicitement : “Salles pour Cultes”. Ces églises sont jeunes, n’ont pas encore construit ou acheté leurs bâtiments : elles louent une salle pour quelques heures.
- Quand elles possèdent leurs bâtiments, ou qu’elles louent, depuis longtemps, une salle, cela peut donner lieu à des conflits locaux, comme à Montreuil en 2005 : le maire avait interrompu des cultes évangéliques [voir par exemple : "Montreuil: un pasteur dénonce une autre intervention du maire en plein culte", Agence France Presse, 11/02/2005 ; "La Fédération protestante de France annonce le dépôt d'une plainte contre le maire de Montreuil", Associated Press, 20/07/2005]

Les affiches se trouvent dans Paris intra muros et les lieux de culte en banlieue : l’idée se renforce que Château Rouge constitue un “hub” (un centre connecteur de différents réseaux), un lieu parcouru par des personnes des différentes villes de banlieue. Afficher à Château-Rouge, c’est espérer toucher toutes celles et tous ceux qui viennent y travailler ou y acheter.
Dans ce quartier (Château-Rouge / La Goutte d’Or), 36% des habitants sont nés à l’étranger (c’est le double de la proportion parisienne), et, depuis une vingtaine d’années, la multiplication de commerces africains en a fait — pour reprendre le titre d’un article — « une centralité africaine à Paris ». C’est la conséquence d’une augmentation de la population africaine à Paris, mais aussi en banlieue : Château-Rouge est un lieu de passage, où se retrouvent, pour acheter et vendre, des résidants de la petite ou grande couronne. Château Rouge, pour certains guides touristiques, c’est l’Afrique à Paris : “For the price of a subway ticket you are transported in the heart of Africa“.
Sophie Bouly de Lesdain le souligne : après les Maghrébins et les Asiatiques, “au cours des années quatre-vingt-dix, les Africains du sud du Sahara sont passés de l’autre côté de la caisse enregistreuse” (”Chateau-Rouge, une centralité africaine à Paris”, Ethnologie française, 1999, n°1, 86-99, aussi sur HAL-SHS.) De clients ils sont devenus commerçants.
Ces commerçants résident le plus souvent en banlieue : ils viennent travailler à Château-Rouge. Une partie des clients aussi (parfois même de plus loin) : le quartier devient un lieu de rencontre, de sociabilité. C’est ainsi que l’on peut comprendre comment “les associations ethniques liées à des communautés marchandes urbaines [contribuent] à fonder au centre de leur activité un espace religieux” (comme l’écrit Vasoodeven Vuddamalay dans un article des Annales de la Recherche Urbaine).

Pasteurs et institutions
Ces églises évangéliques africaines sont faiblement structurées : les pasteurs-prophètes sont souvent indépendants et les affiches mettent en scène l’autonomie. Il existe bien une “Communauté des Eglises Africaines en France” (CEAF, www.ceaf.fr) qui rassemble une quarantaine d’assemblées locales et qui tente de mettre de l’ordre, en insistant sur la formation théologique. Mais aucune des églises mentionnées dans les affiches recueillies ne semble en faire partie.
Une partie des pasteurs est constituée d’itinérants : en les cherchant sur internet, on les trouve prêcher à Bruxelles, Aix La Chapelle ou en Afrique. Les affiches mentionnent souvent leur origine nationale : le “Prophète Ithiel Dossou” est du Bénin, le “Rev DR Samuel Osaghae” est du Nigeria, l’”Evêque Pascal Mukuna” est de Kinshasa, et

L’Evangéliste Kiziamina est un serviteur de Dieu de renommé internationnal avec des dons particuliers des Miracles et Paroles de connaissance et prphétique, est également député en RDC [République démocratique du Congo]

Mais les origines sont aussi européennes : plusieurs affiches mentionnent des réunions de pasteurs venus de Belgique, de Hollande ou d’Allemagne. Sébastien Fath l’écrit : il faut comprendre la Plaine Saint Denis comme un espace religieux européen.

On peut estimer, à partir des affiches, l’âge des pasteurs : les cheveux blancs sont très rares. Il me semble que tous (sauf un) ont moins de 45 ou 50 ans. Les affiches sont peut-être le moyen utilisé par des pasteurs ayant commencé à étendre leur surface et leur réputation, mais dont la renommée a encore besoin du soutien d’une campagne.

Les femmes jouent un rôle mineur dans les affiches. Numériquement, elles ne représentent qu’une petite minorité des personnages photographiés. Symboliquement, elles sont épouses et accompagnent l’oeuvre de leur mari, même si leur accès au divin est similaire :
Jocelyne Goma est présentée ainsi sur le site internet de son église (qu’elle partage avec son mari) : “A l’âge de 20 ans, Jocelyne vit une expérience extraordinaire. A son domicile, un ange la visite et lui ordonne de se tourner en pureté et en vérité vers Jésus-Christ.
Rôle mineur, mais surtout, rôle banalisé. Le protestantisme évangélique n’est pas monosexe. La “Conférence des femmes” du CRC illustre cela (affiche non reproduite), ainsi que la présence de “Soeurs”, d’une pasteure ou d’une “maman présidente” dans d’autres affiches.

Il devient aussi possible d’estimer, à partir des titres revendiqués par les personnes photographiées sur les affiches, le type de charisme revendiqué (ainsi que la place dans une hiérarchie). Certains se présentent comme “Evêques”, c’est à dire comme des supérieurs hiérarchiques garants de la vérité de par la place qu’ils détiennent dans l’institution : leurs subalternes détiennent un “charisme de fonction”. D’autres se présentent comme “DR” ou “Dr”, docteurs, garants — car théologiens — de la vérité du message. Jean-Paul Willaime parle de “charisme idéologique” pour décrire le type de charisme disponible dans ce cadre où prime l’orthodoxie de la prédication (pour en savoir plus, lire son Sociologie du protestantisme en collection Que-Sais-Je-?) . D’autres, enfin et plus souvent, se présentent en tant que “prophètes”, interfaces entre Dieu faiseur de miracles et les hommes : l’indice pointe, ici, vers une église pentecôtiste.
La place sur l’affiche : en haut / en bas — dans un cartouche ou non ; la taille relative des têtes… donne une idée de la taille des personnes dans la “cité de l’inspiration” (pour boltanskiser un peu) : seul, en couple, en trio, muni de titres ou non, les personnages n’ont pas le même rôle ni le même poids. Les affiches sont peuplées d’un petit personnel religieux : chanteurs, “soeurs”, “frères” qu’il ne faudrait pas oublier.

Quels “produits” ?
Les “produits” proposés par ces entreprises religieuses montrent une “aptitude paradoxale à concilier individualisme et discours théocentré” (là encore, Fath, “Les protestants évangéliques français”, Etudes, 2005-4, p.351-361, disponible sur cairn.info). Cette aptitude se perçoit dans l’Evangile de la prospérité promu par certaines églises. La CRC écrit : “De nombreux chrétiens croient que leur bénédiction consiste à occuper un simple poste au sein d’une société, alors qu’en réalité, Dieu veut propulser au rang de Chef d’entreprise la plupart d’entre eux.
Des liens sont établis entre salut et santé physique : “L’Evangéliste Kiziamina” demande sur une affiche : “Amenez des malades, aveugles, possedés des esprits malins, … pour expérimenter la puissance du nom de Jésus-chrit dans nos vies“.
La pasteure Françoise Vangu (Flamme de Feu, une église récente de l’Entente congolaise des œuvres chrétiennes) organise une journée “Spéciale rentrée scolaire”.
D’autres proposent “délivrance”, “gloire, victoire et succès, guérisons et miracles”, mais toujours au nom de Jésus, et en provenance de Dieu (par l’intermédiaire du pasteur-prophète)

Prenons un peu de recul avec cette offre symbolique, et penchons-nous sur la forme des réunions religieuses, le cadre général. L’on remarque qu’il ne s’agit pas, dans ces affiches, des cultes hebdomadaires habituels. Les différentes affiches oscillent entre deux pôles. Les “croisades d’évangélisation” souvent mentionnées dans ces affiches sont la réunion de deux choses : la “croisade” d’un côté, une période d’activité intense, mais une période éphémère ; l’évangélisation de l’autre, qui a pour but ultime un changement d’identité, la conversion. Ce sont presque les deux types de religiosité mentionnés par Danièle Hervieu-Léger dans “Le Pèlerin et le converti

Elle y opposait la religiosité catholique du début du XXe siècle (celle qui avait en son centre la figure du pratiquant) à la religiosité contemporaine structurée autour de deux pôles : celle du
pèlerin (activité intense, mais pendant un temps donné), celle du converti (changement de vie, nouvelle identité…).

Pas seulement des “croisades d’évangélisation” – on y trouve aussi des propositions culturelles plus larges. Un pasteur propose ainsi une “conférence-débat” :

Grande conférence débat : La malédiction des Noirs, Mythe, Manipulation ou Réalité
Des siècles d’eslavages, des décennies de colonisation et d’apartheid, des populations entières qui croupissent sous le joug de la misère économique, des foyers de tension présents un peu partout sur le continent africain, l’Homme Noir semble condamné à être à la traîne.

Le point de départ est biblique (la malédiction de Cham), mais il semble qu’un agenda autre est proposé ici : pas un miracle ou une guérison, mais une édification par la “prise de conscience” d’une discrimination structurelle.

En étudiant les “itinéraires des églises évangéliques ethniques au sein de la société française”, Sébastien Fath distingue les “niches communautaires”, les “lieux d’intégration” et les “communautés transitionnelles”. Je ne suis pas certain de réussir à utiliser ces distinctions pour donner du sens à ces affiches. Mais certaines d’entre elles, c’est indéniable, jouent avec les symboles de la République : le “Bleu Blanc Rouge” me semble être utilisé bien trop souvent pour n’être que le résultat du hasard. De là à penser que ce qui se montre sur les affiches est — par clin d’oeil — une annonce de ce qui se joue dans les assemblées ou les églises, c’est un pas que je ne franchirai pas : les études ethnographiques sont sur ce point nécessaires.

En conclusion
J’ai essayé ici de me servir d’une série d’affiches recueillies au cours des trois dernières semaines comme données pour un premier travail d’objectivation. Il est trop tentant d’utiliser ces affiches comme simple illustration, en laissant de côté ce qu’elles disent (parfois malgré elles). Le va-et-vient entre les quelques textes sur les églises d’expression africaines et ces affiches me laisse penser qu’elles peuvent constituer le matériaux d’une petite recherche sociologique. Alain Chenu n’a-t-il pas, à partir d’un magazine, publié cette année dans la Revue française de sociologie une “Sociologie des couvertures de Paris-Match“.

Pour aller plus loin
Fath, Sébastien. Du ghetto au réseau. Le protestantisme évangélique en France (1800-2005), Genève, Labor et Fides, 2005
Fath, Sébastien. Les protestants évangéliques français, la corde raide d’un militantisme sans frontière, Etudes, 2005-4, 351-361
Bouly de Lesdain, Sophie. “Chateau-Rouge, une centralité africaine à Paris”, Ethnologie française, 1999, n°1, 86-99
Vuddamalay, Vasoodeven. “Commerces ethniques et espaces religieux dans la grande ville (PDF)“, Annales de la recherche urbaine, 2004, n°96
Entretien avec l’historien Afe Adogame, Religioscope
Fancello, Sandra. “Réveil de l’ethnicité akan et pentecôtisme ‘indigène’ en Europe“, Diversité urbaine, 2007-1, 51-67

Presse

  • Le Monde : “Les évangéliques, en plein essor, peinent à trouver des lieux de culte” (08/03/2007) ; “Les Eglises d’expression africaine se multiplient en banlieue parisienne” (08/05/2005) ; “Les Eglises afro-chrétiennes font de la France une terre d’évangélisation.” (03/01/2001) ; “Les Eglises protestantes d’expressions africaines ont fêté leurs quinze ans à Montreuil” (01/11/2005)
  • AFP : Le foisonnement des églises évangéliques “ethniques” (03/12/2004)
  • La Croix : “Des croyants aux marges de leurs Eglises” (30/01/2006)
  • Et, l’année prochaine, le colloque de l’association française de sociologie des religions, Dieu change en ville : religion, espace et immigration (2 et 3 février 2009)

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    LES EGLISES NOIRES PROSPERENT GRACE A LA PAUVRETE

    decryptage La pauvreté, terrain fertile pour les églises noires d'Ile-de-France Par Baptiste Coulmont et Frédéric Dejean | Sociologue et géographe | 01/11/2009 | 18H19 * * * * * * * * * Devant l'église Charisma, à Saint-Denis (Audrey Cerdan/Rue89). Une affiche pour une "grande journée de délivrance" de l'église de la fraternité chrétienne du réveil (DR) Connues d'un petit nombre de spécialistes, des églises protestantes « d'expression africaine » ont émergé depuis une vingtaine d'années, pour représenter aujourd'hui probablement quelques centaines d'assemblées en région parisienne. Qualifiées parfois d'églises « ethniques » parce que leurs pasteurs sont originaires d'Afrique, et parfois des Antilles ou de Haïti, elles s'inscrivent dans un paysage protestant caractérisé, aujourd'hui, par la vitalité du courant évangélique dans toutes ses ramures (pentecôtistes…). L'œil distrait du flâneur dans le quartier de Barbès, à Paris, ou vers Saint-Ouen et Saint-Denis aura pu rencontrer des affiches mentionnant « croisades d'évangélisation » ou « trois grands jours de séminaire biblique ». Carte des églises noires et carte de la pauvreté se recouvrent Le recueil systématique de ces affiches révèle au sociologue et au géographe un paysage insoupçonné. Environ 80 affiches photographiées (et décollées) depuis un an environ donnent une idée de la géographie des églises africaines (ou « d'expression africaine », ou « afro-antillaises »…) de la région parisienne. En plaçant sur une carte les lieux de culte mentionnés sur les affiches, voici ce que l'on obtient. Chaque point rouge indique la localisation d'une salle ayant servi de bâtiment d'église. (Voir la carte) Carte des églises évangéliques africaines en Ile-de-France Les Parisiens et assimilés reconnaîtront une répartition familière : ces églises se trouvent principalement en Seine-Saint-Denis. Et il suffit de superposer cette carte avec une carte de l'inégale répartition des revenus pour faire apparaître une corrélation. Ainsi, dans la carte suivante, plus la zone est verte, plus les ménages riches sont surreprésentés, et plus la zone est rouge, plus les ménages pauvres sont surreprésentés. Elle est extraite de « Qu'apporte l'échelon infracommunal à la carte des inégalités de richesse en Ile-de-France de Jean-Christophe François et Antonine Ribardière. (Voir la carte) Carte des inégalités de richesse et des "églises noires" en Ile-de-France Une affiche devant l'église de Pentecôte de France, Saint-Denis (Audrey Cerdan/Rue89)Les églises africaines ne sont pas installées partout. Et quand les services religieux ont lieu dans les départements plus riches (comme les Hauts-de-Seine), c'est dans les communes pauvres de ces départements. Mais cette réalité religieuse est au quotidien largement invisible. D'abord parce que ces églises sont des plus “ précaires ” : elles sont installées dans des friches urbaines, à la frontières de zones industrielles et commerciales, elles investissent d'anciens hangars reconvertis ou louent des salles collectives d'hôtels “premiers prix ”. Lles communautés sans local, “ églises SDF ” louent, elles, d'une semaine sur l'autre, ce qu'elles peuvent se payer. Cette invisibilité est telle que le chercheur doit improviser pour localiser les lieux de culte dans l'espace urbain. Pour trouver le lieu de culte, repérer les personnes endimanchées Pas question de faire une recherche sur les pages jaunes, il n'y a souvent pas de ligne fixe. La meilleure solution reste alors de se poster le dimanche matin dans une gare RER du nord de l'agglomération parisienne, de repérer des personnes “ endimanchées ”, une bible à la main. On est alors tout étonné d'entrer dans une salle où quelques éléments-clé (un pupitre, des fleurs, des rideaux, et surtout une sono) métamorphosent un vulgaire hangar en un lieu de culte. Devant l'église de Pentecôte de France, à Saint-Denis (Audrey Cerdan/Rue89). Eglises indépendantes, elles ne sont pas dotées de représentants collectifs : les pouvoirs publics n'arrivent pas à cerner ces acteurs évangéliques, et donc à les accompagner dans la recherche de locaux et de terrains, comme ce peut être fait pour l'islam. Réalité invisible aussi parce que ce sont des églises facilement qualifiées d'églises “ noires ” : ce sont des assemblées homogènes, le plus souvent de petite taille, qui vont rassembler par interconnaissance des immigrés structurellement récents (l'immigration en provenance d'Afrique sub-saharienne). Des immigrés à la situation parfois précaire et incertaine. Elles font peut-être un travail invisible d'insertion, en fonctionnant comme réseau social “ clé en main ” d'entraide possible. Et un travail invisible d'inculcation des normes néolibérales : “Jésus a pour vous un dessein… que vous deveniez PDG.” ► Le Christianisme du Sud à l'épreuve de l'Europe - numéro spécial des Archives de sciences sociales des religions - n°143 - juillet-septembre 2008. Photos et illustrations : devant l'église de Pentecôte de France à Saint-Denis (Audrey Cerdan/Rue89), une affiche pour une “grande journée de délivrance” de l'église de la fraternité chrétienne du réveil (DR), la carte des églises évangéliques africaines en Ile-de-France et la même, superposée à celle des inégalités de richesse (Les Disparités des revenus des ménages franciliens en 1999 J. C. François, H. Mathian, A. Ribardiere, T. Saint-Julien, UMR, Géographie-cités, Etude pilotée par P. Rohaut, DUSD, DREIF, 2003), une affiche devant l'église de Pentecôte de France, à Saint-Denis et les locaux de l'église Charisma, à Saint-Denis (Audrey Cerdan/Rue89).

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    27 octobre 2009

    TAXE CARBONNE: L'EXEMPLE SUEDOIS

    Taxe carbone : ce que la France doit apprendre de la Suède

       

    Par Sophie Verney-Caillat | Rue89 | 27/10/2009 | 10H38

       

       

    Le pays a adopté une fiscalité pénalisant les émissions de C02 en 1990. Elles ont baissé de 9% et le PIB a crû de 48%.

    Dans une forêt suédoise (Ollie Crafford/Flickr)

    Ce qui frappe quand on regarde la Suède, le pays qui préside l'Union européenne jusqu'à la fin de l'année, c'est que l'écologie n'est pas vue comme une punition (« tu paieras plus cher ton chauffage », « tu éviteras de prendre ta voiture », « tu voyageras moins en avion »…) mais comme une chance de continuer à accéder aux forêts qui couvrent 75% du territoire et de transmettre aux générations futures une nature pas irrémédiablement abîmée.

    Chaque adulte suédois paie 360 euros par an de taxe carbone… et le pire, c'est qu'ils en seraient presque fiers, alors que c'est environ cinq fois plus que ce que paiera chaque Français. Chez nous, il fallait absolument éviter que la mesure ne soit vue comme un fardeau fiscal ou un moyen pour l'Etat de combler son déficit : les ménages toucheront donc un « chèque vert ».

    Deux chiffres relevés dans la présentation faite aux journalistes la semaine dernière à l'ambassade de Suède à Paris résument tout :

    • Les émissions de CO2 ont diminué de 9% entre 1990 et 2007, tandis que la croissance économique faisait un bond de 48%. Sans cette taxe, les rejets de CO2 auraient augmenté de 20% entre 1990 et 2010, selon la Suède.
    • Un tiers des énergies consommées dans le pays sont renouvelables, notamment au profit des biocarburants de deuxième génération (incorporant beaucoup de déchets forestiers).

    La Suède, avec des marques mondiales comme Volvo, Saab, Ericsson ou Ikea a misé sur la recherche et développement et a fait de sa conversion écologique une occasion de gagner en compétitivité. Ainsi, pour rendre acceptable la taxe CO2, le pays a misé sur deux pistes :

    • Une baisse des taxes sur le travail pour ne pas pénaliser les entreprises.
    • Une incitation massive à investir dans les énergies moins polluantes.

    « Un chauffage au fioul, c'est une pièce de musée »

    Les résultats sont là : en Suède, « si on trouve un chauffage au fioul dans une cave, c'est une pièce de musée », rapporte un conseiller de l'ambassade, « pourtant toutes les maisons en étaient équipées autrefois ». Autrefois, c'était seulement il y a vingt ans.

    Grâce aux aides de l'Etat, et parce qu'ils anticipaient une hausse des prix des énergies fossiles, les agents économiques ont investi dans des chauffages modernes et écolos. En France, l'éco-prêt à taux zéro permet de réaliser des travaux de rénovation thermique, jusqu'à 30 000 euros. Quelques 50 000 de ces prêts ont déjà été signés, mais les convecteurs électriques dans les années 70 ont envahi les logements neufs depuis des décennies (entre autres pour encourager le recours au nucléaire).

    Officiellement, l'ambassade de Suède voulait encourager le reste de l'Europe en répétant que la taxe française est « un bon début ». Or il y a de grandes chances que la taxe carbone à la française, en l'état, ne change pas grand chose à nos comportements. Pour deux raisons :

    • Le faible niveau de départ : la taxe carbone à la française démarre à 17 euros la tonne de CO2, alors que la commission Rocard avait souhaité 32 euros. Le Parlement l'a rappelé lors de son débat : l'objectif est d'atteindre 100 euros la tonne en 2030.

      La comparaison parle d'elle-même : en 1991 la Suède décidait de mette la tonne de CO2 à 27 euros pour les ménages, et elle est déjà à 108 euros en 2009. Pour les entreprises, elle est passée de 7 à 23 euros. La « contribution climat énergie » comme il faudrait l'appeler pèse ainsi 4 centimes par litre d'essence, contre 31 centimes en Suède.

    • L'absence de visibilité pour anticiper ses choix : si la France évoque un « objectif » pour 2030, rien ne dit que les gouvernements futurs augmenteront le taux. « Ce qui compte, c'est de commencer », insiste l'ambassade de Suède.

      Sauf qu'en Suède, le montant des augmentations jusqu'en 2015 est déjà connu des entreprises. Le débat avait d'ailleurs démarré dès 1987, quatre ans avant la mise en oeuvre de la taxe, et non six mois comme chez nous.

    Lors de la réunion des ministres des Finances à Göteborg début octobre, les Suédois ont insisté pour faire passer l'idée d'une taxe carbone européenne. Si l'exemple français est « un bon signe », en aparté, les conseillers de l'ambassade s'avouent « un peu déçus » de la tournure passionnelle qu'a pris le débat.

    Mis à jour le 28/10 à 16h17, après l'annonce par le gouvernement du nombre de prêts à taux zéro signées (50 000 et non 25 000 comme indiqué initialement).

    Photo : une forêt suédoise (Ollie Crafoord/Flickr)

       

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    ISARAEL ET SES ALLIES ISLAMISTES PALESTINIENS

    document Quand Israël pensait que les islamistes étaient ses alliés Par Pierre Haski | Rue89 | 25/10/2009 | 18H04 C'est l'histoire d'un « grand aveuglement » historique lourd de conséquences. Le journaliste Charles Enderlin raconte dans un nouveau livre l'histoire des liaisons dangereuses entre Israël et « l'irrésistible ascension de l'islam radical » palestinien : un fait connu, mais auquel il apporte des témoignages et des documents montrant comment l'Etat hébreu a laissé grandir son pire ennemi d'aujourd'hui. Edifiant. Le principe est vieux comme le monde : les ennemis de mes ennemis sont mes amis. Depuis sa conquête des territoires palestiniens de Cisjordanie et de Gaza en juin 1967, Israël a initialement considéré que son ennemi principal était la mouvance nationaliste palestinienne sous toutes ses formes, nationaliste arabe classique à la manière de Yasser Arafat et du Fatah, ou néo-marxiste façon Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) de George Habache. Pour mieux s'opposer à ces mouvements regroupés au sein de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), les gouvernements successifs d'Israël et ses responsables militaires pourtant en première ligne sur le terrain de la confrontation, n'ont pas vu émerger le danger islamiste, et ont au contraire encouragé ce courant pour mieux diviser les Palestiniens et contrer les nationalistes. Cette erreur a un prix lourd : Israël a conclu en 1993 un accord de reconnaissance réciproque avec Yasser Arafat et, malgré les échecs et les déboires du processus de paix, n'a jamais remis en cause cette relation ; Alors que le Hamas, aujourd'hui en contrôle de la bande de Gaza, n'a jamais accepté de reconnaître l'Etat hébreu dont il est devenu le principal ennemi, comme l'a montré la guerre de janvier dernier. L'occupation fait le lit du Hamas Conclusion de Charles Enderlin : « Les décennies d'occupation ont fait le lit du Hamas. » Pourquoi raconter cette histoire maintenant ? Charles Enderlin, correspondant de France2 à Jérusalem et auteur de plusieurs ouvrages aux occasions manquées de la paix au Proche Orient et aux impasses des processus de paix israélo-palestiniens, répond. (Ecouter le son) Pour être tout à fait honnête, l'erreur d'Israël est largement partagée dans le monde. Dans les années 70, nombreux ont été les régimes qui ont encouragé les forces religieuses pour s'opposer aux « marxistes », avant de réaliser qu'ils avaient permis la naissance d'ennemis implacables. Des campus marocains aux faubourgs du Caire et d'Islamabad, le scénario a été le même. C'est en Afghanistan et au Pakistan que cette politique a été poussée à son paroxysme, avec l'appui de la CIA américaine aux courants islamistes les plus radicaux pour s'opposer à l'armée soviétique engagée au côté du régime de Kaboul. Pour voir apparaître, dans les années suivantes, des ennemis déterminés de l'Amérique, et en particulier Al Qaeda et Oussama Ben Laden. (Ecouter le son) Dans le cas d'Israël, Charles Enderlin montre bien que l'aveuglement ne fut pas total. Les quelques voix qui ont tenté d'alerter les responsables politiques ont été marginalisées et n'ont pas été prises au sérieux. A l'image de Avner Cohen, responsable des Affaires religieuses à Gaza pendant vingt ans, qui a mis en garde contre le radicalisme religieux du Cheikh Ahmed Yassine, le fondateur du Hamas. Ou du général israélien Yitzhak Segev, gouverneur militaire de Gaza en 1979, qui tente d'alerter ses supérieurs sur le danger, sans être entendu. (Ecouter le son) Cette erreur historique est d'autant plus grave, du point de vue d'Israël, que, pour Charles Enderlin, l'hypothèse d'un accord de paix, un jour, entre l'Etat hébreu et le Hamas est irréaliste. (Ecouter le son) Le plus troublant, dans ce récit, est le parallélisme qu'établit Charles Enderlin entre « le grand aveuglement » d'Israël qui donne son titre au livre, et la montée du sentiment religieux en Israël, et l'émergence d'un courant de pensée « néosioniste » qui veut remettre la religion au coeur de l'identité de l'Etat hébreu. Religieux vs religieux ? Un scénario qui rend une solution pacifique plus insaisissable encore. Le livre ne répond pas à cette question, mais en fournit la trame inquiétante. ► Le grand aveuglement - par Charles Enderlin - Albin Miche - 378 p. 20,90€.

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    14 octobre 2009

    VOUS POUVEZ ETRE UN FRANCAIS A DUREE DETERMINEE !

    Tatiana de Rosnay rejoint les radiés de la Nation

                             
          

     

    Une administration tatillonne prive de passeport des Français de plein droit. Témoignage de la romancière Tatiana de Rosnay.

    L'écrivaine Tatiana de Rosnay en octobre 2009 (Audrey Cerdan/Rue89).

    Il y a l'exemple de Marlene S., révélé par Marianne en juillet. Il y a l'exemple du para français Ounoussou Guissé, révélé lundi par Libération. Il y a des exemples de plus en plus nombreux. Comme celui Tatiana de Rosnay. Car, depuis que la famille Ionesco trouva refuge en France, l'absurde est aussi une valeur nationale.

    La France, pays de Ionesco et d'Hortefeux

    Pensez donc. Une « de ». Un père (Joël de Rosnay), scientifique de renommée mondiale et décoré de la Légion d'honneur. Un patronyme célèbre. Une naissance à Neuilly-sur-Seine. Une carrière de romancière et de reporter connue et primée, une vie tranquille à Paris avec époux et deux grands enfants. A priori, Tatiana de Rosnay n'a de problèmes ni dans la vie ni dans les papiers.

    Mais l'absurde, c'est pour tout le monde. La loi, pareil. D'ailleurs, c'est la première chose que dit Tatiana de Rosnay :

    « Ce qui m'arrive peut arriver à tout le monde. Mon cas touche de plus en plus de gens, sans que cela se sache. »

    Tatiana de Rosnay est née en 1961. Son père est un Français né à l'île Maurice. Sa mère est une Anglaise née à Rome. Devenue Française lors du mariage en 1959, à Paris. Les deux grands-parents maternels sont Anglais. Le grand-père paternel est un Français lui aussi né à Maurice, la grand-mère maternelle est une Russe devenue elle aussi Française par mariage.

    Du principe de réalité…

    Tout a commencé fin septembre, lorsqu'elle se rend à la mairie du XIVe arrondissement, pour renouveler son passeport afin de partir aux Etats-Unis. Et assister au tournage du film tiré de son roman « Elle s'appelait Sarah », où joue entre autre Kirstin Scott Thomas.

    Elle se alors voit répondre qu'il lui faut faire une demande de certificat de nationalité. Elle qui est née en France, de parents français. Qui a toujours eu une carte d« identité française. Et pour qui un passeport a toujours été une formalité.

    “ On m'a dit que, selon les nouvelles lois, toute personne née en France de parents français, mais nés à l'étranger, doit prouver sa nationalité. ”

    Selon de mystérieuses nouvelles lois, elle n'avait jamais été “ bien française ”. Puisque son père est né sur l'île Maurice, et que sa mère n'est devenue Française que par mariage.

    “ Je signale alors que mon mari, lui, est Français. On me répond que mon mariage est trop récent (1987) pour que j'aie pu être Française en me mariant. Et on me demande si tout le monde est ‘ bien Français ’ du côté de mon mari. ”

    Quand elle demande si les services municipaux peuvent au moins enregistrer sa demande, on lui rétorque que, “ de toute façon, la demande passera avec une alerte car il y a un doute sur votre nationalité française ”. Doute, alerte. Doute. Alerte. Malaise.

    …aux questions de formalités

    On lui indique alors qu'elle doit prendre rendez-vous au tout récent Pôle de la nationalité française, nouvelle entité qui regroupe l'ensemble des services de la nationalité depuis le décret n° 2009-561 du 19 mai 2009.

    Atterrée, elle se résout à s'y rendre. Car il faut y aller pour se voir remettre… une liste de documents à fournir avant de revenir. Une liste dingue, qui remonte sur deux générations, et qui en plus “ n'est pas limitative ”.

    Après Ionesco, Kafka.

    Une romancière qui a travaillé sur la rafle du Vel d'Hiv

    On demande à Tatiana de Rosnay de prouver qu'elle n'est pas étrangère. Inique. On demande cela à quelqu'un dont le plus gros succès est “ Elle s'appelait Sarah ”. Un très beau roman qui évoque la rafle du Vel d'Hiv et l'étoile jaune. Et ces Français non-juifs qui ont caché des Juifs, et durent pour échapper à la mort, prouver qu'ils ne l'étaient pas. Ironique. Inique.

    Le ministère de la Justice s'appuie sur l'article 30 du Code Civil :

    “ La charge de la preuve en matière de nationalité française incombe à celui dont la nationalité est en cause. ”

    Mais voilà, cet article est immédiatement contredit par son alinéa 2 :

    “ Néanmoins, lorsque la nationalité française ne peut avoir sa source que dans la filiation, elle est tenue pour établie, sauf la preuve contraire si l'intéressé et celui de ses père et mère qui a été susceptible de la lui transmettre ont joui d'une façon constante de la possession d'état de Français. ”

    Zone floue.

    La spirale

    Dans les faits, l'administration est dans son droit : longtemps, montrer ses papiers français suffisait à prouver qu'on avait la nationalité, et le renouvellement d'un passeport était facile. Mais, depuis les lois Pasqua et la carte d'identité informatisée, l'administration a donné de sérieux tours de vis.

    Les situations observées récemment sont “ dans la logique de la politique actuelle ”, témoigne Lilia Mhissen, avocate spécialiste du droit des étrangers, “ cela revient à faire du ménage ”. “ Le problème, poursuit-elle, c'est qu'en France la loi n'est pas rétroactive. Même si de nouveaux textes sont en vigueur depuis 1993. ”

    On n'avait jamais demandé à Tatiana de Rosnay le moindre certificat de nationalité. Elle aurait pu avoir à fournir un certificat lors de sa première demande post-lois Pasqua. Or, en 1996, lorsqu'elle a fait renouveler son passeport, on ne lui a rien demandé. Aujourd'hui, si.

    “ Quand on te demande ainsi de prouver ton identité, c'est de toute ta vie qu'on te rend comptable ”, conclue-t-elle. Certes, ses enfants sont à l'abri. Certes, elle sait très bien qu'elle rentrera dans ses droits.

    “ Mais ça va mettre deux mois, et je ne peux pas aller aux Etats-Unis. Et je ne suis pas le seul auteur concerné par ces nouvelles lois. Et mon cas est très banal ! ”

    Au fait : le dernier roman en date de Tatiana de Rosnay, “ Boomerang ” (Ed. Héloïse d'Ormesson), est une histoire de passé qui revient en pleine tronche. Si, si.

    Photo : l'écrivaine Tatiana de Rosnay en octobre 2009 (Audrey Cerdan/Rue89).

       

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    21 septembre 2009

    L'AFFAIRE CLEARSTREAM EXPLIQUEE AUX NULS !

    Clearstream pour ceux qui ont oublié le début (et pour les nuls)

                               

          

          

       

           

    Il était une fois un informaticien, un corbeau, un ex-Premier ministre, un Président et Laetitia Casta : affaire d'Etat, mode d'emploi.

    Photos : Nicolas Sarkozy en avril 2007 et Dominique de Villepin en mars 2007 (Reuters)

    Le procès de l'affaire Clearstream débute lundi à Paris. Avec quelques stars en tête d'affiche : Nicolas Sarkozy qui accuse, Dominique de Villepin qui se défend, et une brochette de personnages plus fous encore, et parfois plus incongrus (on y croise même Laetitia Casta).

    A leur décharge, il est difficile de se plonger dans les méandres de cette affaire sans le devenir (fou). Pour ceux qui préfèrent rester sains d'esprit et avoir une vision à peu près claire de l'affaire, il est temps de lire cet « explicateur ».

    1Le coeur de l'affaire : une fausse liste de corrompus

    Une liste de personnes, prétendument sortie des fichiers informatiques de l'établissement financier luxembourgeois Clearstream, a été transmise à la justice par une lettre anonyme au printemps 2004. Il y en aura d'autres : en tout, six courriers de ce type.

    « Je vous écris pour vous informer de l'existence d'un groupe mafieux », commence la lettre adressée au juge Renaud Van Ruymbeke. Selon ce « corbeau », des personnalités françaises, en cheville avec des oligarques russes, seraient rémunérées pour faciliter le blanchiment d'argent sale, à travers des comptes occultes de Clearstream.

    Ce club de mafieux serait, toujours selon le corbeau, responsable de la mort de Jean-Luc Lagardère, ancien patron de Matra, entreprise intégrée depuis dans EADS, le grand groupe aéronautique.

    Les Français auraient reçu, sur ces comptes bancaires, des « rétrocommissions » (ou pots de vin) pour la vente de frégates à Taïwan en 1991.

    La liste, envoyée en mai, est complétée dans une seconde lettre en juin 2004 et des CD-Rom. Près de 900 comptes bancaires sont signalés. Y figurent les noms de personnalités très connues :

     

    • Nicolas Sarkozy, alors ministre des Finances. Plus précisément, les noms de « Paul Nagy » et « Stéphane de Bosca » apparaissent, référence au patronyme complet « Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa »
    • Brice Hortefeux
    • Jean-Pierre Chevènement
    • Dominique Strauss-Kahn
    • Alain Minc (consultant)
    • Edwy Plenel (alors au Monde)
    • Laurent Fabius
    • Alain Madelin
    • Philippe Delmas, vice-président d'EADS
    • Alain Gomez, ancien président de Thomson-CSF
    • Alizée, chanteuse
    • Laetitia Casta, actrice

    Toutes ces personnalités se sont interrogées sur la présence de leur nom dans ces listings.

    La manipulation est découverte, reste à trouver les auteurs

    Le juge Van Ruymbeke enquête, mais se rend bientôt compte qu'il s'agit d'une manipulation. Dès l'automne 2004, il a des doutes. Il finit par s'apercevoir que les noms de personnalités ont été rajoutés, parfois grossièrement, aux listes de Clearstream.

    Qui a fabriqué ces faux listings, basés sur un document authentique de la banque ? Une nouvelle enquête est ouverte, dès juillet 2004, après le dépôt d'une plainte pour dénonciation calomnieuse par certaines des personnalités visées. Elle est confiée aux juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons. Le procès de cette semaine en est l'aboutissement.

    L'affaire devient alors publique : c'est Le Point qui la révèle. Mais à ce moment et jusqu'à le fin 2005, la situation reste floue. Au printemps 2006, des investigations menées en Italie apportent la preuve que les listes sont des faux, et Nicolas Sarkozy se décide à porter plainte.

    « Un jour, je finirai par retrouver le salopard qui a monté cette affaire et il finira sur un crochet de boucher », aurait déclaré Nicolas Sarkozy, selon Franz-Olivier Giesbert (« La Tragédie du Président », 2006).

    La suite : le contexte, avec l'affaire Clearstream 1 et les frégates de Taïwan

    Photos : Nicolas Sarkozy en avril 2007 et Dominique de Villepin en mars 2007 (Reuters)

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    18 septembre 2009

    NON A L'EPISIOTOMIE SYSTEMETIQUE !

    LUTTES

    Ces femmes qui saignent du née

    allo maman bobo / vendredi 18 septembre par Lucie Delaporte

                   

           

    Le Groupe radical des excitées de la naissance naturelle et les Périnées Méfiants partent en guerre contre la pratique systématique de l’épisiotomie. Explications.

    Prix littéraires, prix de Formule 1, l’actualité regorge de ces innombrables, et souvent vains, micro-événements. Dans ce déluge de médailles, il est une distinction qui risque, bien à tort, de passer totalement inaperçue. La maternité du CHU de Besançon vient en effet de recevoir, a-t-on appris de sources proches du dossier, le « Prix spécial de l’Association des Périnées Méfiants » pour avoir fait baisser à 3,4 % le taux d’épisiotomie.

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    © Oliv’

    Pour les béotiens, l’épisiotomie consiste à ouvrir le périnée lors de l’accouchement afin de favoriser le passage de l’enfant. Une intervention qui n’est pas sans conséquence pour les femmes mais, disons, que jusque-là tout le monde s’en fichait un peu. Au menu des complications possibles (âmes sensibles s’abstenir) : douleurs post-partum, troubles de la défécation, relations sexuelles perturbées parce que douloureuses ou « parce que du tissu érectile de la vulve a été remplacé par du tissu cicatriciel » nous explique Wikipedia. En clair, l’épisiotomie, c’est pas la joie. Et c’est pourtant pratiqué dans près de la moitié des accouchements (47% en 2003). Pour certains médecins et sage-femmes, de moins en moins nombreux, elle reste un moyen efficace et sûr pour favoriser l’expulsion du bébé. Or malgré un recul constant, « le système de tarification à l’acte risque de renforcer cette pratique dans les cliniques privées » souligne une sage-femme de l’hôpital Beaujon.

    En juillet dernier, une patiente qui avait tenté un recours contre son médecin pour lui avoir pratiqué une épisiotomie sans son consentement a vu sa demande rejetée par la chambre disciplinaire de l’ordre des médecins de Haute-Normandie.

    Méprisés, oubliés, niés, les périnées ont donc peut-être enfin trouvé leur porte-parole par le biais du Groupe radical des excitées de la naissance naturelle(GRENN) à l’origine de ce prix.

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    16 septembre 2009

    ILS ONT OSE DECLARER CASTER SEMENYA "HERMAPHRODITE"

    Ces mystérieux tests qui font de Semenya une « hermaphrodite »

                               

          

          

       

       

       

    Dessin de Jul

    Le cas de Caster Semenya, championne du monde du 800 mètres féminin, n'a pas fini de faire débat. On apprend cette semaine que le rapport médical rédigé après les tests de féminité pratiqués sur l'athlète sud-africaine la qualifient d'hermaphrodite. Difficile pourtant de savoir en quoi consistent précisément ces tests.

    JUL INVITÉ DE RUE89
    à l'occasion de la sortie
    de « Silex and the City »,
    éd. Dargaud, 13,50€.

    Pour le savoir, j'ai contacté par mail la Fédération française d'athlétisme, mais sans succès. Sur le Net, impossible d'obtenir d'informations précises sur le sujet -mais peut-être aurez-vous plus de chance que moi.

    Il est vrai qu'en divulguant la procédure, les instances sportives devraient officialiser les critères retenus pour distinguer les « vraies femmes » des « vrais hommes ».

    « On peut deviner qu'il s'agit de tests sanguins, chromosomiques et gynécologiques »

    Anaïs Bohuon, docteure en histoire du sport et qui prépare actuellement un livre sur l'histoire des tests de féminité dans le sport, décrypte pour Rue69 ce silence :

    « C'est sur cette difficulté à obtenir l'information qu'il faut à mon sens s'interroger. A l'heure actuelle, l'Association internationale des fédérations d'athlétisme (IAAF) mais également l'association du tennis féminin (WTA) refusent de communiquer sur les tests qu'ils imposent aux athlètes.

    Ça laisse songeur… même si on peut deviner que ce sont des tests sanguins, chromosomiques et gynécologiques qui sont imposés. C'est ce que certains médias, comme le quotidien australien Sydney Morning Herald par exemple, annoncent.

    Information à prendre toute de même avec grande précaution, car on ne sait pas d'où ils sortent cela… »

    Pas une athlète comme les autres, Caster ? Usain Bolt non plus !

    Dans cette affaire, on parle souvent de « suspicion visuelle », manière de dire que Caster Semenya ne correspond pas aux canons de la féminité : grâce, souplesse, finesse…

    Elodie Guégan, finaliste du 800 mètres qui a couru aux côtés de Caster Semenya, n'hésite pas à parler sur le site de la Fédération française d'athlétisme de « créature » :

    « Sa musculature, son visage et son allure générale génèrent de nombreux doutes sur sa féminité et donc sa légitimité à courir. »

    Caster n'est pas une athlète comme les autres, ce qui chagrine ses concurrentes… Usain Bolt, la superstar de l'athlétisme masculin qui explose le record du 100 mètres à chaque course, n'est lui non plus pas comme les autres. Son anatomie, ses qualités biomécaniques hors normes lui confèrent aussi un avantage sur les autres athlètes.

    « Caster Semenya aurait des testicules intra-abdominaux »

    Mais là, on ne met pas en doute sa légitimité à courir avec les autres. Ses foulées graciles pourraient-elles poser question ? Il est vrai qu'on ne met pas en doute sa masculinité d'autant que les tests de masculinité n'existent pas… Anaïs Bohuon, sur Mediapart, poursuit cette analyse :

    « Caster Semenya présenterait des organes sexuels à la fois masculins et féminins. D'après les rapports médicaux, elle aurait des testicules intra-abdominaux qui produisent d'importantes quantités de testostérone.

    Doit-on disqualifier les athlètes exceptionnelles, parce qu'elles ne se conforment pas à la moyenne, à la norme ? La véritable question se pose en réalité en ces termes : comment légiférer sur un critère si subjectif que l'avantage physique ?

    Le sport est par essence générateur et révélateur d'inégalités : de talents, de capacités physiques, morphologiques… »

    Dans un premier temps, la tonalité dans les médias a souvent été celle de la tricherie : un homme se serait fait passer pour une femme. Le porte-parole de l'IAAF, Nick Davies, cité par le Sydney Morning Herald, dit tout autre chose :

    « Il s'agit d'un problème médical et non pas d'un cas de dopage où elle aurait triché délibérément. Les résultats de ces tests ne peuvent laisser supposer une quelconque entorse à la règle.

    Ils tendent en revanche à accréditer l'hypothèse selon laquelle Semenya bénéficierait d'un avantage médical indéniable sur ses rivales. Il n'y a pas d'annulation automatique des résultats dans un cas comme celui-là. »

    « Ils ne parviennent pas à établir ce que c'est qu'une “vraie femme” »

    L'IAAF doit rendre son verdict le 20 novembre, lors de son comité exécutif. Quel avenir sportif pour Caster Semenya ? Anaïs Bohuon m'explique par email :

    « Ils vont probablement délivrer également une médaille d'or à l'athlète qui a terminé deuxième derrière Caster Semenya. Cette décision serait inadmissible, du fait que par là, la victoire de Caster est implicitement ou explicitement remise en cause.

    Ils ne peuvent pas la disqualifier : ils ne parviennent à établir une vraie définition de ce que doit être une “vraie femme” autorisée à concourir chez les femmes. Ce qui risque de se passer néanmoins, comme dans l'histoire, c'est de ne plus revoir Caster Semenya sur la scène sportive…

    Elle risque d'être progressivement extrêmement marginalisée au sein de sa fédération… ou d'elle-même, après cet immense traumatisme, s'exclure…

    Si elle présente une résistance aux androgènes, elle sera autorisée à concourir : par le passé, des athlètes ont présenté cette résistance et ont été autorisées à concourir par la suite. »

    Rien n'a vraiment changé depuis le dernier cas médiatisé, celui de Santhi Soundarajan, médaillée d'argent du 800 mètres aux Jeux panasiatiques de 2006 et disqualifiée pour avoir failli aux tests de féminité. Elle finira par tomber en dépression et faire une tentative de suicide…

    Sera-t-on confronté au même climat de suspicion tant que le public ne sera pas mieux informé sur les intersexes ? Intégrer l'idée qu'il y a un continuum entre hommes et femmes, et que la limite entre les deux est une chose parfois subjective, n'est pas facile pour tout le monde.

    Comment l'expliquer à ma mère, quand elle dit « y'a qu'à soulever sa jupe, et on voit si elle a un kiki » ?

       

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    15 septembre 2009

    LE LAVANI, UNE DANSE EROTICO-COQUINE INDIENNE....

    A Bombay, les belles du lavani dansent pour se faire siffler

                               

          

          

       

       

       

    Dessin de Jul

    (De Bombay) Longtemps condamné pour son immoralité, puis lentement abandonné, le lavani vit une seconde jeunesse à Bombay. Cette danse suggestive née il y a trois siècles au Maharashtra fait salle comble lors de grands spectacles appelés les « banner shows ».

    Exemple ce dimanche après-midi à Dadar, dans un quartier résidentiel de Bombay. Le grand auditorium Ravindra Natya Mandir est plein à craquer. Les spectateurs debout sur les côtés, les autres assis dans les travées, et les chanceux qui ont une place assise, tous gardent les yeux rivés sur le rideau qui va bientôt s'ouvrir.

    Ils sont venus pour un banner show, un spectacle de lavani, une danse indienne (basée sur les pas du kathak) où les femmes roulent lascivement des hanches sur des chansons aux paroles coquines, devant un public exclusivement masculin. Dans la culture indienne volontiers puritaine, cet art érotique est une véritable rareté.

    « Des chansons à double sens »

    L'origine du lavani remonte au règne de la dynastie marathe des Peshwa, au XVIIIe siècle. Après un âge d'or autour du XIXe siècle, il tombe en désuétude. Bhushan Korgaonkar, producteur d'un documentaire sur le sujet intitulé « Natale Tumchyasati », explique :

    « S'il a toujours continué d'exister dans les campagnes du Maharashtra, dans les années 50, le lavani avait en revanche pratiquement disparu des villes, jusqu'à ce qu'un réalisateur marathi, Dada Kondke, le popularise à nouveau avec ses chansons à doublesens. »

    JUL INVITÉ DE RUE89
    à l'occasion de la sortie
    de « Silex and the City »,
    éd. Dargaud, 13,50€.

    Aujourd'hui, comme l'attestent les sifflets qui accueillent Akanska, la première des huit danseuses à se produire sur scène, l'art le plus sensuel de la culture marathe est bien vivant.

    Dans le milieu du lavani, Akanksha Kadam est une star. « Les nouvelles arrivantes se sont mises à copier son style », assure Bhushan Korgaonkar.

    La jeune femme de 28 ans ressemble à une déesse indienne : une profusion de bijoux, une débauche de couleurs vives, un maquillage exagéré. Avec son sari rouge à paillettes, de grosses fleurs dans les cheveux et ses lourds grelots aux chevilles, Akanksha a beau être couverte de la tête aux pieds, elle dégage une assurance qui rend les hommes fous.

    Akanksha recommande au public de protéger sa « canne à sucre »

    « Vous m'aimez ? », leur lance-t-elle d'un air canaille derrière son micro. Les sifflements de la foule lui répondent. Car siffler est au lavani ce qu'applaudir est au théâtre.

    Akanksha tire la langue, et les sifflets redoublent. Entre la grimace enfantine et l'allusion charnelle, la mimique contient tout l'esprit du lavani : du double sens, que l'on comprend comme on veut.

    Pour cette représentation, Akanksha interprètera trois tubes du répertoire du lavani, toujours en marathi, la langue régionale. Dans « Karbhari Damane », elle demande à son mari « d'aller lentement », dans Fad Sambhal elle intime à son public de « protéger sa canne à sucre » et dans Kairee Padaachi, elle chante qu'elle est une mangue trop mûre, prête à être cueillie.

    « L'influence de Bollywood se fait sentir, les danseuses sont attirées par la gloire »

    Anil Sutar, le chorégraphe du spectacle, avertit :

    « Ne croyez pas que le lavani des banner shows corresponde à l'art authentique. A l'origine, le lavani possédait une dimension mythologique, poétique et philosophique. Aujourd'hui, l'influence de Bollywood se ressent beaucoup et les danseuses sont surtout attirées par la gloire. »

    Et à la campagne, il continue d'être pratiqué à la manière traditionnelle, par des danseuses venant de générations d'artistes, qui vivent entre elles, avec l'interdiction de se marier.

    Pour Akanksha, aucune obligation de cet ordre. Après le spectacle, la jeune femme rentrera chez elle dans le nord de Bombay, en jean, pendue à son portable, déjà occupée à organiser sa prochaine tournée.

       

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    MITTERRAND N'ETAIT PAS "CHAUD" POUR LA REUNIFICATION DE L'ALLEMAGNE.

    Décryptage

           

    Quand Mitterrand tentait de ralentir la réunification allemande

                               

          

          

       

       

       

    Dessin de Jul sur François Mitterrand (DR).

    François Mitterrand a-t-il raté la réunification allemande ? La polémique, d'abord historique mais pas seulement, a repris depuis la publication, à Londres, de documents déclassifiés par le Foreign Office, et en particulier des notes d'entretiens entre le président français et Margaret Thatcher, alors premier ministre. Quelques souvenirs personnels de reportage pour s'y retrouver.

    Ce soupçon de loupé diplomatique majeur pèse sur François Mitterrand depuis des années et jette une ombre sur le bilan d'un homme qui se voulait stratège et visionnaire pétri d'histoire. Pourtant, pour avoir suivi comme correspondant diplomatique de Libération à l'époque, toutes les étapes de cette page d'histoire, j'ai ressenti comme beaucoup d'autres l'immense flottement, le sentiment d'un homme qui était à contre-courant de l'histoire sans pour autant commettre de faute irréparable.

    On n'est pourtant pas passé loin si l'on en croit les documents britanniques, et en particulier cette conversation, début décembre, entre Mitterrand et Thatcher, dans laquelle ils font surenchère de références à la seconde guerre mondiale, et se renforcent mutuellement dans leur soupçon vis-à-vis de géant allemand qui renait. Mitterrand redoute de voir Français et Britanniques se retrouver « dans la situation de leurs prédécesseurs dans les années 30 qui n'avaient pas su réagir » au désir d'hégémonie allemande. Et Maggie Thatcher sort de son célèbre sac à main une carte d'Europe découpée dans un journal d'avant-guerre… Ambiance.

    « Kohl, un irresponsable »

    Cette première impression de flottement, je l'ai eue lors d'un coup de téléphone à l'un de mes interlocuteurs à l'Elysée, le 28 novembre 1989, moins de trois semaines après la chute du mur de Berlin. Helmut Kohl, le Chancelier ouest-allemand, venait d'annoncer au Bundestag un « plan en dix points » pour une réunification par étapes des deux Allemagne.

    J'appelais l'Elysée pour avoir une réaction à cette annonce surprise, et mon interlocuteur était hors de lui :

    « Kohl est un homme dangereux, un irresponsable. Il panique dès qu'une sous-section de la CDU [l'Union chrétienne démocrate, son parti, ndlr] émet une critique. Cette précipitation nous conduit au désastre avec une annonce pareille sans concertation avec nous. »

    L'histoire retiendra au contraire que Kohl avait conçu ce plan par étapes pour freiner une demande de réunification rapide qu'il sentait monter en RDA, l'Allemagne de l'Est communiste, mais que Paris ne voulait pas entendre. Ce plan sera vite balayé par les événements, mais il avait cassé des années de lien étroit entre Kohl et Mitterrand -la fameuse photo en se tenant la main à Verdun- et créé une dangereuse tension entre Paris et Bonn.

    Avec l'ami Gorby à Kiev

    Quelques jours plus tard, François Mitterrand s'envole pour Kiev, voir Mikhaïl Gorbatchev, alors numéro un soviétique. Mitterrand était convaincu qu'en cas de réunification, Gorbatchev ne survivrait pas et qu'un maréchal de l'armée rouge moins tendre serait placé à la tête de ce que l'on qualifiait encore de superpuissance.

    Mitterrand descend de l'avion par un froid ukrainien glacial et Gorbatchev l'attend au pied de la passerelle [voir la vidéo de l'INA ci-dessous]. Mitterrand met sa chapka à l'envers et le secrétaire général du PCUS l'aide à la remettre à l'endroit. Le ton est donné pour quelques heures amicales et complices, dans le dos des Allemands. Lors de la conférence de presse finale, Mitterrand lache une phrase :

    « Il ne faut pas inverser l'ordre des choses, il ne faut pas commencer par poser le problème des frontières. » (voir la vidéo)

    Le hasard fait que j'avais emmené avec moi un essai de Régis Debray, « Tous azimuts » (Odile Jacob), et que dans ma chambre d'hôtel surchauffée de Kiev, je tombe sur un passage où l'ancien révolutionnaire évoque justement une « aliance de revers » entre la France et la Russie, pour faire face à une Allemagne renforcée par les bouleversements de l'Europe. J'en fais la « chute » de mon article de Libé.

    A son retour, se déroule la fameuse scène avec Thatcher avec références à Munich et aux années 30. Puis François Mitterrand fait une grande intervention radio-télévisée, face à Jean-Pierre Elkabbach, Serge July, Christine Ockrent et Alain Duhamel, rien que ça ! Il ne laisse rien paraître des vives tensions diplomatiques et des jeux de coulisse, et, au contraire, sort une phrase sur l'hypothèse de la réunification qui restera :

    « On n'a pas le droit d'avoir peur d'événements heureux. La liberté arrive en Europe de l'Est. C'est un évènement heureux. Bien sûr cela bouscule mais je n'en ai pas peur. » (Voir la vidéo de cet entretien)

    Pourtant, Mitterrand fera tout pour empêcher cette réunification en marche (on s'efforce même à Paris d'imposer le mot « unification » et pas « réunification », pour ne pas suggérer un retour à l'Allemagne d'hier). Le président français fera même fin décembre un voyage à Berlin-Est qui sembla bien décalé avec le souffle de l'histoire.

    L'erreur de Berlin-Est

    La veille de l'arrivée de la délégation française, je me trouvais à Leipzig, où une foule pacifique défilait sur le Bund, le grand boulevard de la ville, au cri de « Réunification ». Le lendemain, les conseillers du président, à Berlin-Est, doutent pourtant de l'ampleur du phénomène malgré les récits des journalistes. François Mitterrand est venu conforter une identité est-allemand pourtant moribonde, et un leadership communiste à bout de souffle, afin de retarder une réunification qui vient contrarier ses rêves d'intégration européenne.

    Deux images me restent en mémoire. D'abord un discours lors d'un dîner de gala très « est-allemand », dans lequel le président français fait l'éloge de tous les grands hommes issus de cette terre allemande, ne citant que des artistes ou écrivains nés dans la partie de l'Allemagne devenue la RDA !

    Et, le lendemain, lors d'une conférence de presse, il tient à annoncer aux journalistes, avec un air gourmand, la rumeur de l'annulation de l'ouverture le soir même de la Porte de Brandebourg, haut lieu de l'histoire berlinoise, qui devait réunir Helmut Kohl et les leaders est-allemands. Finalement, la cérémonie eut lieu, et on pouvait voir Jack Lang se promener au milieu de cette foule allemande heureuse et pacifique, célébrer un événement dont François Mitterrand avait pris du plaisir à dire à tort qu'il n'aurait pas lieu.

    Au bout du compte, quelques semaines plus tard, après un nouveau bras de fer à propos de la frontière germano-polonaise, la crise fut surmontée par un de ces compromis dont l'histoire a le secret et qui donna naissance à l'euro. Et Gorbatchev survécut à la réunification allemande, pour mieux disparaître en 1991, entraînant avec lui l'Union soviétique sans que le monde ne s'écroule.

    JUL INVITÉ DE RUE89
    à l'occasion de la sortie
    de « Silex and the City »,
    éd. Dargaud, 13,50€.

    Les révélations britanniques n'en sont donc pas réellement. Les quelques anecdotes ci-dessus montrent que tout observateur attentif de cette période avait ressenti la profonde réticence de François Mitterrand, ancien prisonnier de guerre en Allemagne, à accepter une Allemagne plus grande, plus forte, dans cette Europe en formation. Malgré sa profonde connaissance de l'histoire, malgré ses relations étroites, réelles, avec le gouvernement allemand de l'époque.

    Helmut Kohl, dans ses mémoires, a sans doute bien résumé l'état d'esprit de son « ami » François pendant cette période :

    « Deux cœurs battaient dans la poitirine de Mitterrand : l'un en faveur du soulèvement révolutionnaire en RDA ; l'autre pour la France, pour son rôle et son rang en cas de l'unification de l'Allemagne. »

    Cela reste incontestablement une ombre à son bilan diplomatique, même si, de fait, malgré les tangages, les dirigeants de l'époque, à l'Est comme à l'Ouest, ont finalement géré en équilibristes mais sans trop de dégats un bouleversement géopolitique et humain immense. C'est plus tard, dans l'euphorie de l'après-guerre froide, que se situent les vraies occasions manquées de changer le monde.

       

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    LA MOLLE CONDAMNATION DU DERAPAGE HORTEFEUX.

    Polémique

           

    Après Hortefeux : en France, on condamne les antiracistes

                               

          

          

       

           

    Brice Hortefeux à Seignosse le 5 septembre 2009 (Audrey Cerdan/Rue89).

    D'abord, il y a la bonne vieille « blague » de Brice Hortefeux devant la caméra de Public Sénat, à l'université d'été de l'UMP. Ensuite, il y a les mots des rédactions pour en parler : dire « un Arabe » ne semble pas couler de source, comme parler de l'humour « raciste » du ministre de l'Intérieur - ceux qui préfèrent les sucrettes diront de sa fameuse saillie qu'elle est « douteuse », « problématique », « polémique ».

    Et puis il y a les réactions qu'on déclenchées les déclarations de Brice Hortefeux devant Amine, 22 ans, militant UMP. (Pour rappel, la scène intégrale filmée par Public Sénat)


    Trois jours après le buzz sucité par la vidéo sortie par LeMonde.fr, reprendre le verbatim des déclarations après coup est édifiant. Premier constat : rares sont ceux qui commentent le contenu-même des déclarations. Même pour n'y voir ne serait-ce qu'un « dérapage », terme étonnamment peu utilisé, quoique déjà édulcoré.

    Certes, il y a ceux qui s'accrochent à l'idée d'un trait d'humour bonne franquette. Mais la plupart zappent la condamnation des propos (« insultants », dira tout de même Aubry) pour qualifier non plus ce que le ministre a dit, sans aucun doute possible, sous le nez de la caméra, mais qui il est. Exemples :

    • Jack Lang : « un honnête homme »
    • Eric Besson : « quelqu'un qui est humaniste, qui est pétri (…) dans son histoire personnelle de catholicisme social, qui n'a rien de raciste »
    • Valérie Pécresse : « un vrai républicain »
    • Roselyne Bachelot : « un homme de cœur, de dignité »
    • Nora Berra : « quelqu'un d'engagé depuis des années dans un discours et des échanges interculturels »
    • Eric Raoult : « un mec net avec un humour britannique qui n'a pas été compris »
    • Jean-François Copé : « il n'a jamais été raciste de sa vie »

    « On fait l'impasse sur les mots qui sont prononcés »

    Rue89 a proposé à la sémiologue Mariette Darrigrand, blogueuse sur le site, de décrypter les réactions qui ont suivi le buzz de la vidéo :

    « Tout le monde se met à faire de la fausse sémiologie, en quelque sorte. Parce que commenter le commentaire permet de faire l'impasse sur les mots qui sont prononcés. Seules deux ou trois réactions disent “c'est un contenu raciste, point”. On ne juge plus, on préfère décrypter comme si c'était un discours. En faisant cela, on verrouille et on se prive de regarder la vérité. »

    La preuve ? Le succès du contre-feu allumé par une partie de la majorité, quant au soit-disant piège d'Internet et des images amateurs (alors qu'elles sont signées d'un journaliste). Mariette Darrigrand confirme :

    « On se fout des circonstances, mais pourtant on a parlé au moins autant de savoir si c'etait filmé avec un portable que du contenu sorti de la bouche du ministre. »

    Deuxième constat : avec les propos de Brice Hortefeux à Seignosse, on voit revenir au galop le procès des « antiracistes » et des « censeurs bienpensants », termes qu'on a davantage entendu sur les lèvres du comique Dieudonné que sur l'échiquier politique récemment.

    Mariette Darrigrand a aussi décrypté cette tendance :

    « Tout se passe comme si, en France, on considérait qu'il y a une pulsion naturelle de l'homme. L'éducation consisterait alors à brider cette pulsion. Du coup, l'antiracisme est vu comme une sorte d'éducation à la frustration. »

    Cette vision castratrice de l'antiracisme, c'est précisément ce qui ressort de la déclaration de Patrick Devedjian (UMP) :

    « On peut de moins en moins se permettre de faire des blagues ou des plaisanteries dans la société fournie de commissaires politiques abondants que nous connaissons de plus en plus. »

    « Commissaires politiques », l'expression vous rappelle quelque chose ? C'était en effet une valeur sure de la prose lepéniste au plus fort de l'essor du Front national. Cette fois-ci, Jean-Marie Le Pen (FN) ne tape d'ailleurs pas bien loin en déclarant ceci :

    « Ce serait comique si ce n'était pas scandaleux. Non pas la déclaration de monsieur Hortefeux qui n'a aucune importance mais le tollé que cela soulève dans l'opinion ». « Il y a désormais en France une censure antiraciste qui s'exerce par l'intermédiaire des médias. »

    Déclinaison assez proche chez Philippe de Villiers (MPF) :

    « Cette manipulation misérable qui vise à salir la réputation de Brice Hortefeux et en même temps à intimider tous les hommes politiques »

    « Je veux pouvoir le dire »

    Des caricatures ? Pas vraiment, car en réalité, le discours sur l'antiracisme soi-disant rageusement censeur n'a cessé de prendre du lest depuis « la fin du deuxième septennat Mitterrand », selon Mariette Darrigand. Pour la sémiologue, la dernière incarnation de cette tendance, c'est Eric Zemmour :

    « Il s'exprimait sur un tout autre sujet chez Laurent Ruquier, le 13 septembre : la peine de mort. Or ce qu'il expliquait en substance, c'est qu'il n'était pas tant que cela pour son rétablissement, mais contre la bienpensance qui oblige à être contre. Ce qu'il énonçait clairement, c'était : “je veux pouvoir le dire”. »

    Pour les défenseurs du ministre de l'Intérieur, ce faux procès qu'on lui fait trahirait les dérives de l'antiracisme. Patrick Karam, délégué interministériel pour l'égalité des chances des Français d'outre-mer, n'esquive pas davantage le procès du complot bienpensant :

    « Au nom de l'antiracisme, peut-on se permettre de porter des accusations aussi graves ? »

    Même si le propos anti-bienpensance avait pu sembler passer en sourdine au début des années 90, l'historien Benjamin Stora, spécialiste de la question coloniale, date lui aussi le grand retour de l'anti-antiracisme à la fin des années 90 :

    « Les anti-antiracistes sont apparus aussitôt après la naissance de SOS Racisme en 1984. Puis ça s'est calmé, avant de revenir en marge du débat sur la colonisation. Notamment l'Algérie : le grand déballage des années 1999-2000 avec la reconnaisance de la guerre d'Algérie par le gouvernement Jospin, les aveux d'Aussaresses, ont structuré tout un discours qui enclenche, en 2001-2002, la défense de la France coloniale.

    Le point culminant, c'est le vote de la loi sur les bienfaits de la colonisation, le 23 février 2005, par l'Assemblée nationale [dont l'article 4 a été abrogé par Jacques Chirac un an plus tard, ndlr]. »

    Or, pour Stora, « on a créé de toutes pièces une catégorie », alors que ceux qui donneraient à tout bout de champ dans la repentance sont ultra-minoritaires :

    « Elles sont où, ces élites journalistiques, culturelles, intellectuelles, politiques, qui feraient soit-disant rependance en permanence ? Il n'y en a pas, en France ! Germaine Tillon, Pierre Vidal-Naquet, Pierre Bourdieu, qui se sont interrogés sur le passé colonial de la France, sont tous morts ! Et où enseigne-t-on la colonisation ? Il n'y a pas de chaires dans les universités, les grandes écoles. Pas de lieu de mémoire non plus ! La pensée dominante, ce n'est pas la bien-pensance, au contraire ! »

    Les politiques de gauche, complexés par peur d'apparaître angélique

    A force, ces critiques ne se sont pas seulement installées dans le paysage médiatique. Elles ont aussi modifié discours et habitudes de la gauche, qui a perdu l'habitude d'enfourcher ce qu'on peut considérer comme ses fondamentaux. Mariette Darrigrand a suivi l'évolution des discours de gauche :

    « Les hommes politiques de gauche ont cru ceux qui affirmaient que la bienpensance avait pris le pouvoir. Ils sont devenus complexés par peur d'apparaître angéliques. Aujourd'hui, plus personne ne veut apparaître antiraciste et ça libère une parole qui se veut décomplexée. C'est un mouvement très repérable dans l'idéologie française. »

    En découle une vraie difficulté à critiquer les saillies racistes pour ce qu'elles sont. « C'est d'ailleurs ce qu'il s'est passé pour le discours de Dakar ou les propos révisionnistes du pape Benoit XVI à ses débuts, là où, en Allemagne, ils ont été clairement condamnés », précise Mariette Darrigand.

    La chose est particulièrement flagrante dans les propos de Jean-Christophe Cambadélis (PS) qui s'essaye péniblement à une ironie dont on ne voit pas bien où elle va :

    « Notre Brice de Nice n'est pas raciste : seulement Brice Lagafe. Depuis qu'il a touché le poste dont il rêvait, il a la démarche gaffeuse multipliant faux pas, fausse note, faux fuyant. »

    Ce lundi soir, on apprenait que le MRAP décidait de poursuivre le ministre de l'Intérieur pour « diffamation à caractère racial ».

    Photo : Brice Hortefeux à Seignosse le 5 septembre 2009 (Audrey Cerdan/Rue89).

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    14 septembre 2009

    SAVEZ-VOUS QUE VOUS ETES UNE MARQUE?

    Vous aussi, vous êtes une marque ! Le Personal Branding


    Reputation Par Henri Kaufman (chroniqueur exclusif) - Président de Hip ip ip ! Société de conseil en Marketing, en Web2.0 et en Formation

    Vous... c'est vous, en chair et en os. Votre société a une ou des marques évidemment et vous aussi, vous êtes devenu une marque à partir du moment où vous vous êtes baladé sur Internet, où vous avez laissé des commentaires, où vous tenez un blog, où vous êtes plus ou moins actif dans un réseau social, où vous Facebookez, où vous Twittez, où vous YouTubez... Vous devenez une marque parce que tout ce que vous faites on line devient visible et que les internautes se forgent un jugement sur vous, lequel jugement devient de plus en plus affirmé avec le temps et donc de plus en plus difficile à modifier.

    En quelques semaines, avec un peu d'effort et de volonté, vous pouvez acquérir en partant de rien une notoriété française d'abord puis très vite, internationale. Partant de l'obscurité, vous émergez en pleine lumière, partout à la fois, en "pleine ubiquité". Mais votre réputation, ou plus précisément votre e-réputation puisque c’est ainsi qu’elle se nomme, doit être travaillée, ne pas être mise en jachère ou flotter au gré des courants. Votre Personal Branding doit se travailler.

    Voilà quelques conseils tirés d’un livre américain au titre incroyablement bien trouvé qui est la « bible » en ce domaine : ME 2.0 de Dan Schawbel. On y trouve énormément de recettes et de conseils pour les débutants. En voici quelques uns :

    - Avec la technologie, vous pouvez accéder à un niveau de notoriété qui, il y a 15 ans, quand Internet n’existait pas, demandait aux people ou aux business men des millions de $.

    - Beaucoup de gens pensent que le Personal Branding est une promotion personnelle, nourrie de narcissisme et d'égoïsme. C'est vrai par certains côtés, mais ce n'est pas forcément une mauvaise chose ! Votre marque personnelle, c'est un patrimoine important pour vous et aussi pour votre entreprise.

    - le Personal Branding est une démarche qui va vous différencier de la foule de vos pairs en mettant en valeur vos compétences uniques, à travers des messages et des images adaptés à vos objectifs. Comme dans un cercle vertueux, le Personal Branding renforce votre réputation d'expert, votre crédibilité et votre confiance en vous.

    - Votre marque personnelle se construit sur la sincérité et sur l'authenticité. Si ce n'est pas le cas, vous risquez d'avoir certes quelques victoires à court terme, mais celles-ci ne dureront pas bien longtemps.

    - Attention, trop d'autopromotion auprès de vos amis ou collègues peut se retourner contre vous en donnant l'impression de quelqu'un doté d'un complexe de supériorité et un égo sur-dimensioné.

    - Votre vie doit être un évènement permanent au centre d'un vaste réseau social.

    - Pour exister, votre marque doit être "trouvée" par les moteurs de recherche.

    Alors Voilà 2 astuces :

    1- Googleïsez périodiquement votre nom et analysez ce que vous trouvez.

    2- Installez une "Google Alert" sur votre nom ; vous serez ainsi prévenus chaque fois que votre nom est cité dans un blog ou une info.

    Andy Warhol disait que chacun pouvait avoir son quart d'heure de gloire (à l'époque de la Télé toute puissante). Avec Internet vous pouvez avoir des millions de quart d'heure de gloire plus facilement, plus rapidement, plus économiquement. Elle est pas belle, la vie numérique ?

    Photo : http://prmeetsmarketing.wordpress.com/

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    LA REPRSSION GRADUEE POUR LE DROIT D'AUTEUR SUR LE NET !

    TRIBUNE

       

    Droit d'auteur et Internet : vers la répression graduée

       

    Par Sophie Boudet-Dalbin | Doctorante en sciences de l'informa... | 14/09/2009 | 17H58

       

       

    Si le volet répressif n'apparaît pas comme une fin en soi, il demeure un moyen de dissuasion des internautes adeptes du téléchargement illégal. Le système de riposte graduée doit décourager l'internaute lambda de pirater. Lawrence Lessig parle de « principle of bovinity ». Tout comme les vaches n'essaient pas de sortir des minuscules enclos de fils électriques, la majorité des gens ne luttera pas contre les restrictions sur Internet, si dérisoires soient-elles.

    Hadopi 1.0 : débuts difficiles

    Plutôt que des procès pour l'exemple avec pour seul effet de détruire l'image de marque des majors, la riposte graduée apparaît plus adaptée pour frapper de façon plus légère mais systématique. Lʼindustrie américaine attend de la France des premiers pas officiels afin dʼouvrir la voie à des solutions graduées ailleurs dans le monde. Déjà proposé en 2006 avec la loi DADVSI, le système de riposte graduée cède la place aux peines de prisons.

    Trois ans après, le niveau du piratage semble devenir de plus en plus « sexy » et les ventes de CD et DVD continuent de chuter. La riposte graduée refait surface avec le projet de loi Hadopi, issu des accords Olivennes de novembre 2007. Un accord prévoit la mise en place dʼune autorité administrative chargée de superviser la lutte contre le piratage et en contrepartie la fin des DRM et lʼalignement de la sortie des films en VOD sur celle des DVD.

    Le projet de loi Hadopi instaure une procédure en trois temps : message électronique adressé à lʼabonné, seconde recommandation sous forme de lettre de recommandation, puis sanction avec suspension de lʼabonnement pour 2 mois à 1 an. La politique des radars automatiques sur la route, appliquée au P2P.

    Hadopi 2.0 : utopies et désillusions

    Sʼen suit une bataille politique, qui se solde en juin 2009 par une censure partielle du Conseil constitutionnel, qui rappelle que le pouvoir de sanction ne peut incomber qu'au juge et que le principe de présomption d'innocence doit prévaloir.

    Par ailleurs, les critiques dénoncent une loi liberticide, qui va à lʼencontre du principe de neutralité du Net du Parlement européen. En outre, Hadopi apparaît techniquement inapplicable, facilement contournable et déjà obsolète avec notamment lʼévolution incessante du cryptage, des réseaux privés virtuels, et lʼadresse IP qui
    ne constituant pas une preuve suffisante.

    Le gouvernement opte alors pour la promulgation des cinq articles non censurés et la loi Hadopi 2 sera à nouveau soumis au vote à lʼAssemblée nationale le 15 septembre 2009.

    Lʼaprès Hadopi : la vérité est ailleurs…

    Le discours du gouvernement français révèle des zones dʼombre. LʼUFC-Que Choisir rappelle lʼorigine douteuse des chiffres cités par Christine Albanel lors de la première lecture du projet de loi : un milliard de fichiers piratés.

    Un chiffre impressionnant qui sʼappuie sur une étude du cabinet GfK comportant des failles. Le responsable explique que pour une telle étude, il est fait appel à la mémoire de lʼintéressé, et pour compenser le fait que les interviewés minimisent souvent le poids réel du téléchargement, les résultats sont extrapolés et multipliés par douze…

    Lʼassociation sʼinterroge par ailleurs sur le fait de citer des expériences étrangères de pays qui nʼont jamais mis en place la riposte graduée. Car tous les pays dʼabord séduits par la mise en place dʼun tel système ont peu à peu abandonné lʼidée.

    Le but premier du projet de loi, de lutter contre un manque à gagner des ayants droit, est également remis en cause. Comme le montre maitre Eolas, avocat au barreau de Paris et auteur d'un blog juridique, la loi est contraire à lʼintérêt des artistes qui ne pourront pas demander réparation de leur préjudice et doivent sacrifier leur rémunération à leur soif de répression.

    Lʼenjeu semble aller au delà du simple affrontement entre adeptes dʼun état de droit et libertaires. Les pressions pour la modification de la législation du droit dʼauteur semblent être le résultat dʼun affrontement entre puissances industrielles et commerciales : D

    • dʼun côté, les industries culturelles et médiatiques dont le modèle économique repose sur la production de contenus attrayants pour le public ;
    • face à elles, les industries des télécommunications, de lʼinformation et dʼInternet qui récoltent tous les fruits du boom du réseau.

    La riposte graduée renouerait donc avec le fantasme dʼune police du net dévouée aux majors. Reste à voir si la législation peut et va réussir à encourager lʼoffre légale tout en préservant innovation technologique et libertés individuelles.

       

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    SARKOZY RETOURNE SON BOUBOU FRANCAFRICAIN !

    Au fait, pourquoi ne reparle-t-on plus de Bourgi ?

    Régis Soubrouillard - Marianne | Lundi 14 Septembre 2009 à 07:01 | Lu 2773 fois


     

    Intervenu lundi 7 septembre sur l'antenne de RTL, l'avocat Robert Bourgi, conseiller Afrique de Sarkozy, a raconté comment Bongo lui avait demandé la tête du ministre de la coopération de l'époque Jean-Marie Bockel, évoquant même des menaces. Dans un livre intitulé Sarko en Afrique, deux journalistes spécialistes du continent africain évoquaient déjà des liens d'argent entre Omar Bongo et a Sarkozie.




    GABON: Robert Bourgi invit


    Cotonou au Bénin. Mai 2006. Dans un discours puissant, le ministre de l'Intérieur de l'époque, un certain Nicolas Sarkozy exhorte la France et l’Afrique  à  « construire une relation nouvelle, assainie, décomplexée, équilibrée, débarrassée des scories du passé et des obsolescences qui perdurent de part et d'autres de la Méditerranée. Cela implique plusieurs changements de fond, dont certains sont heureusement à l'œuvre.
    D'abord, cette relation doit être plus transparente. Il nous faut la débarrasser des réseaux d'un autre temps, des émissaires officieux qui n'ont d'autre mandat que celui qu'ils s'inventent. Le fonctionnement normal des institutions politiques et diplomatiques doit prévaloir sur les circuits officieux qui ont fait tant de mal par le passé. Il faut définitivement tourner la page des complaisances, des secrets et des ambiguïtés. Il nous faut aussi ne pas nous contenter de la seule personnalisation de nos relations. Les relations entre des Etats modernes ne doivent pas seulement dépendre de la qualité des relations personnelles entre les chefs d'Etat, mais d'un dialogue franc et objectif, d'une confrontation des intérêts respectifs, du respect des engagements pris. A nous Français de renier tout paternalisme, d'exclure toute condescendance à l'endroit des Africains. Et surtout plus de respect. (…)
    A nous aussi de débarrasser la relation Afrique-France de ses fantasmes et de ses mythes qui la polluent. Disons les choses clairement : la France n'a pas les intentions et l'influence qu'on lui prête. On lui prête la faculté de redresser les situations, de rechercher des intérêts économiques que nous n'avons pas et d'être capables d'assurer la stabilité ou de créer l'instabilité dans un pays. Bien souvent d'ailleurs, les deux fantasmes sont mêlés : la politique de la France en Afrique aurait pour seul objectif de s'approprier les ressources géologiques du continent. Où est la vérité ? A ceux qui pensent cela, je veux quand même rappeler qu'il n'existe plus de compagnie minière française, et que les entreprises françaises présentes en Afrique sont surtout spécialisées dans les services »
    .


    Sarkozy retourne son boubou


    Que de mots doux et de vœux pieux adressés au peuple africain et au continent africain.
    On s’amuse, certes un peu, de la fin de cet extrait quand on connaît les intérêts de Total, Bolloré et autres empires industriels Français qui ont fait de l'Afrique leur terrain de jeu.
    Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, Sarkozy est devenu président de la République. Plein de bonnes intentions, il nomme, motivé par ce fameux esprit d’ouverture, le socialiste Jean-Marie Bockel à la coopération. Marchant dans les pas du président, en 2008 à Brazzaville, au Congo, Bockel affirme que « La Françafrique est moribonde. Je veux signer son acte de décès. Il ne s’agit pas de faire la morale, mais d’aider au développement ».

    La Françafrique a vécu. On y aurait presque cru. Ne manquaient plus que les applaudissements et le passage aux actes. Car au-delà des incantations, reste le poids des traditions de la Vème République qui ont fait le bonheur de pas mal de présidents africains et d’hommes politiques français.
    Deux ans après l’accession au pouvoir de Nicolas Sarkozy, force est de constater que le président a plié sous le poids de l’histoire, des politiques et des industriels, renonçant à la rupture et à toutes ses promesses sur le sujet.


    Bockel saute, les secrets de la République sont saufs

    Sarko en Afrique - Plon

    Sarko en Afrique - Plon

    Conseiller, ami et « pigeon voyageur » Afrique du président, l’avocat d’affaires Robert Bourgi a raconté sur RTL, chez Jean-Michel Aphatie, l’épisode surréaliste de l’éviction de Jean-Marie Bockel de son poste de secrétaire d’Etat, demandé instamment par Omar Bongo. Certes l’histoire était connue, mais le récit par l’exécutant des basses œuvres de la Françafrique n’en a que plus de force : « un soir je reçois un appel du président Bongo. Fiston, est-ce que tu peux venir me voir. Ca peut pas continuer, il faut que tu dises à Nicolas que moi et les autres, nous ne voulons plus de ce ministre. Je suis allé voir le président de la République à l’Elysée, en présence de Monsieur Guéant, et je lui ai passé le message de façon ferme et voilée de menaces du président Bongo. Il m’a dit : « Dis à Omar que Monsieur Bockel partira bientôt et sera remplacé par un de mes amis et un ami de Monsieur Guéant ».  Il m’a donné le nom, en me demandant de le garder pour moi ».
    Bourgi reçoit la mission d’initier, Alain Joyandet, le nouveau venu, à l’Afrique. Par ailleurs, l'avocat reconnaît, assume et impose l'existence d’une diplomatie parallèle, renvoyant le quai d’Orsay à un rôle anecdotique. 
    Des propos ahurissants, autant sur le fond que sur la forme –Bourgi donnant notamment du « Papa » à Bongo - entièrement démentis par Henri Guaino au club de la presse Internet  . Il faut dire que l'itnerview de Bourgi, ou plutôt la forme qu'il a revêtu, a beaucoup agacé à l'Elysée. Cependant, revenu sur le même sujet dans le Journal du DImanche de Samedi, Claude Guéant a été moins catégorique, ou, si l'on veut, plus prudent  que Guaino : « Robert Bourgi ne peut pas se poser en représentant de la France ou de son président. Je le lui ai dit. Ceci dit, M. Bourgi connaît bien l’Afrique et ses dirigeants. A ce titre, il est utile, dans la compréhension que nous avons de ce continent. Cela ne fait de lui ni notre agent, ni notre porte-parole »
    .
    L’interview de Bourgi a été peu relayée. Personne ne s‘en étonne. Pourtant l’expression « voilée de menaces » relayée par Bourgi, ne lasse pas d'interroger. Surtout quand on refeuillette le livre « Sarko en Afrique » d’Antoine Glaser et Stephen Smith. Les deux journalistes, spécialistes de l’Afrique, suggéraient l'existence d'un « lien d'argent » entre Bongo et la Sarkozie, évoquant notamment l’hypothèse de financements de campagnes électorales. Un secret bien gardé vaut  bien la tête d’un secrétaire d’Etat…

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    UNE ANALYSE DU "DERAPAGE RACISTE" DE BRICE HORTEFEUX

    Brice Hortefeux a construit lui-même son malheur

    Philippe Bilger - Blogueur associé | Lundi 14 Septembre 2009 à 16:08 | Lu 10489 fois


     


    Philippe Bilger entre à son tour dans le débat sur l'affaire Hortefeux. En soulignant que le Ministre est, finalement, la victime de sa complaisance envers le politiquement correct et le racisme institutionnalisé.



    (capture d'écran - tv5)

    (capture d'écran - tv5)

    Le président de la République a raison : on a mieux à faire que de passer son temps à disséquer une vidéo pour accuser de racisme le ministre de l’Intérieur, son ami Brice Hortefeux. Il faudrait, c’est vrai aussi, demeurer concentré sur l’essentiel, la France, dont l’état exige la mobilisation de toutes les énergies. Mais, puisque depuis plusieurs jours, on ne parle que de cela, que les versions les plus contradictoires circulent et qu’apologies et lynchages se répondent, il me semble qu’il n’est pas indécent de tenter d’y voir clair. J’ai conscience, modestement, de m’inscrire dans un mouvement erratique qui met au pinacle dans l’esprit public, via Internet, des épisodes dérisoires peut-être parce que le citoyen n’est plus réellement sollicité par l’important et qu’il traduit ainsi sa volonté de personnaliser la politique en s’en prenant sans nuance à ses représentants.

    La vidéo incriminée - celle prise par Public Sénat étant identique à celle du monde.fr - ne laisse pas place au doute sur la teneur des propos échangés, notamment par Brice Hortefeux, lors du camp d’été de l’UMP dans les Landes à Seignosse. Mais comment faut-il les qualifier ?
    Le ministre de l’Intérieur a affirmé que dans cette ambiance décontractée - le président lui aurait reproché cette « décontraction » mais le chewing-gum, dans le genre, n’est pas mal ! - il avait seulement voulu faire référence d’abord à des clichés   puis aux Auvergnats. Pourquoi pas ? Cependant, à l’analyse, il ne semble pas que la phrase reprochée à Brice Hortefeux puisse être interprétée autrement que comme une allusion au nombre d’Arabes. En effet, une voix féminine dit au sujet d’Amin, un jeune militant d’origine arabe : « C’est notre petit Arabe » et le ministre de réagir ainsi : « Bon, tant mieux. Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes. Allez, bon courage ». Jean-François Copé affirme n’avoir rien entendu (Le Figaro) et Amin, dans une vidéo où il exprime son sentiment mais dans une formulation qui lui semble dictée, défend le ministre en l’exonérant de tout soupçon de racisme à son égard.

    L’affaire se complique à cause de ce qui était advenu à Paul Girot de Langlade, préfet mis à la retraite par le ministre de l’Intérieur, qui se voyait reprocher, à la suite de la plainte d’une employée à Roissy, un propos raciste qu’il niait avoir tenu puis une violation de l’obligation de réserve en raison de sa dénonciation vive de l’attitude de Brice Hortefeux. Cette similitude apparente des situations a conduit certains, dont Me Collard, avocat du préfet, à réclamer la démission du ministre de l’Intérieur  qui devrait s’appliquer les mêmes règles que celles dont Paul Girot de Langlade a pâti.

    J’ai évoqué les similitudes apparentes parce que, dans ses profondeurs, les épisodes ne me semblent pas comparables si l’accusation à l’encontre du préfet est fondée. Il est de bonne et triste guerre que la gauche se soit engouffrée dans la brèche que lui ouvrait cette vidéo parce que rien n’est plus porteur aujourd’hui que de désigner l’adversaire comme raciste. Guère surprenant non plus de voir Guy Bedos et Josiane Balasko signer la pétition de Charlie Hebdo pour exiger le départ d’Hortefeux. Cela vous pose sur le plan éthique et conduit l’autre, toujours, à une défense malaisée car comment mettre au jour la limpidité de son esprit ? Tâche quasiment impossible.

    Il n’est pas étonnant non plus que le Premier ministre, quelques ministres et les jeunes de l’UMP aient pris le parti de soutenir Brice Hortefeux et qu’Henri Guaino ait fait de même. Il y a là les clivages traditionnels, qui paraissent moins se soucier du fond des choses que de la volupté de combattre et du confort d’un monde contrasté comme il convient.

    Ce qui gêne dans cette controverse, c’est le fait que personne n’ose aborder de face la réalité des propos tenus par Brice Hortefeux. On les veut scandaleux ici et là, on tente de leur donner un autre sens que celui qui vient immédiatement à l’esprit. Dans les deux cas on s’inscrit dans une configuration qui accepte, quelles que soient les circonstances, de juger la réplique du ministre comme raciste. Je regrette que celui-ci, dont pourtant le parler vrai n’est pas la moindre qualité, ait biaisé sur ce plan. On aurait aimé qu’il assume la réalité du propos mais qu’il n’hésite pas à lui donner sa mesure véritable qui est mince.

    Il se trouve dans le campus d’été de l’UMP. Il discute notamment avec le jeune Amine et plaisante avec lui et d’autres sur les Auvergnats puis sur le « petit Arabe », enfin déclare ce que j’ai rapporté. A prendre son intervention même au plus extrême de la gravité qu’on veut lui apposer, à moins de s’indigner par volonté, peut-on soutenir qu’il y a là, dans ce cadre, de quoi alléguer que la morale et l’humanisme sont blessés à mort ? L’outrance éthique s’échauffant sur presque rien va conduire à relativiser les luttes nécessaires contre le racisme. L’excitation artificielle sur le détail va tuer la dénonciation légitime pour le gros.

    Le racisme, c’est bien autre chose que la nudité d’une phrase. Il dépend du ton, de l’interlocuteur, de la familiarité ou non du moment, de la blessure qu’on provoque ou non. Qui peut prétendre, même ceux qui s’en prennent à Brice Hortefeux en étant persuadés de jouer sur du velours éthique, n’avoir jamais dans sa quotidienneté, bien assuré de n’offenser personne grâce à l’impossibilité de tout malentendu, proféré ou écouté des phrases de ce type sur quelque communauté que ce soit ? On perçoit alors les différences sensibles avec l’énervement insultant (s’il est établi) du préfet, non seulement à cause de la plainte mais en raison du ton, du lieu et des circonstances. Ici à l’aéroport, là dans les Landes, ici dans la presse d’une activité sérieuse, là dans le léger d’échanges faussement sérieux, sans l’ombre d’une vexation pour Amine mêlé au jeu. A mon sens, au pire, de la part de Brice Hortefeux, une plaisanterie un tantinet vulgaire, au mieux une plaisanterie qu’il savait anodine en ce temps et en ce lieu. Rien en tout cas qui autorise les donneurs de leçons à condamner par le verbe un ministre qui n’a pas commis un crime avec ses mots ! 



    Brice Hortefeux a construit lui-même son malheur

    On peut opposer que Brice Hortefeux ayant une propension au racisme, selon certains dont Rachida Dati, il serait forcément, dans n’importe quelle séquence de sa vie publique ou personnelle (si elle est révélée), coupable de cette déviation. C’est absurde et relève du partisan le plus sommaire. Serait-il plus fondé de soutenir que pour un ministre, il n’existe plus de moments publics ou privés mais que l’exigence de responsabilité, le souci  de prévenir toute équivoque doivent peser en permanence sur lui ?

    Je crains que notre démocratie en arrive là, non pas avec l’intrusion inévitable d’Internet - elle représente qu’on le veuille ou non un progrès - mais avec les interprétations délirantes que médias et politiques se plaisent à donner de propos dont la nocivité est fantasmée. Parce que Brice Hortefeux a parlé, quoi de plus commode pour l’atteindre ? Demain, quel serait ce  monde qui contraindrait au silence, à une surveillance constante, à une langue nulle ? Un enfer. Internet montre et transmet. Le mal ne naît pas de lui mais de ceux qui glosent à partir de lui. Et qui s’égarent. J’ai beaucoup apprécié l’humour involontaire du journal de France 2 faisant venir Jacques Séguéla qualifié d’expert en communication. Il a suggéré que les politiques ne s’expriment plus en off alors que lui, oralement (sans oublier l’anecdote de la rencontre présidentielle par écrit !) a démontré que le on et le off ne lui interdisaient rien ! Pour demeurer plausible, c’est la démocratie qui doit cesser de mettre nos représentants, nos ministres dans un étau où l’alternative serait le silence ou l’insipide.

    Le feu nourri contre Brice Hortefeux est à la fois ridicule et injuste. Il n’empêche que j’y vois, sans doute par humeur, un singulier retour des choses. C’est aussi à cause de la complaisance manifestée à l’égard de l’anti-racisme institutionnalisé, en faveur de toutes les demandes poussant à une surenchère, que, dans la quotidienneté d’un campus d’été de jeunes UMP, un ministre est absurdement épinglé. Le Pouvoir récolte aigrement ce qu’il n’a cessé de semer en ne mettant pas freins et limites aux communautarismes impérieux. 

    Retrouvez les articles de Philippe Bilger sur son blog

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    11 septembre 2009

    BONGO ET LE PILLAGE DU GABON

    MONDE / AFRIQUE

    Gabon, les pillards parlent aux Français

    françafrique / vendredi 11 septembre par Woodward et Newton


                   

           

    La mort d’Omar Bongo fait rejaillir 40 ans de passé tumultueux qu’entretient la France avec le Gabon. La françafrique dans tout son lustre : corruption, clientélisme et fraudes électorales.

    Le 16 juin dernier, soit une huitaine de jours après le décès d’Omar Bongo, Lors Aikins Adusei, un commentateur politique et militant anti-corruption de longue date, publiait sur le site internet Modern Ghana, un long article intitulé « La dissimulation des fonds africains détournés et le silence des médias occidentaux ». Article qui a fait grand bruit, tant sur le continent africain qu’en Europe, particulièrement en Suisse – on se demande bien pourquoi ? – et aux États-Unis. Sa thèse, pas véritablement originale, résonne tout de même d’un écho particulier à la lumière de l’actualité gabonaise, et de la manière dont elle est couverte par les médias français. En particulier les explications qui nous sont distillées sur les troubles consécutifs à l’élection de Bongo-Junior et les raisons d’un « vague » sentiment anti-français.

    Françafrique : les galons de la corruption

    Aikins Adusei écrivait notamment : « La corruption est importante en Afrique parce que les institutions bancaires européennes et particulièrement en Suisse, en France, à Jersey, en Grande-Bretagne, au Luxembourg, au Liechtenstein, en Autriche, mais aussi aux États-Unis, acceptent les dépôts de fonds des leaders africains sans se poser de question sur leur origine ». Avant de renchérir, « selon les Nations Unies, ce sont environ 148 milliards de dollars qui sont détournés annuellement par les leaders politiques, les multinationales, les hommes d’affaires et les fonctionnaires locaux, avec la complicité des banques et des gestionnaires de fortune, en Europe et en Amérique du Nord ».

    Aikins Adusei règle, rapidement, le cas du Nigérian « Sani Abacha » et du Kenyan Arap Moi, dont les placements mondiaux avisés ont fait l’objet d’un recensement et d’un rapport de 110 pages du cabinet d’investigation Kroll, pour le compte du gouvernement. Puis l’auteur consacre de larges développements à Omar Bongo, un autre « ami de 40 ans » de nos chefs d’Etat. (« Selon France24, une enquête de police a établi que Bongo et sa famille possèdent au moins 33 propriétés en France, dont un hôtel particulier acheté 18,8 millions d’euros en juin 2007 avec des fonds détournés, situé rue de la Baume près du palais de l’Elysée à Paris. Le président Sarkozy y a notamment été vu, accueilli par Bongo… »).

    La couleur de l’argent - JPG - 43.7 ko

    La couleur de l’argent

    © PieR

    Après avoir rappelé à ses lecteurs les aventures du consultant Kouchner, généreusement rétribué pour des conseils en matière de santé publique d’utilité discutable, notre Ghanéen de service remet le couvert avec véhémence : « Kouchner n’est pas le seul, en France, en Europe et en Amérique à avoir bénéficié des transactions douteuses avec l’establishment politique et économique africain. Il a récemment été mis en évidence qu’Omar Bongo a financé secrètement les campagnes électorales de Jacques Chirac et de François Mitterrand avec des fonds volés à son pays. La question est : qui l’a aidé à détourner et dissimuler en France sa fortune mal acquise ? Le fait est que Bongo a été capable de voler, et de diriger son pays de manière déplorable grâce à l’aide qu’il a reçu de ceux, en France, qu’il a aidé à gagner les élections ». Diantre.

    Pour la France, « Gabon banania »

    Sans tomber nécessairement dans les excès de langage du Don Quichotte Ghanéen, force est de constater que les « sales histoires » franco-gabonaises ont rarement bénéficié dans ce pays d’une couverture médiatique digne de ce nom. D’autant que ceux qui s’y risquent se font, la plupart du temps, remonter les bretelles de manière plus ou moins discrète. France 2 et son reportage sur les propriétés françaises du Président Bongo en mars 2008, outre un succès d’estime en terme d’audience, avait surtout suscité de vives protestations du gouvernement gabonais pour une diffusion effectuée « au mépris des intérêts mutuels et de l’excellence des relations liant la France et le Gabon ».

    Le refrain est connu. Mais qui se souvient, comme le rappelle Laurent d’Ersu dans son article de La Croix du 8 juin, que le président Sarkozy avait réservé son premier coup de téléphone de président élu à Omar Bongo pour le remercier de ses « conseils » et avait inscrit le Gabon dans son premier déplacement en Afrique ? On encore, de l’arrêt de la Cour d’Appel de Bordeaux assorti de l’exécution provisoire, condamnant, le 29 septembre 2008, le président gabonais à verser 457 347 euros au fils de René Cardona, qui avait dû verser une « rançon » de 300 millions de francs CFA en août 1996 sur le compte personnel d’Omar Bongo pour obtenir la libération de son père, emprisonné à Libreville pendant 48 jours en pleine épidémie de fièvre Ebola à la suite d’un différend de nature commerciale ?

    Une affaire pas très claire de vente au président Bongo, d’une entreprise d’armement naval et de pêche en eaux troubles. Une somme qui atteignait tout de même plus d’un million d’euros avec les intérêts, avait indiqué Maître Jean-Philippe Lebail, l’avocat de René Carbona, fin février 2009, confirmant les informations du quotidien Sud-Ouest. La saisie-exécution, le 13 février 2009, de plus de 4 millions d’euros sur 9 comptes bancaires ouverts au nom du président Bongo, dans les livres du Crédit Lyonnais (2 comptes de dépôt, 2 comptes sur livret et un compte-titre) et de la BNP (2 comptes-chèques, 1 compte d’épargne et un compte-titre) n’était-elle pas, elle aussi, passée quasiment inaperçue de la presse française ? « Pourquoi les médias occidentaux ignorent-ils le rôle de leurs institutions dans les pactes de corruption ? », s’interrogeait Lord Aikins Adusei dans son article du 17 juin. Ne serait-ce pas tout simplement le message que tentent de nous transmettre les Gabonais, en particulier ceux de Port-Gentil, s’il l’on en juge par la légère exaspération dont il semble faire preuve envers la France ces derniers jours à la suite du résultat de leur élection présidentielle ?

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    10 septembre 2009

    CALCULEZ VOTRE TAXE CARBONNE......

    Décryptage

       

    Comment calculer combien vous paierez de taxe carbone

       

    Par Sophie Verney-Caillat | Rue89 | 10/09/2009 | 19H51

           

    Après l'intervention du chef de l'Etat, on sait désormais combien les ménages paieront de taxe carbone. Rue89 vous aide à calculer la vôtre et à comprendre si elle a une chance d'être efficace sur le plan écologique.

    Le Président a donc tranché : la taxe carbone se basera sur 17 euros la tonne de CO2, qui correspond au prix du marché mais est bien loin des 32 euros souhaités par la commission Rocard.

    Nicolas Sarkozy fait bonne figure à bon compte en faisant mieux que le chiffre qui avait fuité par la bouche de François Fillon (14 euros) et juste un peu moins bien que celui voulu par Nicolas Hulot cette semaine dans Libération (20 euros).

    Les ménages paieront donc en fonction de leur consommation d'énergies fossiles, mais recevrons aussi de l'Etat un chèque, quels que soient leurs revenus.

    Comment savoir comment la taxe pèsera au final sur vous ? Si vous avez tous les chiffres sous la main :

    • Prenez votre consommation d'essence et ajoutez-y 3,2%, ou celle de diesel et ajoutez-y 4,4%
    • Prenez votre consommation de fioul domestique et ajoutez-y 7%
    • Prenez votre consommation de gaz et ajoutez y 15%
    • Si vous êtes urbain, sachez que vous recevrez, quels que soient vos revenus, un chèque de 34 euros par adulte et 23 euros par jeune, soit 112 euros pour une famille avec deux enfants
    • Et si vous vivez en zone rurale (c'est-à-dire non distribuée par les transports en commun, soit 60% de la population selon une estimation de l'Insee) comptez sur un chèque de 43 euros par adulte et 28 euros par mineur, soit pour une famille avec deux enfants 142 euros.

    L'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) a calculé pour chaque dixième de la population, des plus pauvres aux plus riches, ce qu'il devrait en être. (Voir le tableau réalisé à partir des chiffres de l'Insee où chaque ménage est compris comme composé de 2,2 personnes en moyenne. Dans les deux dernières lignes, vous trouverez le solde, une fois la taxe compensée, et avant changement de comportement dans votre consommation).

    2009_09_10_Ademe.jpg

    La mesure est-elle juste ?

    Puisque le chèque « vert » sera le même quel que soit les revenus du ménage, la taxe n'aura pas d'effet redistributif. Ce que regrette Pascal Canfin, député européen Europe Ecologie :

    « Il oublie le bouclier fiscal en donnant la même chose à tous, c'est une occasion manquée. »

    Economiste à l'Ademe, Gaël Callonnec estime au contraire que :

    « Dans la mesure où, plus vous êtes riche plus vous consommez d'énergie, les riches seront plus touchés. Les 20% des Français les plus riches consomment 3000 euros d'énergie par an et les 20% les plus pauvres 1800 euros.

    Une fois la taxe redistribuée, il devrait en coûter en net 79 euros pour les ménages ruraux les plus riches, tandis que les ménages urbains les plus pauvres devraient avoir net dans leur poche 46 euros par an. »

    Mais les plus fortunés, qui roulent en 4x4 et chauffent leur piscine, ont peu de chance de changer leur comportement, même s'ils y pouvaient y gagner quelques euros.

    Le fait que l'électricité ne soit pas concernée par la taxe donnera un avantage à tous ceux qui se chauffent à l'électricité, notamment les locataires de logements récents, équipés à 75% de convecteurs électriques. Un joli cadeau fait à EDF et à l'industrie nucléaire.

    La mesure est-elle efficace ?

    A 17 euros la tonne de CO2, son effet sur le changement climatique « sera à peu près nul » tranche Philippe Quirion, chercheur au CNRS et porte-parole du Réseau Action Climat, très très déçu que le chiffre retenu soit aussi loin de celui qui avait fait consensus auprès de tous les experts.

    « C'est l'OCDE qui le dit, il faudrait faire payer 100 euros la tonne de CO2 pour changer les comportements », renchérit Pascal Canfin, député écolo.

    Jacques Lecacheux, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), remarque que :

    « Ces dernières semaines, tout le monde a insisté sur le fait que les dépenses de carburant et de chauffage étant contraintes. Il faudrait aider les ménages à se libérer de ces contraintes, en accentuant les primes aux économies d'énergie, or là on ne les aide pas significativement. »

    Un « super bonus » de 5000 euros pour l'achat d'un véhicule électrique a bien été annoncé ce jeudi, mais le véhicule manque encore.

    Aucune perspective pour la suite

    Une fois que la taxe existera, il sera toujours possible d'augmenter son taux. Certes, mais l'absence totale de prévision sur sa progression inquiète tous les experts : c'est justement quand les ménages anticipent une forte hausse du prix de l'énergie qu'ils se décident à changer leurs comportements.

    Nicolas Sarkozy l'a promise « progressive » mais sans dire un mot de l'avenir. Or le créneau politique va devenir étroit pour augmenter le montant de la taxe : plus on approche des élections présidentielle et législatives plus le courage politique manquera.

    Jacques Lecacheux craint que cette taxe ne subisse le même sort que celle instaurée en Allemagne en 2003 :

    « Puisque le taux de départ était faible, l'opposition conservatrice a décrété qu'elle était inefficace au bout d'un an, et par la suite elle a été gelée. »

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    HORTEFEUX ET UN FLORILEGE DE SON "HUMOUR AUVERGNAT"

    polémique

           

    Hortefeux donne dans l'humour raciste à répétition

                               

          

          

       

       

       

    La mauvaise blague du ministre à propos d'un militant UMP arabe lors de l'université d'été du mouvement n'est pas une première.

    Une vidéo qui montre une saillie raciste de Brice Hortefeux ? Evidemment, le menu s'annonce alléchant. C'est le site LeMonde.fr qui a diffusé ces images ce jeudi. Buzz immédiat.

    La vidéo date du week-end dernier, durant l'université d'été de l'UMP, à Seignosse, dans les Landes. Le ministre de l'Intérieur discute le bout de gras avec la jeune garde de l'UMP : dédicaces, serrages de louches, photos, ambiance dans les travées…

    Parmi ses supporters, il y a Amine Benalia-Brouch, manifestement avide de lui serrer la main et d'être pris en photo avec lui. Bonnes blagues dans l'entourage du ministre : « Ah oui, ça c'est l'intégration… et lui, il parle arabe, hein ! » Humour franchouillard à la bonne franquette, parait-il.

    Une femme y va gaiement (on apprendra plus tard qu'il s'agit de Marie Apathie, secrétaire départementale UMP dans les Landes) : « Il est catholique, il mange du cochon et il boit de la bière. »

    Hortefeux renchérit : « Il ne correspond pas du tout au prototype, alors. »

    Elle : « C'est notre petit Arabe… »

    Le ministre : « Il en faut toujours un. Quand il y en a un ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes. » (Voir la scène intégrale filmée par Public Sénat)


    Bronca immédiate contre un « dérapage raciste ». Même si le militant arabe est aussitôt venu à la rescousse du ministre, assurant que celui qui avait inauguré le tout premier et très controversé ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale en 2007 ne lui avait pas manqué de respect.

    On peut écouter ce qu'il en dira, quelques heures après que la polémique se mette à enfler. (Voir la vidéo)


    Assez vite après la diffusion des images par LeMonde.fr, on mitonne un communiqué au ministère :

    « A l'occasion des universités d'été de l'UMP, alors qu'il prenait une photo à la demande d'un jeune militant, des commentaires du public ont porté sur les caractéristiques supposées des habitants de l'Auvergne, région d'origine de Brice Hortefeux.

    Celui-ci a alors précisé “s'il y en a un, ça va ; c'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes” par référence aux très nombreux clichés qu'il venait de prendre avec la délégation auvergnate et alors qu'il s'apprêtait à partir. »

    Un peu plus tard, le ministre répondra par téléphone à LCI pour dénoncer « une ridicule polémique ». Sa ligne de défense est pourtant loin du dialogue dont vous venez de découvrir la retranscription. (Ecouter le son)

     

     

    Humour toujours

    De l'humour auvergnat, donc, pour l'UMP. Une ligne de défense déjà utilisée lors d'un précédent épisode. Le 15 janvier, jour de la passation de pouvoirs au ministère des Affaires sociales avec Xavier Bertrand, devant des journalistes, Brice Hortefeux dit à propos de la chargée de la Politique de la Ville, Fadela Amara :

    « C'est une compatriote, même si ce n'est pas forcément évident, je le précise. »

    Sourire crispé de l'intéressée, et rétropédalage de Hortefeux sur le même ton qu'aujourd'hui : évidemment, c'était de leur origine auvergnate partagée, qu'il parlait. Sur le plateau du Grand Journal, sur Canal +, Fadela Amara parle de simple « chambrage, comme on dit dans les cités » et nie avoir été « humiliée publiquement comme une bécasse ». (Voir la vidéo)


    Plus limite encore, le 25 novembre 2007, quand on demande à Hortefeux sur le plateau de Capital, sur M6, s'il y aura « toujours des sans-papiers sur le territoire français », le ministre de l'Immigration répond :

    « Ben si vous rêvez d'une société idéale dans laquelle il n'y aurait que des citoyens honnêtes, propres (…), la vérité c'est que c'est un combat permanent. » (Voir la vidéo)


    Humour encore ? A Seignosse, au raout UMP du week-end dernier, Audrey Cerdan, la photographe de Rue89, avait surpris cet échange entre Brice Hortefeux et quatre jeunes Noirs qui voulaient se prendre en photo avec le ministre. Les jeunes pop » alpaguent leur ministre :

    « Monsieur Hortefeux, une petite photo pour la diversité ? »

    Réponse de l'intéressé :

    « D'accord, d'accord, mais vite alors. Parce que la diversité, j'ai déjà donné il y a quelques années. »

    Brice Hortefeux pose pour la diversité (Audrey Cerdan/Rue89).

    Un « gros raciste » pour Rachida Dati

    Qu'en disent les membres du gouvernement d'origine arabe recrutés par Nicolas Sarkozy depuis son entrée en fonction ?

    En privé mais aussi devant Claude Guéant et quelques ministres qui lui étaient proches, Rachida Dati a plusieurs fois qualifié Brice Hortefeux de « gros raciste ». Durant ses derniers mois passés au gouvernement, le « meilleur ami » du Président était même devenu une véritable obsession pour Dati, qui disait ressentir de façon « physique » ce racisme.

    Quant à Fadela Amara, qui le pratiquait, de plus loin, du temps de son combat à SOS Racisme ou Ni putes ni soumises ? La journaliste Cécile Amar, qui a publié en mai 2009 une biographie de Amara, précise qu'elle aussi avait à l'époque des mots durs contre Hortefeux.

    Depuis, Amara, qui s'est rapprochée de Sarkozy et était passée sous la tutelle de Brice Hortefeux en janvier, semble s'être ravisée.

    Le Mouvement des jeunes socialistes demande sa démission

    Cette polémique qui tombe au plus mal après la mise à la retraite d'office du préfet Girot de Langlade, qui a accusé fin août le même Hortefeux de s'être refait « une virginité antiraciste » en le mettant à pied après des accusations de propos racistes dans un aéroport.

    Interrogé par le Post ce jeudi, l'ex-préfet n'a pas boudé son plaisir :

    « M. Hortefeux s'est dévoilé. Ses propos sont racistes. J'ai été mis à la retraite anticipée pour bien moins que ça. J'attends de voir ce qui va lui arriver »

    L'opposition, qui a aussitôt sauté sur l'occasion, dénonce elle aussi aujourd'hui la xénophobie du ministre. Les Verts parlent de « l'esprit lepéniste » de Hortefeux, quand Benoit Hamon (PS) réclame sa démission.

    Reste à voir combien de temps tiendra le cache-sexe de l'humour. On se souvient ainsi que le même Hortefeux avait trouvé l'argument un peu court lorsque les Indigènes de la République avaient dénoncé l'esprit « souchien » en créant leur parti. C'était le 15 mai 2008, et voici ce qu'il déclarait alors sur Radio J :

    « Les jeux de mots peuvent faire du mal, peuvent être insultant. […] Comme citoyen et comme responsable publique j'ai été profondément heurté et choqué par ce jeu de mot. Quand on est sur le territoire français, territoire qui vous accueille, vous nourrit, qui vous héberge on le respecte. […] Cela n'est pas acceptable. »  

     

     

       

                           

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    APRES SON DISCOURS, OBAMA POURRA-T-IL PASSER A L'ACTION?

    Discours d'Obama sur la sécu : « Le temps de l'action est venu »

                               

          

          

       

       

       

    En direct et en prime time, le président américain a tenu au Congrès son discours clé sur la réforme du système de santé.

    Un agent de sécurité du Congrès regarde l'intervention d'Obama sur la santé le 9 septembre 2009 (Yuri Gripas/Reuters).

    Je ne sais pas si les Américains attendaient avec trépidation le discours de Barack Obama devant le Congrès mercredi soir, mais moi oui. L'été a été brutal pour le projet de réforme du système de santé proposé par le Président. On a entendu d'invraisemblables balivernes, véhiculées par le noyau dur républicain, sur les horribles conséquences qu'entraînerait une réforme.

    Par exemple que les papis et mamis malades passeraient devant des « commissions de la mort » composées de bureaucrates qui choisiraient ceux qui méritent d'être soignés… ou non. Qu'on attendrait des mois avant de recevoir des soins ou un traitement vital. Qu'on aurait une médecine socialiste, quelle horreur. Que ce qu'on a en ce moment est parfait. Si adéquat d'ailleurs que 62% des faillites dues à des dépenses de santé frappent des gens couverts par une assurance maladie.

    Mercredi matin, un Américain me disait :

    « Pour ce qui est de la réforme de la santé, l'espoir est mort en août. »

    Depuis plusieurs semaines et les « town hall meetings » qui ont permis aux républicains de se regrouper et de disséminer des mensonges éhontés et scandaleux sur le projet de réforme du Président, on entend de plus en plus de démocrates exprimer leur profonde déception.

    Il faut dire qu'Obama a l'air de reculer sur presque tout, au nom du compromis. On commence à se demander s'il a des tripes. Tandis qu'il tergiverse pour tenter de rallier des républicains à sa cause, ses derniers ne cessent au contraire de le rejeter.  Ils n'ont que faire, eux, des concessions. Obama continue pourtant de les courtiser.

    Pendant le discours, des membres de l'aile républicaine se sont levés pour applaudir. Avec un sourire qui en disait long sur sa satisfaction d'être enfin apprécié, Obama a commenté : « Here you go, here you go. » (Voir la vidéo)


    Je me suis dit que son problème était de vouloir être aimé de tout le monde. Ruth Felner, qui a fait campagne pour Obama, s'exclame :

    « C'était un beau discours, comme d'habitude. Mais je n'y ai pas cru une seconde. J'ai envie de dire : d'accord, et maintenant ? Je n'ai plus d'illusions. Ils nous a eus. »

    Un article récent de Business Week nous a appris que Tom Daschle, l'ex-sénateur démocrate pressenti pour occuper le poste de secrétaire d'état à la santé est en fait consultant pour United Care, le puissant lobby des assureurs. Il touche de l'argent en échange de conseils éclairés (il connait le sénat comme sa poche et est proche du gouvernement) sur la meilleure manière de faire capoter la réforme !

    Le même Daschle prétend depuis des années avoir la conviction qu'un système public égalitaire est la seule solution morale. Il y a de quoi être écœuré. Et nombreux sont les démocrates qui le sont.

    « Quelle trahison ! Quelle amère déception ! Pour qui travaille en fait Obama ? Qui le paie ? »

    En ce moment, on entend ça tous les jours. De la bouche de ceux qui ont voté pour lui.

    Mais mercredi soir, en écoutant le discours, certains ont repris espoir. Un pointage de CNN montre un résultat surprenant. Deux Américains sur trois, parmi ceux qui ont regardé le discours, seraient maintenant en faveur de la réforme ! En matière de cote de popularité, Obama a fait un bond soudain de 14 point en deux heures.

    On reconnaît bien là son talent d'orateur.

    Je ne suis pas le premier président à mener ce combat, mais je suis déterminé à être le dernier, a-t-il immédiatement annoncé.

    On a entendu le récit de plusieurs anecdotes terribles. Comme l'histoire de cette femme atteinte d'un cancer du sein qui s'est vue refuser un traitement sous prétexte qu'elle n'avait pas signalé qu'elle avait eu de l'acné à l'adolescence ! Le temps qu'elle se batte pour obtenir des soins, sa tumeur avait doublé de volume.

    Chaque jour, 14 000 Américains perdent leur assurance maladie, a expliqué Obama. Dans certains cas, ils ont perdu leur emploi. Dans d'autres, leur assureur s'est débarrassé d'eux après un mauvais diagnostic et des années de cotisations et de primes mensuelles exorbitantes.

    « Le temps des chamailleries est bien fini, a dit le Président. C'est maintenant le temps de l'action. Aucune personne ne devrait plus jamais être ruinée parce qu'elle tombe malade. »

    Un concept qui va de soit en France, mais pas ici.

    Photo : un agent de sécurité du Congrès regarde l'intervention d'Obama sur la santé le 9 septembre 2009 (Yuri Gripas/Reuters).

       

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    04 septembre 2009

    LE PACTE DE CORRUPTION BONGO-ELF-FRANCE

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    Omar Bongo, Elf et la France : le pacte de corruption

                               

          

          

       

           

    Les intérêts français ont été pris à partie au Gabon par des manifestants contestant le soutien de Paris à Ali Bongo, proclamé jeudi président du Gabon. Des soldats français ont été déployés à Port Gentil, la capitale économique du Gabon, pour protéger le consulat de France attaqué par les protestataires. Pourquoi la France est-elle prise à partie ? Retour sur quelques éléments embarrassants.

    Jacques Chirac, Omar Bongo et Denis Sassou-Ngesso inaugurent un mémorial à Brazzaville en 2005 (Philippe Wojazer/Reuters).

    (De nos archives) Omar Bongo, corrupteur ? Le Gabon, émirat pétrolier ? Les campagnes électorales financées par des fonds africains ? Vous n'y pensez pas bonnes gens ! Face aux dénégations multiples des hommes politiques, de Jacques Chirac à Nicolas Sarkozy, en passant par le timide Parti socialiste, Rue89 exhume quelques courriers du Vieux sage, époque Elf-Aquitaine. Souvenirs, souvenirs…

    Le « protocole Guillaumat » des années 1970

    Le pacte de corruption date des années 70 et s'appelle le « protocole Guillaumat ». Du nom de ce grand commis de l'Etat, homme du renseignement, nucléocrate et surtout architecte de l'empire pétrolier tricolore. Conséquence directe des chocs pétroliers qui ont vu de petits états africains devenir en quelques mois des magnats de l'or noir, le système consiste à rendre opaques les revenus du pétrole pour alimenter les caisses noires du chef de l'Etat.

    Il existe alors trois mécanismes distincts :

    1. les « bonus » versés dans la phase exploratoire de la recherche pétrolière, jusqu'à plusieurs dizaines de millions de dollars par an ;
    2. les « abonnements », soit la part prélevée sur chaque baril de brut commercialisé, environ un dollar par baril ;
    3. les « préfinancements », prêts gagés sur la production à venir, avec la caution d'Elf, sur lesquels sont prélevés de 1 à 3% de commissions en jouant sur des différentiels de taux d'intérêts.

    Un système inventé par les Saoudiens et récupéré par Bongo

    Précision : ce système n'a été inventé ni par les Français ni par Omar Bongo, mais par le grand ministre du pétrole saoudien que fut le Sheikh Ahmed Zaki Yamani. Le président du Gabon va avoir l'intelligence d'adapter à son petit pays ce grand système de corruption internationale.

    Téléchargez le documentAinsi, dans les deux premières lettres de 1987 et 1991 que nous dévoilons, le président Bongo fixe pour Elf Gabon le montant de l'abonnement :

    « Nous vous autorisons à verser à votre société de commercialisation ELF TRADING S.A. la somme de US dollar 1 par baril produit au Gabon par vos sociétés ELF GABON et SNEA. Ces versements, qui se feront sur une base trimestrielle, sont des charges déductibles (un dollar/baril). »

    Cet argent est ensuite reversé sur le compte personnel d'Omar Bongo à la Fiba (Banque française intercontinentale), la banque partagée par la famille Bongo et Elf, ou à une Anstalt (société offshore) au Lichtenstein. Pourquoi le Lichstentein ? Claude Gosselin, chargé de la comptabilité occulte d'Elf, répond ainsi aux juges qui enquêtent sur le groupe pétrolier :

    « Parce qu'il s'agit d'une tradition initiée de longue date, qui a donné entière satisfaction aux bénéficiaires par son opacité et ses secrets. »

    L'argent de la corruption est défiscalisé en France

    Détail : l'argent de la corruption est défiscalisé, tant au Gabon qu'en France, comme en atteste l'instruction N°1 -non datée- signée par Philippe Jaffré, nouveau président balladurien d'Elf à partir d'août 1993.

    Téléchargez le documentLe fonctionnement de la caisse noire gabonaise est très codifié. Il concerne une poignée d'hommes au sommet de la direction d'Elf, où le « monsieur Afrique » André Tarallo, joue le rôle de grand argentier :

    « M. Tarallo reçoit les instructions des présidents du Gabon et du Congo et, pour leur exécution, adresse à M. Gosselin une note signée de lui. M. Gosselin procède alors au versement des fonds aux bénéficiaires désignés qui ne doivent en aucun cas être des résidents français. »

    Rien n'empêche les « bénéficiaires » de reverser leurs pots-de-vin à qui ils veulent… Notez qu'en 1993, le président du Congo est Pascal Lissouba, le tombeur de Denis Sassou N'guesso qui reviendra au pouvoir en 1997.

    Un système privatisé à partir de 1994

    Fort de la réussite de ce système, Omar Bongo décide de « privatiser » le système en déléguant à deux hommes de confiance la responsabilité de la « gestion du compte dans lequel seront versés les frais commerciaux ». Le premier est André Tarallo qui, tout en conservant la fonction de président d'Elf Gabon, a quitté la direction d'Elf. Le second est son conseiller personnel pour les affaires pétrolières, Samuel Dossou Aworet.

    Au même moment, le 13 décembre 1996, il écrit à Philippe Jaffré pour confirmer le montant des « abonnements » négociés : Téléchargez le document

    « Nous vous confirmons que les montants qu'il convient de prélever pour les frais commerciaux sont d'environ dix millions de dollars US par trimestre. »

    Enfin, dans un dernier courrier non daté mais postérieur aux deux autres, le président du Gabon donne pour instructions à ces missi dominici de liquider « Elmora, Versima, Ferana », trois de ses « Anstalten » personnelles.

    La curiosité persistante des magistrats de l'affaire Elf, en particulier celle de Renaud van Ruymbeke qui a décortiqué l'audit financier du juge suisse Paul Perraudin, va les conduire à perquisitionner la Fiba, avenue Georges V. La banque est cambriolée quelques jours plus tard, puis fermée au bout d'un mois. Toutes les archives ont été nettoyées. Trop de noms sur les bordereaux de compte…

    Photo : Jacques Chirac, Omar Bongo et Denis Sassou-Ngesso inaugurent un mémorial à Brazzaville en 2005 (Philippe Wojazer/Reuters).

    Article republié le 04/09/2009 à 8h30.

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